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<channel><title><![CDATA[My Site - Articles]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles]]></link><description><![CDATA[Articles]]></description><pubDate>Thu, 04 Jul 2024 00:47:39 -0700</pubDate><generator>Weebly</generator><item><title><![CDATA[Le féminisme occidental et la déshumanisation des hommes palestiniens]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/le-feminisme-occidental-et-la-deshumanisation-des-hommes-palestiniens]]></link><comments><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/le-feminisme-occidental-et-la-deshumanisation-des-hommes-palestiniens#comments]]></comments><pubDate>Sat, 27 Jan 2024 11:54:37 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.laquestionnoire.com/articles/le-feminisme-occidental-et-la-deshumanisation-des-hommes-palestiniens</guid><description><![CDATA[ L'accusation raciste de misogynie port&eacute;e par Julia Hartley-Brewer contre Mustafa Barghouti incarne le refus de consid&eacute;rer les hommes palestiniens comme des victimes, &eacute;crit Hebh Jamal.Les hommes palestiniens sont souvent d&eacute;peints &agrave; tort comme violents ou misogynes plut&ocirc;t que comme des victimes de la violence isra&eacute;lienne, &eacute;crit Hebh Jamal.Au d&eacute;but du mois, l'animatrice de TalkTV, Julia Hartley-Brewer, a interview&eacute; le Dr Mustafa  [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/westernfeminismmenpalestiandeshumanisation_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">L'accusation raciste de misogynie port&eacute;e par Julia Hartley-Brewer contre Mustafa Barghouti incarne le refus de consid&eacute;rer les hommes palestiniens comme des victimes, &eacute;crit Hebh Jamal.<br /><br />Les hommes palestiniens sont souvent d&eacute;peints &agrave; tort comme violents ou misogynes plut&ocirc;t que comme des victimes de la violence isra&eacute;lienne, &eacute;crit Hebh Jamal.<br /><br />Au d&eacute;but du mois, l'animatrice de TalkTV, Julia Hartley-Brewer, a interview&eacute; le Dr Mustafa Barghouti, parlementaire palestinien.<br /><br />Tout au long de l'&eacute;mission, Mme Hartley-Brewer n'a cess&eacute; de crier apr&egrave;s M. Barghouti lorsqu'il parlait de la guerre incessante d'Isra&euml;l contre la bande de Gaza.<br /><br />Lorsque M. Barghouti a tent&eacute; de r&eacute;pondre, Mme Hartley-Brewer lui a cri&eacute; avec col&egrave;re : "Peut-&ecirc;tre que vous n'&ecirc;tes pas habitu&eacute; &agrave; ce que les femmes parlent, je ne sais pas!".<br /><br />Alors que Mme Hartley-Brewer a accus&eacute; &agrave; tort son invit&eacute;e de misogynie, Mme Barghouti est rest&eacute;e calme, bien que visiblement mal &agrave; l'aise. Elle termine son intervention en disant &agrave; nouveau : "D&eacute;sol&eacute;e d'avoir &eacute;t&eacute; une femme pour vous parler".<br /><br />L'emportement de Mme Hartley-Brewer illustre parfaitement la faillite morale de l'attitude du courant dominant occidental et du f&eacute;minisme occidental &agrave; l'&eacute;gard des hommes palestiniens, qui d&eacute;shumanisent r&eacute;guli&egrave;rement m&ecirc;me les plus respect&eacute;s d'entre nous.<br /><br />&Agrave; tel point qu'il est rare que les grands m&eacute;dias consid&egrave;rent les hommes palestiniens comme suffisamment dignes d'&ecirc;tre victimes de la violence isra&eacute;lienne.<br /><br />Prenons l'exemple de l'interview du journaliste palestinien Ahmed Alnaouq, qui a perdu 21 membres de sa famille &agrave; Gaza lors d'une frappe a&eacute;rienne isra&eacute;lienne le 22 octobre. Si, dans un premier temps, Good Morning Britain a permis &agrave; Alnaouq de raconter son histoire et d'exprimer son chagrin, l'entretien s'est rapidement transform&eacute; en une conversation sur les "horreurs commises par le Hamas, une organisation terroriste".<br /><br />M. Alnaouq n'a pas &eacute;t&eacute; autoris&eacute; &agrave; exprimer sa col&egrave;re et a d&ucirc; rapidement se d&eacute;fendre en d&eacute;clarant que les m&eacute;dias traditionnels pratiquaient manifestement une politique de deux poids deux mesures.<br /><br />Il y a pr&egrave;s de dix ans, Maya Mikdashi, universitaire et cofondatrice de Jadaliyya, a &eacute;crit un article crucial intitul&eacute; "Les hommes palestiniens peuvent-ils &ecirc;tre des victimes?"<br /><br />Mikdashi y explique que dans les m&eacute;dias occidentaux, l'accent est mis sur les morts civiles qui sont "de mani&egrave;re disproportionn&eacute;e des femmes et des enfants". Elle explique que la r&eacute;p&eacute;tition de ces faits troublants montre un manque &eacute;vident de "deuil public des hommes palestiniens tu&eacute;s par la machine de guerre isra&eacute;lienne".<br /><br />Au cours de ces 104 jours (au 18/01/2024) de g&eacute;nocide, Isra&euml;l a syst&eacute;matiquement enlev&eacute;, tortur&eacute; et ex&eacute;cut&eacute; des hommes palestiniens, tout en les bombardant avec leurs familles.<br /><br />Rapidement, les images de ces hommes dans ce qui ne peut &ecirc;tre d&eacute;crit que comme des camps de concentration sont pr&eacute;sent&eacute;es comme des combattants du Hamas, sans aucune preuve. En fait, beaucoup ont identifi&eacute; leurs proches &agrave; partir des images et des vid&eacute;os de la propagande isra&eacute;lienne, confirmant qu'il s'agissait en fait de civils.<br /><br />Depuis le 7 octobre, des d&eacute;fenseurs d'Isra&euml;l ont d&eacute;crit des viols syst&eacute;matiques commis par des combattants du Hamas sur des femmes isra&eacute;liennes.<br /><br />Alors que les m&eacute;dias palestiniens ont d&eacute;j&agrave; soulign&eacute; les &eacute;normes lacunes de cette cat&eacute;gorisation, le succ&egrave;s apparent de cette propagande a non seulement permis de justifier le g&eacute;nocide en cours contre les habitants de Gaza, mais aussi de cr&eacute;er une image pr&eacute;datrice des hommes palestiniens, consid&eacute;r&eacute;s au mieux comme des misogynes violents et au pire comme de dangereux violeurs pr&eacute;dateurs.<br /><br />Sur CNN, la repr&eacute;sentante Pramila Jayapal a d&eacute;clar&eacute; qu'il fallait "&ecirc;tre &eacute;quilibr&eacute; dans l'&eacute;vocation des outrages faits aux Palestiniens", ce &agrave; quoi Dana Bash, correspondante de CNN, a r&eacute;pondu : "On ne voit pas de soldats isra&eacute;liens violer des femmes palestiniennes".<br /><br />L'absurdit&eacute; du commentaire de Bash n'est bien s&ucirc;r pas accompagn&eacute;e d'une quelconque substance ou v&eacute;rit&eacute;. &Agrave; Gaza, des t&eacute;moignages horribles font &eacute;tat de femmes forc&eacute;es de se d&eacute;shabiller alors qu'elles &eacute;vacuaient avec leur famille, et certaines rapportent avoir &eacute;t&eacute; agress&eacute;es puis menac&eacute;es de viol, y compris une femme enceinte.<br /><br />Les femmes palestiniennes ne sont pas les seules &agrave; subir des violences sexuelles au cours de cette guerre; de nombreux rapports font &eacute;tat de violences commises &agrave; l'encontre d'hommes et de gar&ccedil;ons palestiniens.<br /><br />Le "Palestinian Return Centre" a constat&eacute; que "des rapports d'abus sexuels sont apparus de plus en plus souvent apr&egrave;s que plus de 100 hommes palestiniens d&eacute;tenus par les forces isra&eacute;liennes ont &eacute;t&eacute; d&eacute;shabill&eacute;s jusqu'&agrave; leurs sous-v&ecirc;tements, ont eu les yeux band&eacute;s et ont &eacute;t&eacute; oblig&eacute;s de s'agenouiller dans une rue du nord de Gaza, selon des images et des vid&eacute;os largement diffus&eacute;es sur les r&eacute;seaux sociaux et confirm&eacute;es par l'arm&eacute;e isra&eacute;lienne".<br /><br />Entre-temps, dans les prisons isra&eacute;liennes, de nombreux t&eacute;moignages font &eacute;tat d'hommes et de gar&ccedil;ons palestiniens victimes de tortures et d'abus depuis le 7 octobre.<br /><br />L'ancien directeur du d&eacute;partement d'&Eacute;tat am&eacute;ricain, Josh Paul, a livr&eacute; un t&eacute;moignage particuli&egrave;rement choquant sur le viol d'une adolescente palestinienne dans une prison isra&eacute;lienne en 2021, rapport&eacute; par une organisation palestinienne de d&eacute;fense des droits de l'enfant, "Defence for Children International Palestine", au d&eacute;partement d'&Eacute;tat am&eacute;ricain.<br /><br />Lorsque le d&eacute;partement d'&Eacute;tat am&eacute;ricain s'est enquis d'un tel cas, le groupe de d&eacute;fense des droits de l'homme a &eacute;t&eacute; qualifi&eacute; peu apr&egrave;s d'organisation terroriste, au m&ecirc;me titre que cinq autres groupes de d&eacute;fense de la justice sociale.<br /><br />Une &eacute;tude men&eacute;e par le "Comit&eacute; public contre la torture en Isra&euml;l" a recueilli des milliers de t&eacute;moignages d'hommes palestiniens tortur&eacute;s par les autorit&eacute;s isra&eacute;liennes, y compris des tortures sexuelles. Le rapport montre que "les mauvais traitements sexuels sont syst&eacute;miques".<br /><br />Bien entendu, ce type de violence sexuelle syst&eacute;matique n'est pas dans l'air du temps. Les hommes palestiniens ne sont pas consid&eacute;r&eacute;s comme des victimes de la guerre, des conflits et des emprisonnements injustes. Leur agression est souvent suivie de la question suivante : "Qu'ont-ils fait pour m&eacute;riter cela?".<br /><br />Pour en revenir &agrave; l'interview du Dr Mustafa Barghouti par Hartley-Brewer, son accusation selon laquelle il "n'a pas l'habitude de parler avec des femmes" n'est pas un ph&eacute;nom&egrave;ne nouveau. Nous avons vu &agrave; maintes reprises comment le f&eacute;minisme occidental est utilis&eacute; pour r&eacute;duire au silence et d&eacute;shumaniser les hommes arabes et musulmans.<br /><br />L'interview r&eacute;v&egrave;le &eacute;galement ce que Mikdashi d&eacute;crit comme la sexosp&eacute;cificit&eacute; ou l&rsquo;int&eacute;gration de la dimension de genre de cette horrible guerre.<br /><br />La massification des femmes et des enfants en un groupe indiscernable rassembl&eacute; par la "similitude" du genre et du sexe, et la reproduction du corps masculin palestinien (et du corps masculin arabe plus g&eacute;n&eacute;ralement) comme &eacute;tant toujours d&eacute;j&agrave; dangereux. Le statut des hommes palestiniens en tant que victimes, souligne-t-elle, reste toujours circonspect.<br /><br />La sexosp&eacute;cificit&eacute; du g&eacute;nocide palestinien signifie que les hommes palestiniens ne verront probablement pas leurs histoires entendues, que leur douleur ne sera pas reconnue et que leur torture sera consid&eacute;r&eacute;e comme une pratique courante.<br /><br />Il appartient aux peuples du monde libre de se rappeler mutuellement que cette guerre n'est pas seulement une "guerre contre les femmes et les enfants", mais qu'il s'agit d'une guerre contre tous les Palestiniens qui vivent sous un blocus et un si&egrave;ge brutal depuis plus de 16 ans, et plus g&eacute;n&eacute;ralement contre les Palestiniens qui r&eacute;clament leur lib&eacute;ration depuis 1948.<br /><br />Hebh Jamal est une journaliste am&eacute;ricaine d'origine palestinienne bas&eacute;e en Allemagne.<br /><br />Suivez-la sur Twitter : @hebh_jamal<br /><br />Source : https://www.newarab.com/opinion/western-feminism-and-dehumanisation-palestinian-men<br></div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Sur la suprématie blanche et le sionisme : une réflexion sur le mandat de Claudine Gay en tant que présidente de l'université de Harvard]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/sur-la-suprematie-blanche-et-le-sionisme-une-reflexion-sur-le-mandat-de-claudine-gay-en-tant-que-presidente-de-luniversite-de-harvard]]></link><comments><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/sur-la-suprematie-blanche-et-le-sionisme-une-reflexion-sur-le-mandat-de-claudine-gay-en-tant-que-presidente-de-luniversite-de-harvard#comments]]></comments><pubDate>Sun, 07 Jan 2024 23:16:25 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.laquestionnoire.com/articles/sur-la-suprematie-blanche-et-le-sionisme-une-reflexion-sur-le-mandat-de-claudine-gay-en-tant-que-presidente-de-luniversite-de-harvard</guid><description><![CDATA[ Le racisme anti-noir et le sionisme sont deux pierres angulaires de la fondation d&eacute;fectueuse de Harvard. Nous devrions pleurer le mandat de Claudine Gay &agrave; Harvard parce qu'elle &eacute;tait &agrave; la fois une victime et un agent de la supr&eacute;matie blanche.Le 2 janvier 2024, Claudine Gay est devenue la pr&eacute;sidente de l'universit&eacute; de Harvard dont le mandat a &eacute;t&eacute; le plus court. Ce qui aurait pu &ecirc;tre un mandat pr&eacute;sidentiel d'actions trans [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/claudinegayharvardantisemitism_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">Le racisme anti-noir et le sionisme sont deux pierres angulaires de la fondation d&eacute;fectueuse de Harvard. Nous devrions pleurer le mandat de Claudine Gay &agrave; Harvard parce qu'elle &eacute;tait &agrave; la fois une victime et un agent de la supr&eacute;matie blanche.<br /><br />Le 2 janvier 2024, Claudine Gay est devenue la pr&eacute;sidente de l'universit&eacute; de Harvard dont le mandat a &eacute;t&eacute; le plus court. Ce qui aurait pu &ecirc;tre un mandat pr&eacute;sidentiel d'actions transformatrices correspondant aux promesses pleines d'espoir de la premi&egrave;re femme noire pr&eacute;sidente de Harvard s'est au contraire termin&eacute; dans la frustration et la controverse. En tant qu'ancienne &eacute;tudiante noire, j'ai suivi et v&eacute;cu les six mois tumultueux de son mandat. Alors que nous commen&ccedil;ons &agrave; d&eacute;cider de la mani&egrave;re dont nous voulons nous souvenir de sa pr&eacute;sidence, une v&eacute;rit&eacute; flagrante persiste : Harvard prot&eacute;gera toujours la supr&eacute;matie blanche. En r&eacute;primant les &eacute;tudiants pro-palestiniens, la pr&eacute;sidente Gay faisait le travail d'un pr&eacute;sident de Harvard et respectait l'engagement de l'universit&eacute; en faveur de la supr&eacute;matie blanche. Mais en fin de compte, lorsqu'elle n'a pas r&eacute;ussi &agrave; le faire suffisamment bien, elle est devenue la victime du m&ecirc;me racisme qu'elle avait essay&eacute; de d&eacute;fendre. L'interd&eacute;pendance du racisme anti-Noir et du sionisme ne peut &ecirc;tre plus claire qu'&agrave; travers le mandat et la d&eacute;mission de la pr&eacute;sidente Gay.<br /><br />En tant que femme noire ayant gravi les &eacute;chelons de certaines des institutions universitaires les plus prestigieuses, la pr&eacute;sidente Gay n'est pas &eacute;trang&egrave;re aux insultes racistes et misogynes de ses d&eacute;tracteurs et de ses coll&egrave;gues. Elle aurait pris l'habitude de d&eacute;montrer l'&eacute;tendue de ses qualifications, de ses aptitudes et de sa cr&eacute;dibilit&eacute; bien au-del&agrave; de ce que l'on attendait de ses homologues blancs. Dans un monde qui travaille sans rel&acirc;che &agrave; saper les femmes noires, il n'est pas surprenant que la premi&egrave;re &agrave; &ecirc;tre nomm&eacute;e &agrave; la t&ecirc;te d'une institution construite et financ&eacute;e par la supr&eacute;matie blanche soit victime d'attaques racistes.<br /><br />Les accusations de plagiat port&eacute;es contre la pr&eacute;sidente Gay ne peuvent &ecirc;tre dissoci&eacute;es de son identit&eacute; de femme noire. Elles n'&eacute;manent pas d'universitaires sinc&egrave;rement attach&eacute;s &agrave; l'int&eacute;grit&eacute; acad&eacute;mique, mais d'opposants politiques d&eacute;termin&eacute;s &agrave; passer au crible l'ensemble de sa carri&egrave;re et de son leadership. Bill Ackman a vu dans sa nomination une excellente occasion d'acc&eacute;l&eacute;rer sa vision de droite pour Harvard. Ses attaques contre elle ont fait un usage &eacute;vident de l'anti-noirceur et ont &eacute;t&eacute; int&eacute;gr&eacute;es dans une campagne anti-DEI* plus large qui souligne son engagement &agrave; pr&eacute;server la blancheur d'Harvard. Les attaques racistes &agrave; peine masqu&eacute;es d'Ackman ont tent&eacute; de saper Gay en tant que personne et professionnelle qualifi&eacute;e. En la qualifiant d'employ&eacute;e issue de la diversit&eacute;, il sous-entend qu'elle n'a pas les comp&eacute;tences et l'exp&eacute;rience n&eacute;cessaires pour occuper un poste de pr&eacute;sident d'universit&eacute;; en amplifiant les all&eacute;gations initiales de plagiat, il fournit des "preuves" &agrave; l'appui de ses affirmations racistes. *(diversit&eacute;, &eacute;quit&eacute; et inclusion)<br /><br />Alors que le plagiat devrait &ecirc;tre trait&eacute; avec s&eacute;rieux et &eacute;quit&eacute;, la rh&eacute;torique autour des all&eacute;gations et de l'enqu&ecirc;te contre la pr&eacute;sidente Gay la r&eacute;duit &agrave; une m&eacute;chante et montre clairement qu'il s'agit de la derni&egrave;re &eacute;tape d'une campagne soutenue et calcul&eacute;e. Trouver une raison apparemment l&eacute;gitime de s'en prendre &agrave; une femme noire est une tactique tout &agrave; fait famili&egrave;re utilis&eacute;e pour discr&eacute;diter nos voix et notre expertise et pr&eacute;server la supr&eacute;matie blanche.<br /><br />En tant que femme noire, je suis furieuse pour elle - pour la fa&ccedil;on dont elle a &eacute;t&eacute; victime d&rsquo;attaques racistes au vitriol et d'intimidation.<br /><br />Mais en tant que partisane de la lib&eacute;ration de la Palestine, je suis furieuse contre elle.<br /><br />La pr&eacute;sidente Gay a manqu&eacute; &agrave; plusieurs reprises d'&eacute;couter et de prot&eacute;ger les &eacute;tudiants palestiniens et pro-palestiniens sur le campus. Son administration n'a pas condamn&eacute; sans &eacute;quivoque le harc&egrave;lement cibl&eacute; et le "doxxing" des &eacute;tudiants, dont beaucoup sont palestiniens, noirs, arabes, sud-asiatiques, musulmans, sans-papiers et/ou internationaux. Le groupe de travail mis en place pour lutter contre le doxxing a fonctionn&eacute; avec un personnel, des ressources et un mandat limit&eacute;s; lorsque le harc&egrave;lement a persist&eacute;, la pr&eacute;sidente Gay a affirm&eacute; que l'universit&eacute; en avait "fait assez" et qu'elle &eacute;tait "satisfaite" de sa r&eacute;ponse. Apr&egrave;s de graves intimidations, des menaces de mort et des rencontres haineuses sur le campus, le Comit&eacute; de solidarit&eacute; avec la Palestine a demand&eacute; la cr&eacute;ation d'un "comit&eacute; charg&eacute; d'enqu&ecirc;ter sur le racisme anti-palestinien et la suppression des voix pro-palestiniennes". Cette demande - et les demandes r&eacute;p&eacute;t&eacute;es des Palestiniens et du comit&eacute; de rencontrer la pr&eacute;sidente - sont rest&eacute;es sans r&eacute;ponse. Mais le lendemain, la pr&eacute;sidente Gay a particip&eacute; &agrave; un d&icirc;ner de shabbat au Harvard Hillel et a annonc&eacute; la cr&eacute;ation du groupe consultatif sur l'antis&eacute;mitisme, qui fournira un soutien institutionnel, des ressources, du personnel et une l&eacute;gitimit&eacute; pour lutter contre l'antis&eacute;mitisme sur le campus d'Harvard.<br /><br />La pr&eacute;sidente Gay n'a pas reconnu que la s&eacute;curit&eacute; des &eacute;tudiants juifs est inextricablement li&eacute;e &agrave; la s&eacute;curit&eacute; des &eacute;tudiants palestiniens et autres. En ignorant &agrave; plusieurs reprises les voix palestiniennes et juives antisionistes, elle a clairement montr&eacute; que Harvard n'&eacute;tait pas dispos&eacute;e &agrave; s'engager &agrave; mettre fin &agrave; toutes les formes de racisme - et qu'elle jouerait un r&ocirc;le actif dans le maintien de l'engagement de l'universit&eacute; en faveur de la supr&eacute;matie blanche. En outre, en ne r&eacute;pondant pas aux demandes de r&eacute;union des &eacute;tudiants juifs antisionistes, la pr&eacute;sidente Gay a clairement montr&eacute; qu'elle ne s'engageait pas &agrave; prot&eacute;ger tous les &eacute;tudiants juifs, mais bien les sionistes.<br /><br />Mais les sionistes lui ont demand&eacute; d'en faire plus. Il ne suffisait pas qu'elle ne r&eacute;ponde pas aux &eacute;tudiants pro-palestiniens et ne les prot&egrave;ge pas; elle devait aussi faire de la suppression active des voix pro-palestiniennes une marque distinctive de son mandat. La pr&eacute;sidente Gay a condamn&eacute; le slogan "de la mer au Jourdain" et a supervis&eacute; la mise en place de mesures disciplinaires &agrave; l'encontre d'&eacute;tudiants activistes. Pour moi, la preuve la plus douloureuse de cette attitude a &eacute;t&eacute; l'expulsion de l'ancien surveillant d&rsquo;examen de premi&egrave;re ann&eacute;e, Elom Tettey-Tamaklo, apr&egrave;s qu'il eut pacifiquement affront&eacute; et d&eacute;samorc&eacute; une tentative de compromettre la s&eacute;curit&eacute; des manifestants lors d'un "die-in" &agrave; la Harvard Business School.<br /><br />Comment pouvons-nous consid&eacute;rer la s&eacute;lection de la premi&egrave;re pr&eacute;sidente noire de Harvard comme une victoire si cette nomination ne s'est pas traduite par un campus plus s&ucirc;r et plus juste pour les &eacute;tudiants et le personnel noirs? Pourquoi devrions-nous c&eacute;l&eacute;brer la repr&eacute;sentation lorsque les membres de notre communaut&eacute; qui acc&egrave;dent &agrave; de telles plateformes d'autorit&eacute; - qui nous ont &eacute;t&eacute; historiquement refus&eacute;es - ne les utilisent pas pour faire entendre la voix d'autres personnes marginalis&eacute;es?<br /><br />Depuis le 7 octobre, la plupart des activistes du campus et des anciens &eacute;tudiants qui les soutiennent n'ont pas demand&eacute; sa d&eacute;mission. Ils ont plut&ocirc;t implor&eacute; la pr&eacute;sidente Gay de d&eacute;fendre les voix pro-palestiniennes sur le campus et d'&ecirc;tre solidaire des Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et du monde entier. Personnellement, j'esp&eacute;rais qu'elle se verrait, elle et son fils, dans les m&egrave;res de Gaza, tout comme elle s'est vue dans les m&egrave;res de George Floyd et d'Ahmaud Arbery, et qu'elle agirait avec empathie et un engagement pour la justice. J'&eacute;tais pr&ecirc;te &agrave; c&eacute;l&eacute;brer la pr&eacute;sidente Gay si elle se pla&ccedil;ait du bon c&ocirc;t&eacute; de l'histoire et prenait les premi&egrave;res mesures pour mettre fin &agrave; la complicit&eacute; de Harvard dans le maintien de l'apartheid isra&eacute;lien.<br /><br />Soyons clairs : la pr&eacute;sidente Gay a &eacute;t&eacute; &eacute;vinc&eacute;e non pas parce qu'elle est antis&eacute;mite et/ou antisioniste, mais parce qu'elle n'est pas assez sioniste. L'audition du Congr&egrave;s du 5 d&eacute;cembre n'&eacute;tait gu&egrave;re plus qu'un th&eacute;&acirc;tre politique dans lequel des dirigeants de droite ont cr&eacute;&eacute; et saisi une occasion de saper les principes fondamentaux des institutions d'arts lib&eacute;raux et de d&eacute;tourner l'attention du g&eacute;nocide &agrave; Gaza. L'audition n'a jamais &eacute;t&eacute; une intervention significative pour faire face &agrave; la menace r&eacute;elle et n&eacute;faste de l'antis&eacute;mitisme ou un forum permettant &agrave; la pr&eacute;sidente Gay de se racheter aux yeux des provocateurs de droite. Au contraire, elle a &eacute;t&eacute; accus&eacute;e d'avoir donn&eacute; des r&eacute;ponses insatisfaisantes &agrave; des questions concernant un cours sur le colonialisme de peuplement en Palestine et d'avoir d&ucirc; d&eacute;clarer qu'elle croyait au droit d'Isra&euml;l d'exister. En outre, le pays a vu la pr&eacute;sidente Gay - la seule femme noire du panel - &ecirc;tre interrompue et rabaiss&eacute;e plus que les autres dans une d&eacute;monstration routini&egrave;re de misogynoir.<br /><br />En lisant sa lettre de d&eacute;mission, je suis horrifi&eacute;e par le fait que sa s&eacute;curit&eacute; ait &eacute;t&eacute; menac&eacute;e par des racistes. Mais cela ne me surprend pas. Aucun d'entre nous ne devrait &ecirc;tre surpris que les m&ecirc;mes personnes qui refusent d'appeler &agrave; un cessez-le-feu &agrave; Gaza et qui soutiennent le g&eacute;nocide des Palestiniens soient les m&ecirc;mes qui menacent la s&eacute;curit&eacute; d'une femme noire. Toutes ces actions sont motiv&eacute;es par le racisme. Le sionisme, tout comme le racisme anti-Noirs, est un produit de la supr&eacute;matie blanche. Ils se motivent et se renforcent mutuellement.<br /><br />De nombreux &eacute;tudiants et anciens &eacute;tudiants palestiniens, noirs, arabes, sud-asiatiques, musulmans et autres marginaux souhaitaient vivement que la pr&eacute;sidente Gay soit diff&eacute;rente. J'aurais esp&eacute;r&eacute; qu'en tant que femme noire descendante de r&eacute;volutionnaires anti-imp&eacute;rialistes et ayant construit sa carri&egrave;re sur des &eacute;tudes sur la politique des minorit&eacute;s et le comportement politique des Noirs am&eacute;ricains, elle remette en question les engagements de Harvard en faveur de la supr&eacute;matie blanche. J'esp&eacute;rais qu'elle prendrait des mesures historiques pour aligner la fonction de pr&eacute;sidente sur les mouvements de justice sociale profond&eacute;ment similaires &agrave; son histoire personnelle et &agrave; ses int&eacute;r&ecirc;ts professionnels, et qu'elle les imbriquerait les uns dans les autres. Mais je savais que, quelles que soient ses convictions personnelles, elle privil&eacute;gierait les int&eacute;r&ecirc;ts des donateurs, comme l'exige la fonction de pr&eacute;sidente. Et je savais que, quelles que soient ses actions, elle ferait l'objet d'une haine raciste et sexiste &agrave; chaque &eacute;tape de son parcours.<br /><br />J'avais l'espoir d'un mandat transformateur qui &eacute;galerait et d&eacute;passerait de mani&egrave;re significative l'importance de sa nomination en tant que premi&egrave;re femme noire pr&eacute;sidente de Harvard. Mais au lieu de s'allier avec ceux qui &eacute;taient pr&ecirc;ts &agrave; s'allier avec elle et &agrave; d&eacute;noncer les cas de misogynoir &agrave; son encontre, la pr&eacute;sidente Gay a choisi de s'allier avec les axes traditionnels du pouvoir : avec les sionistes et les racistes qui allaient ouvrir la voie &agrave; sa d&eacute;mission.<br /><br />Harvard restera une institution qui prot&egrave;ge et s'appuie sur la supr&eacute;matie blanche. La pr&eacute;sidente Gay a tent&eacute; d'apaiser ses professeurs, donateurs et anciens &eacute;l&egrave;ves les plus puissants en participant elle-m&ecirc;me &agrave; la supr&eacute;matie blanche, en faisant taire les voix pro-palestiniennes et en ne prot&eacute;geant pas les &eacute;tudiants marginalis&eacute;s. Elle a &eacute;t&eacute; r&eacute;compens&eacute;e par les cadeaux que la supr&eacute;matie blanche offre aux femmes noires qui ne se conforment pas assez bien : elle a vu son expertise sap&eacute;e, son caract&egrave;re d&eacute;pr&eacute;ci&eacute;, sa s&eacute;curit&eacute; menac&eacute;e et, finalement, elle a &eacute;t&eacute; &eacute;cart&eacute;e comme une malpropre.<br /><br />Sa pr&eacute;sidence montre clairement qu'il y aura toujours des limites &agrave; la repr&eacute;sentation dans les institutions profond&eacute;ment ancr&eacute;es dans la supr&eacute;matie blanche. Ces nominations ne nous rendent pas soudainement acceptables aux yeux des racistes, et ces institutions ne peuvent pas non plus nous prot&eacute;ger d'elles-m&ecirc;mes.<br /><br />La lib&eacute;ration des femmes noires est impossible sans la lib&eacute;ration de la Palestine. Les femmes noires m&eacute;ritent bien mieux que d'&ecirc;tre les victimes de chasses aux sorci&egrave;res et les marionnettes de projets supr&eacute;macistes blancs, et le peuple palestinien m&eacute;rite une solidarit&eacute; in&eacute;branlable, sans &eacute;quivoque et explicite de la part de toute personne marginalis&eacute;e &agrave; qui l'on donne une tribune puissante. Nous devrions pleurer le mandat de la pr&eacute;sidente Gay parce qu'elle &eacute;tait &agrave; la fois une victime et un agent de la supr&eacute;matie blanche. Nous devrions &ecirc;tre d&eacute;&ccedil;us parce que nous voulions mieux pour elle et de sa part.<br><br />Source :&nbsp;https://mondoweiss.net/2024/01/on-white-supremacy-and-zionism-a-reflection-on-claudine-gays-tenure-as-president-of-harvard-university/</div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le grand fossé de la fertilité. Les femmes noires sont plus susceptibles de souffrir d'infertilité que les femmes blanches. Elles ont également moins de chances d'obtenir de l'aide.]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/le-grand-fosse-de-la-fertilite-les-femmes-noires-sont-plus-susceptibles-de-souffrir-dinfertilite-que-les-femmes-blanches-elles-ont-egalement-moins-de-chances-dobtenir-de-laide]]></link><comments><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/le-grand-fosse-de-la-fertilite-les-femmes-noires-sont-plus-susceptibles-de-souffrir-dinfertilite-que-les-femmes-blanches-elles-ont-egalement-moins-de-chances-dobtenir-de-laide#comments]]></comments><pubDate>Tue, 02 Jan 2024 21:28:02 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.laquestionnoire.com/articles/le-grand-fosse-de-la-fertilite-les-femmes-noires-sont-plus-susceptibles-de-souffrir-dinfertilite-que-les-femmes-blanches-elles-ont-egalement-moins-de-chances-dobtenir-de-laide</guid><description><![CDATA[ Par Lisa Armstrong&nbsp;En 1991, un l&eacute;gislateur de l'&Eacute;tat du Kansas a propos&eacute; de payer les femmes b&eacute;n&eacute;ficiant de l'aide sociale pour qu'elles obtiennent le Norplant, un contraceptif qui, ins&eacute;r&eacute; dans la partie sup&eacute;rieure du bras, emp&ecirc;che toute grossesse pendant cinq ans. Sa proposition faisait suite &agrave; un &eacute;ditorial publi&eacute; en 1990 par le "Philadelphia Inquirer", qui &eacute;tablissait un lien entre deux &eacute;v&ea [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/grandfossefertilite_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">Par Lisa Armstrong&nbsp;<br /><br />En 1991, un l&eacute;gislateur de l'&Eacute;tat du Kansas a propos&eacute; de payer les femmes b&eacute;n&eacute;ficiant de l'aide sociale pour qu'elles obtiennent le Norplant, un contraceptif qui, ins&eacute;r&eacute; dans la partie sup&eacute;rieure du bras, emp&ecirc;che toute grossesse pendant cinq ans. Sa proposition faisait suite &agrave; un &eacute;ditorial publi&eacute; en 1990 par le "Philadelphia Inquirer", qui &eacute;tablissait un lien entre deux &eacute;v&eacute;nements : l'approbation du Norplant par le gouvernement f&eacute;d&eacute;ral et un rapport montrant que la moiti&eacute; des enfants noirs du pays vivaient dans la pauvret&eacute;.<br /><br />L'&eacute;ditorial sugg&eacute;rait que les femmes b&eacute;n&eacute;ficiant de l'aide sociale - pr&eacute;sum&eacute;es noires - re&ccedil;oivent gratuitement le Norplant : "Oserions-nous les mentionner dans le m&ecirc;me souffle? Le faire pourrait &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme d&eacute;plorablement insensible, voire &eacute;voquer le spectre de l'eug&eacute;nisme. Mais il serait pire d'&eacute;viter de tirer la conclusion logique qu'une contraception infaillible pourrait &ecirc;tre inestimable pour briser le cycle de la pauvret&eacute; dans les quartiers d&eacute;favoris&eacute;s".<br /><br />Le d&eacute;sir de contr&ocirc;ler la fertilit&eacute; des femmes noires remonte &agrave; l'esclavage et est n&eacute; d'une foule d'id&eacute;es racistes, la plus r&eacute;pandue &eacute;tant que les femmes noires peuvent se reproduire facilement. Cette croyance est encore tr&egrave;s r&eacute;pandue aujourd'hui et, en plus de servir de base &agrave; la discrimination en mati&egrave;re de procr&eacute;ation, elle a renforc&eacute; l'id&eacute;e que l'infertilit&eacute; n'est un probl&egrave;me que pour les Blancs.<br /><br />&laquo; Il existe une v&eacute;ritable dichotomie entre la perception des femmes de couleur qui ont tout simplement trop de b&eacute;b&eacute;s et celle des femmes blanches dont nous devons aider et soutenir la capacit&eacute; &agrave; avoir des b&eacute;b&eacute;s. &raquo;<br />Rosario Ceballo<br /><br />"Les st&eacute;r&eacute;otypes sur la reproduction des femmes noires sont tous ax&eacute;s sur l'hyperfertilit&eacute; - les reines de l'aide sociale, qui ne savent pas quand arr&ecirc;ter d'avoir des enfants, qui n'ont pas les moyens financiers de s&rsquo;occuper leurs b&eacute;b&eacute;s", a d&eacute;clar&eacute; Rosario Ceballo, doyenne du Coll&egrave;ge des arts et des sciences de l'universit&eacute; de Georgetown et coauteur du document de recherche "Silent and Infertile" (Silencieuse et infertile). "Pendant longtemps, nos r&eacute;cits sociaux sur l'infertilit&eacute; &eacute;taient centr&eacute;s sur les couples blancs de la classe socio-&eacute;conomique sup&eacute;rieure. Et il &eacute;tait tr&egrave;s ax&eacute; sur les interventions m&eacute;dicales de haute technologie et tr&egrave;s co&ucirc;teuses comme la FIV [f&eacute;condation in vitro]. Il existe une v&eacute;ritable dichotomie entre la perception des femmes de couleur qui ont tout simplement trop d'enfants et celle des femmes blanches dont nous devons aider et soutenir la capacit&eacute; &agrave; avoir des enfants.<br /><br />En r&eacute;alit&eacute;, si plus de 13 % des Am&eacute;ricaines &acirc;g&eacute;es de 15 &agrave; 49 ans souffrent de troubles de la f&eacute;condit&eacute;, les femmes noires sont presque deux fois plus susceptibles que les femmes blanches de souffrir d'infertilit&eacute;. (Les donn&eacute;es les plus r&eacute;centes sur l'infertilit&eacute; des Centers for Disease Control ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;es en 2013). Elles sont &eacute;galement deux fois moins susceptibles que les femmes blanches de demander de l'aide pour leur infertilit&eacute;; une &eacute;tude portant sur 80 390 cycles de techniques de procr&eacute;ation assist&eacute;e (TPA) (d&eacute;finis comme tout traitement de fertilit&eacute; dans lequel des ovules ou des embryons sont manipul&eacute;s) a montr&eacute; que des femmes blanches &eacute;taient impliqu&eacute;es dans 85,4 % d'entre eux, alors que seulement 4,6 % concernaient des femmes noires.<br /><br />J'ai interrog&eacute; plusieurs femmes noires qui pensaient pouvoir avoir des enfants lorsqu'elles le d&eacute;cideraient, principalement parce qu'elles voyaient des membres de leur famille tomber enceintes facilement, mais aussi parce que ces r&eacute;cits sociaux pr&eacute;valents impr&eacute;gnaient &eacute;galement leur foyer; la seule information qu'elles recevaient souvent de leurs parents au sujet de la sexualit&eacute; &eacute;tait l'avertissement de ne pas tomber enceinte.<br /><br />Reniqua Allen-Lamphere, une journaliste de 42 ans du New Jersey, a commenc&eacute; &agrave; essayer de tomber enceinte &agrave; 38 ans, d&egrave;s que son mari et elle sont rentr&eacute;s de leur lune de miel. Quatre mois plus tard, ils ont d&eacute;cid&eacute; de consulter un sp&eacute;cialiste de la fertilit&eacute;, qui leur a sugg&eacute;r&eacute; d'essayer des rapports sexuels programm&eacute;s, puis deux cycles d'ins&eacute;mination intra-ut&eacute;rine (IIU), au cours desquels le sperme est plac&eacute; directement dans l'ut&eacute;rus, et enfin quatre cycles de FIV, au cours desquels des embryons sont plac&eacute;s directement dans l'ut&eacute;rus.<br /><br />&laquo; Pourquoi cela ne se produit-il pas pour moi? &raquo;<br />Reniqua Allen-Lamphere<br /><br />"C'&eacute;tait horrible. D&eacute;vastateur. Elle s'est sentie vraiment seule", a d&eacute;clar&eacute; Mme Allen-Lamphere &agrave; propos du processus de FIV, au cours duquel elle a d&ucirc; recevoir des injections quotidiennes pour stimuler ses ovaires afin qu'ils produisent plusieurs ovules, puis subir l'intervention chirurgicale pour les pr&eacute;lever. "Vous avez l'impression que votre corps ne fait pas ce pour quoi il a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;. J'ai grandi avec des gens qui me disaient que les femmes noires tombaient enceintes rien qu'en regardant un p&eacute;nis. Alors pourquoi cela ne se produit-il pas pour moi?"<br /><br />Dans l'ensemble, les femmes am&eacute;ricaines attendent plus longtemps avant de tomber enceintes, ce qui peut contribuer &agrave; l'infertilit&eacute; et n&eacute;cessiter le recours aux traitements antir&eacute;troviraux. Mais les femmes noires en particulier, confront&eacute;es &agrave; des soins reproductifs discriminatoires et &agrave; la notion d'hyperfertilit&eacute;, sont confront&eacute;es &agrave; un probl&egrave;me plus difficile : elles ont besoin de TPA (techniques de procr&eacute;ation assist&eacute;e) et d'autres interventions m&eacute;dicales &agrave; un rythme beaucoup plus &eacute;lev&eacute; qu'elles n'en b&eacute;n&eacute;ficient.<br /><br />Une histoire de domination sur le corps des femmes noires<br /><br />La fertilit&eacute; des femmes noires a toujours &eacute;t&eacute; un sujet tr&egrave;s public et &eacute;troitement r&eacute;glement&eacute;. Les femmes asservies &eacute;taient viol&eacute;es et "&eacute;lev&eacute;es" comme du b&eacute;tail, cens&eacute;es avoir autant d'enfants que possible pour augmenter la main-d'&oelig;uvre des propri&eacute;taires de plantations. Mais &agrave; partir de l'&eacute;mancipation, une fois que le corps des femmes noires n'a plus &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute; comme un r&eacute;cipient destin&eacute; &agrave; fournir une main-d'&oelig;uvre gratuite, l'accent a &eacute;t&eacute; mis sur la recherche de moyens pour att&eacute;nuer leur hyperfertilit&eacute; suppos&eacute;e, afin de les emp&ecirc;cher d'avoir un trop grand nombre d'enfants qui constitueraient une charge pour la soci&eacute;t&eacute;.<br /><br />D&egrave;s le d&eacute;but des ann&eacute;es 1900, 32 &Eacute;tats ont adopt&eacute; des lois eug&eacute;niques qui autorisaient le gouvernement &agrave; st&eacute;riliser les personnes handicap&eacute;es, les personnes de couleur et d'autres personnes, en se fondant sur l'id&eacute;e que la race humaine pouvait &ecirc;tre am&eacute;lior&eacute;e par la reproduction s&eacute;lective et en emp&ecirc;chant les personnes "ind&eacute;sirables" d'avoir des enfants. Les eug&eacute;nistes pensaient que les Am&eacute;ricains blancs des classes moyennes et sup&eacute;rieures devaient avoir des familles nombreuses, mais que les Noirs et les autres personnes "inaptes" ne devaient pas en avoir, en partie pour s'assurer que les riches protestants blancs ne finiraient pas par &ecirc;tre en sous nombre.<br /><br />Des femmes noires, indig&egrave;nes et latines ont &eacute;t&eacute; st&eacute;rilis&eacute;es de force dans le cadre de programmes financ&eacute;s par le gouvernement - une pratique qui s'est poursuivie jusque dans les ann&eacute;es 1970 dans des &Eacute;tats comme la Caroline du Nord et l'Alabama. Les femmes ont souvent eu la fausse impression que les proc&eacute;dures &eacute;taient r&eacute;versibles. Quant aux b&eacute;n&eacute;ficiaires de l'aide sociale, on leur disait parfois que leurs allocations seraient suspendues si elles ne se soumettaient pas &agrave; la st&eacute;rilisation. Selon un rapport du "National Women's Law Center", 31 &Eacute;tats et le district de Columbia ont encore des lois qui autorisent la st&eacute;rilisation forc&eacute;e des personnes handicap&eacute;es.<br /><br />Le gouvernement et des organisations telles que "Planned Parenthood" ont &eacute;galement encourag&eacute; l'utilisation de la pilule et d'autres contraceptifs dans les communaut&eacute;s noires - ce qui est positif dans la mesure o&ugrave; cela donne aux femmes une plus grande autonomie en mati&egrave;re de procr&eacute;ation, mais cette pratique avait parfois des connotations racistes, m&ecirc;me lorsqu'elle &eacute;tait approuv&eacute;e par des dirigeants noirs. Dans un article de 1932 intitul&eacute; "Black Folk and Birth Control" (Les Noirs et le contr&ocirc;le des naissances), WEB Du Bois a plaid&eacute; en faveur d'une utilisation accrue des contraceptifs parmi les Noirs, &eacute;crivant : "La masse des Noirs ignorants continue &agrave; se reproduire de mani&egrave;re imprudente et d&eacute;sastreuse, de sorte que l'augmentation chez les Noirs, plus encore que chez les Blancs, provient de la partie de la population la moins intelligente et la moins apte &agrave; &eacute;lever correctement ses enfants."<br /><br />Certains contraceptifs ont &eacute;t&eacute; administr&eacute;s &agrave; des femmes noires en d&eacute;pit des inqui&eacute;tudes concernant leurs effets secondaires. Bien que le Depo-Provera, un contraceptif injectable, se soit r&eacute;v&eacute;l&eacute; canc&eacute;rig&egrave;ne pour les animaux de laboratoire, il a &eacute;t&eacute; test&eacute; de 1967 &agrave; 1978 sur des femmes d'une clinique d'Atlanta, dont la moiti&eacute; environ &eacute;taient noires et &agrave; faibles revenus. Les femmes n'ont pas &eacute;t&eacute; inform&eacute;es des risques et, dans de nombreux cas, les exp&eacute;riences ont &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;es sans leur consentement &eacute;clair&eacute;.<br /><br />Ceballo a constat&eacute; que plusieurs des 50 femmes noires qu'elle a interrog&eacute;es pour son &eacute;tude &eacute;taient r&eacute;ticentes &agrave; l'id&eacute;e d'utiliser un traitement antir&eacute;troviral, en partie &agrave; cause des mauvais traitements que les femmes noires ont toujours subis de la part de l'establishment m&eacute;dical. "Il existe ce que j'appelle un scepticisme sain &agrave; l'&eacute;gard des institutions m&eacute;dicales au sein de la communaut&eacute; noire, compte tenu de certaines des injustices commises par le pass&eacute;", a d&eacute;clar&eacute; Mme Ceballo. "Certaines femmes pensaient que ces 'm&eacute;decins ne comprendraient pas leur situation. Je ne suis pas s&ucirc;re qu'ils voudront m'aider&rsquo;. Certaines femmes &eacute;taient tr&egrave;s croyantes et pensaient qu'elles allaient s'en remettre &agrave; Dieu".<br /><br />La situation a l&eacute;g&egrave;rement &eacute;volu&eacute; depuis que plusieurs femmes noires tr&egrave;s en vue ont parl&eacute; publiquement de leur propre parcours dans le domaine de la procr&eacute;ation m&eacute;dicalement assist&eacute;e. Michelle Obama a &eacute;crit dans ses m&eacute;moires, "Becoming", que Sasha et Malia ont &eacute;t&eacute; con&ccedil;ues par FIV. Dans son autobiographie "Thicker Than Water", Kerry Washington a r&eacute;v&eacute;l&eacute; qu'elle avait &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue &agrave; l'aide d'un donneur de sperme en 1976, ce que ses parents ne lui ont r&eacute;v&eacute;l&eacute; qu'en 2018.<br /><br />"Lorsque Michelle Obama a fait part de son exp&eacute;rience en mati&egrave;re de traitement de la fertilit&eacute; et de fausses couches, elle a ouvert la voie &agrave; une conversation qui &eacute;tait rarement abord&eacute;e par les femmes noires", a d&eacute;clar&eacute; le Dr Temeka Zore, endocrinologue de la reproduction et gyn&eacute;cologue-obst&eacute;tricienne &agrave; "Spring Fertility", une clinique qui poss&egrave;de des bureaux &agrave; San Francisco, New York et Portland. Bien que le Dr Zore pr&eacute;vienne que les soins de fertilit&eacute; sont encore sous-utilis&eacute;s pour les femmes de couleur, "d'un point de vue clinique", dit-elle, "je pense que de plus en plus de femmes noires prennent conscience de leurs options en mati&egrave;re de traitement de la fertilit&eacute;".<br /><br />"Une partie de moi s'est dit que si nous continuions &agrave; essayer, cela marcherait."<br /><br />M&ecirc;me si les femmes noires sont de plus en plus conscientes de la possibilit&eacute; de recourir &agrave; la procr&eacute;ation m&eacute;dicalement assist&eacute;e, elles ne savent souvent pas quand demander de l'aide en cas d'infertilit&eacute;, ni m&ecirc;me s'il faut le faire en premier lieu. Les femmes noires sont plus susceptibles de souffrir de pathologies telles que le diab&egrave;te et l'endom&eacute;triose, qui peuvent avoir un impact sur leur capacit&eacute; &agrave; tomber enceinte ou &agrave; porter un b&eacute;b&eacute; &agrave; terme, mais les m&eacute;decins ne les informent pas toujours des obstacles possibles &agrave; la conception. Elles d&eacute;veloppent &eacute;galement des fibromes &agrave; un taux trois fois plus &eacute;lev&eacute; que les femmes blanches. Ces tumeurs b&eacute;nignes de l'ut&eacute;rus sont g&eacute;n&eacute;ralement plus grosses chez les femmes noires et peuvent provoquer des fausses couches et la st&eacute;rilit&eacute;.<br /><br />Lauren Teverbaugh, p&eacute;diatre et psychiatre de 41 ans bas&eacute;e &agrave; la Nouvelle-Orl&eacute;ans, n'a su qu'elle avait des fibromes qu'&agrave; l'&acirc;ge de 31 ans, lorsqu'un nouveau gyn&eacute;cologue le lui a dit dans le cadre d'un examen de routine. Pourtant, selon Mme Teverbaugh, le m&eacute;decin n'a pas indiqu&eacute; que les fibromes pouvaient &ecirc;tre une raison de s'inqui&eacute;ter. Il a &eacute;t&eacute; relativement facile pour Mme Teverbaugh et son partenaire de tomber enceinte, trois mois seulement apr&egrave;s avoir commenc&eacute; &agrave; essayer, et un mois apr&egrave;s que Mme Teverbaugh ait commenc&eacute; &agrave; utiliser un kit de pr&eacute;diction de l'ovulation. Mais lorsqu'elle s'est rendue chez l'obst&eacute;tricien pour son premier rendez-vous, environ cinq semaines plus tard, il n'y avait pas de battements de c&oelig;ur.<br /><br />Le m&eacute;decin de Mme Teverbaugh lui a conseill&eacute; d'attendre quelques mois avant de r&eacute;essayer, mais ne lui a pas sugg&eacute;r&eacute; de consulter un sp&eacute;cialiste de la fertilit&eacute; &eacute;tant donn&eacute; l'&acirc;ge de Mme Teverbaugh (elle avait 37 ans &agrave; l'&eacute;poque). Certains experts estiment que les couples devraient consulter un sp&eacute;cialiste de la fertilit&eacute; s'ils n'ont pas con&ccedil;u apr&egrave;s avoir eu des rapports sexuels non prot&eacute;g&eacute;s pendant 12 mois si la femme a moins de 35 ans, et six mois si elle a plus de 35 ans. Mais Mme Teverbaugh et son partenaire ont essay&eacute; de concevoir naturellement de d&eacute;cembre 2020 &agrave; septembre 2021. "Une partie de moi pensait que si nous continuions &agrave; essayer, cela marcherait", a d&eacute;clar&eacute; Mme Teverbaugh. "Avec le recul, j'aurais vraiment aim&eacute; &ecirc;tre orient&eacute;e vers l'endocrinologue de la reproduction plus t&ocirc;t."<br /><br />Elle a finalement rencontr&eacute; un sp&eacute;cialiste en septembre 2021. Il lui a fallu un certain temps pour effectuer tous les tests et analyses sanguines, et c'est au cours de ce processus qu'elle a d&eacute;couvert qu'elle &eacute;tait &agrave; nouveau enceinte. Lorsqu'elle a fait un autre test, Mme Teverbaugh a d&eacute;couvert que la grossesse n'&eacute;tait pas viable. Elle a fait sa deuxi&egrave;me fausse couche presque un an jour pour jour apr&egrave;s la premi&egrave;re.<br /><br />En f&eacute;vrier 2022, Mme Teverbaugh a essay&eacute; la f&eacute;condation in vitro et est tomb&eacute;e enceinte. &Agrave; cinq semaines, elle a pu entendre les battements de c&oelig;ur du b&eacute;b&eacute;. C'est cette &eacute;tape qui a rendu sa troisi&egrave;me fausse couche si d&eacute;vastatrice.<br /><br />Mme Teverbaugh et son partenaire tentent maintenant une FIV. En septembre 2022, apr&egrave;s avoir subi des examens de l'ut&eacute;rus, elle a d&eacute;couvert qu'elle avait un fibrome qui appuyait sur la partie sup&eacute;rieure de l'ut&eacute;rus. Elle a &eacute;galement d&eacute;couvert qu'elle souffrait d'endom&eacute;trite chronique, qui provoque une inflammation infectieuse de la couche la plus interne de l'ut&eacute;rus. En juin dernier, elle a &eacute;t&eacute; op&eacute;r&eacute;e de 16 fibromes et attend de pouvoir proc&eacute;der &agrave; un transfert d'embryons. &Agrave; ce jour, m&ecirc;me si l'assurance couvre une partie des co&ucirc;ts, Mme Teverbaugh estime qu'ils ont d&eacute;pens&eacute; 60 000 dollars pour le traitement de l'infertilit&eacute;.<br /><br />Des milliers de dollars pour une probabilit&eacute; de grossesse<br /><br />Le premier enfant n&eacute; par FIV, en 1978, &eacute;tait Louise Brown, un b&eacute;b&eacute; blond aux yeux bleus appartenant &agrave; un couple h&eacute;t&eacute;rosexuel blanc. La naissance de Louise Brown a attir&eacute; l'attention des m&eacute;dias du monde entier et a symbolis&eacute; les personnes pour lesquelles les techniques de procr&eacute;ation assist&eacute;e ont &eacute;t&eacute; mises au point.<br /><br />L'id&eacute;e que l'infertilit&eacute; ne concerne que les couples blancs et de classe sup&eacute;rieure a contribu&eacute; &agrave; cr&eacute;er un obstacle financier important aux TPA (techniques de procr&eacute;ation assist&eacute;e) et le prix des traitements est souvent dissuasif. "L'acc&egrave;s aux soins et leur caract&egrave;re abordable sont deux des principaux facteurs qui affectent les femmes noires", a d&eacute;clar&eacute; M. Zore. "Des &eacute;tudes ont montr&eacute; que les femmes noires ont moins de chances d'avoir une assurance m&eacute;dicale et sont plus susceptibles de gagner moins que les femmes blanches. Le traitement de l'infertilit&eacute; peut &ecirc;tre co&ucirc;teux, un cycle de FIV co&ucirc;tant en moyenne entre 15 000 et 20 000 dollars selon l'endroit o&ugrave; l'on vit.<br /><br />De plus en plus de compagnies d'assurance commencent &agrave; couvrir certaines formes de traitement de la st&eacute;rilit&eacute;, souvent en raison d'un mandat de l'&Eacute;tat. Selon la "National Infertility Association", "en septembre 2023, 21 &Eacute;tats plus DC auront adopt&eacute; des lois sur la couverture de l'assurance fertilit&eacute;, 15 de ces lois incluent la couverture de la FIV et 17 couvrent la pr&eacute;servation de la fertilit&eacute; en cas d'infertilit&eacute; iatrog&egrave;ne (m&eacute;dicalement induite)". L'&Eacute;tat de New York dispose &eacute;galement d'un programme de remboursement de l'infertilit&eacute;, qui pr&eacute;voit des subventions pour rembourser les co&ucirc;ts de certains traitements de l'infertilit&eacute; pour les m&eacute;nages dont le revenu annuel est inf&eacute;rieur &agrave; 200 000 dollars. Plusieurs organisations, dont "Fertility for Colored Girls" et la "Cade Foundation", offrent des subventions pour aider &agrave; couvrir les co&ucirc;ts des traitements de procr&eacute;ation assist&eacute;e.<br /><br />En octobre, "l'American Society for Reproductive Medicine", une organisation de premier plan dans le domaine de la sant&eacute; reproductive, a publi&eacute; une nouvelle d&eacute;finition de l'"infertilit&eacute;" qui pr&eacute;cise "la n&eacute;cessit&eacute; d'une intervention m&eacute;dicale, y compris, mais sans s'y limiter, l'utilisation de gam&egrave;tes ou d'embryons de donneurs afin de parvenir &agrave; une grossesse r&eacute;ussie en tant qu'individu ou avec un partenaire".<br /><br />Cet &eacute;largissement aux ovules et au sperme de donneurs pourrait conduire &agrave; une meilleure couverture d'assurance pour les couples LGBTQ+ et les femmes c&eacute;libataires (environ 20 % des femmes qui ont recours aux banques de sperme sont des m&egrave;res c&eacute;libataires par choix). Toutefois, m&ecirc;me si les co&ucirc;ts des proc&eacute;dures de procr&eacute;ation assist&eacute;e sont potentiellement moins &eacute;lev&eacute;s, les personnes qui recherchent des donneurs de sperme noirs doivent encore faire face &agrave; la p&eacute;nurie. Les chiffres fluctuent p&eacute;riodiquement, mais une recherche r&eacute;cente sur les donneurs de sperme noirs r&eacute;pertori&eacute;s dans deux des plus grandes cryobanques du pays a montr&eacute; qu'il y avait neuf donneurs noirs sur 269 &agrave; la "California Cryobank" et 17 donneurs noirs sur 332 &agrave; la "Fairfax Cryobank".<br /><br />O&ugrave; sont les donneurs de sperme noirs?<br /><br />Lorsqu'Angela Stepancic et sa femme ont d&eacute;cid&eacute; d'avoir un enfant en 2020, elles ont d&eacute;couvert que la cryobanque qu'elles avaient choisie ne disposait que de 12 donneurs de sperme noirs. Et dans ce groupe, les donneurs g&eacute;n&eacute;tiquement compatibles avec le couple &eacute;taient encore moins nombreux. Frustr&eacute;e, Mme Stepancic, qui a 41 ans et vit &agrave; Washington DC, a particip&eacute; &agrave; des s&eacute;minaires en ligne pour en savoir plus sur le don de sperme et a demand&eacute; &agrave; une cadre de la cryobanque pourquoi il n'y avait pas plus d'hommes noirs dans leur pool de donneurs. La r&eacute;ponse de cette femme a &eacute;t&eacute; : "Eh bien, nous n'en trouvons pas"", raconte M. Stepancic. "Je me suis dit que si Beyonc&eacute; pouvait trouver un orchestre entier de femmes noires en string, nous pouvions certainement trouver des donneurs de sperme noirs."<br /><br />Alyssa Newman, directrice de recherche au Kennedy Institute of Ethics de l'universit&eacute; de Georgetown, a d&eacute;clar&eacute; qu'il n'y avait pas eu assez de recherches pour expliquer pleinement le manque de donneurs de sperme noirs, mais qu'une partie du probl&egrave;me r&eacute;sidait dans la lourdeur de la proc&eacute;dure de demande et d'&eacute;valuation. Les demandes de don de sperme comprennent des questionnaires d&eacute;taill&eacute;s sur la sant&eacute;, la personnalit&eacute; et d'autres traits de caract&egrave;re. M. Newman, dont les recherches portent sur les techniques de procr&eacute;ation assist&eacute;e et les disparit&eacute;s raciales en mati&egrave;re de sant&eacute;, explique que les candidats peuvent &eacute;galement subir des examens psychologiques et que certains formulaires d'admission exigent des candidats qu'ils soumettent des photos de tous leurs tatouages et une explication de la raison pour laquelle ils ont fait chacun d'eux.<br /><br />"Vous vous soumettez &agrave; des niveaux d'examen vraiment invasifs sous pr&eacute;texte de vous s&eacute;lectionner en tant que donneur", a d&eacute;clar&eacute; M. Newman. "Il s'agit en partie d'informations m&eacute;dicales pertinentes, mais il s'agit aussi en grande partie d'une validation morale et de caract&egrave;re qui soumet les gens &agrave; un examen minutieux qui peut &ecirc;tre tr&egrave;s d&eacute;rangeant, surtout si vous &ecirc;tes &eacute;valu&eacute; par des personnes qui ne sont pas de race noire.<br /><br />"Si Beyonc&eacute; peut trouver un orchestre entier de femmes noires en string, nous pouvons certainement trouver des donneurs de sperme noirs."<br />Angela Stepancic<br /><br />"D'autres &eacute;l&eacute;ments, tels que les informations sur les ant&eacute;c&eacute;dents m&eacute;dicaux sur trois g&eacute;n&eacute;rations, pourraient ne pas &ecirc;tre aussi accessibles aux donneurs noirs potentiels ou pourraient les dissuader d'essayer", a d&eacute;clar&eacute; M. Newman &agrave; propos de l'exigence standard de la plupart des banques de sperme. "Les crit&egrave;res de s&eacute;lection pourraient exclure syst&eacute;matiquement les donneurs noirs. Les exigences en mati&egrave;re d'&eacute;ducation, la v&eacute;rification des ant&eacute;c&eacute;dents criminels, [et] d'autres &eacute;l&eacute;ments qui refl&egrave;tent les in&eacute;galit&eacute;s sociales et marginalisent les hommes noirs sont simplement reproduits au niveau des crit&egrave;res de s&eacute;lection".<br /><br />Mme Stepancic a vu une opportunit&eacute; et est en train d'ouvrir une cryobanque, "Reproductive Village", pour aider &agrave; augmenter le nombre de donneurs de sperme noirs. Cela implique notamment de ne pas disqualifier les personnes sur la base de ce qui, selon elle, rel&egrave;ve essentiellement de l'eug&eacute;nisme : "L'id&eacute;e que si votre &eacute;ducation n'est pas bonne, celle de votre enfant ne le sera pas non plus. L'id&eacute;e que si vous avez commis un crime, il est &eacute;vident que votre enfant sera un criminel.<br /><br />De nombreuses banques de sperme exigent que les donneurs soient titulaires d'un dipl&ocirc;me d'&eacute;tudes secondaires, mais Mme. Stepancic a indiqu&eacute; que "Reproductive Village" accepterait &eacute;galement une &eacute;quivalence d&rsquo;un dipl&ocirc;me de fin d&rsquo;&eacute;tudes secondaires. La taille et le poids des donneurs seront document&eacute;s, mais les candidats ne seront pas disqualifi&eacute;s sur la base de ces caract&eacute;ristiques, comme c'est souvent le cas dans les &eacute;tablissements qui exigent un certain indice de masse corporelle. "Bien que nous ayons des normes &eacute;lev&eacute;es pour notre sperme, la principale norme pour nous est de nous assurer qu'il est s&ucirc;r et que vous serez en mesure de cr&eacute;er un enfant &agrave; partir de ce donneur", a d&eacute;clar&eacute; Mme. Stepancic. "Tout le reste est tertiaire, car si vous essayez d'avoir un enfant depuis des ann&eacute;es, la taille importe-t-elle?<br /><br />Mme Stepancic et son &eacute;pouse ont finalement d&eacute;cid&eacute; d'utiliser le sperme d'un donneur v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien blanc pour avoir leur fille, qui a &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue par voie intra-ut&eacute;rine et a aujourd'hui 22 mois. Mme Stepancic a d&eacute;clar&eacute; que l'exp&eacute;rience de la recherche de sperme d&rsquo;homme noir pendant plusieurs mois et d'autres probl&egrave;mes en cours de route lui a donn&eacute; une capacit&eacute; unique &agrave; soutenir les autres dans leur qu&ecirc;te d'un b&eacute;b&eacute;. "Il faut s'engager dans un marathon", dit-elle. "Il faut aussi se rendre compte que si l'on pensait qu'il s'agissait d'un marathon, il pourrait s'agir en fait d'un triathlon, et que l'on pourrait &ecirc;tre en train de skier au lieu de courir.<br /><br />La fertilit&eacute; est une question de justice sociale<br /><br />Aussi long que soit le parcours, il peut &ecirc;tre particuli&egrave;rement douloureux en raison de l'isolement que ressentent de nombreuses femmes noires lorsqu'elles sont confront&eacute;es &agrave; l'infertilit&eacute; ou qu'elles ont recours aux techniques de procr&eacute;ation assist&eacute;e. Elles sont r&eacute;ticentes &agrave; partager les d&eacute;tails de leur combat, selon Ceballo, parce qu'elles s'accusent souvent d'&ecirc;tre responsables de leur infertilit&eacute;. "L'int&eacute;riorisation de la croyance selon laquelle les femmes noires sont toujours fertiles signifie que lorsque vous ne pouvez pas tomber enceinte, apr&egrave;s avoir v&eacute;cu toute votre vie en supposant qu'il s'agissait d'une donn&eacute;e biologique, vous &eacute;prouvez une honte &eacute;norme", a d&eacute;clar&eacute; Mme Ceballo. "Ne pas pouvoir faire quelque chose que l'on d&eacute;sire si d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment... ce genre de douleur psychologique profonde est difficile &agrave; partager".<br /><br />De nombreuses femmes sont &eacute;galement critiqu&eacute;es par des individus inconnus pour avoir cru qu'elles pouvaient &ecirc;tre &eacute;duqu&eacute;es, faire carri&egrave;re et avoir des enfants jusqu'&agrave; la fin de la trentaine ou de la quarantaine. "La soci&eacute;t&eacute; vous bl&acirc;me", a d&eacute;clar&eacute; Mme Allen-Lamphere. "Quand vous &eacute;tiez concentr&eacute;e sur votre carri&egrave;re, vous auriez d&ucirc; vous concentrer davantage sur un homme. Il y a des millions de fa&ccedil;ons de reprocher aux femmes de ne pas se concentrer uniquement sur le mariage et les enfants et de ne pas y consacrer toute leur vie". Pour faire face aux sentiments de culpabilit&eacute; et d'isolement, elle a rejoint un groupe de th&eacute;rapie, o&ugrave; elle dit avoir &eacute;t&eacute; la seule femme noire. "C'&eacute;tait difficile", a d&eacute;clar&eacute; Mme Allen-Lamphere. "Mais au moins, il s'agissait de femmes qui vivaient ce que j'avais v&eacute;cu."<br /><br />Tiffany Hailey, une sp&eacute;cialiste du marketing de 43 ans d&rsquo;Atlanta, n'a pas non plus trouv&eacute; de communaut&eacute; de femmes noires ayant recours &agrave; la FIV. Elle a donc cr&eacute;&eacute; sa propre communaut&eacute;, un groupe Facebook priv&eacute; intitul&eacute; "Black Women TTC : Infertility, IVF, Egg freezing, etc." Le groupe, qu'elle a fond&eacute; en 2018, compte quelque 7 500 membres. "Je voulais m'assurer que nous avions un endroit prot&eacute;g&eacute; pour parler de nos exp&eacute;riences - trouver des m&eacute;decins adapt&eacute;s aux femmes noires, des cliniques adapt&eacute;es aux Noirs, des subventions et des programmes sp&eacute;cifiques pour les personnes dont le co&ucirc;t est prohibitif", a-t-elle d&eacute;clar&eacute;. "J'ai l'impression qu'avec notre d&eacute;mographie, certaines de ces choses ne sont pas aussi accessibles parce que nous n'avons pas ces r&eacute;seaux pour nous aider."<br /><br />Un nombre croissant de doulas noires sp&eacute;cialis&eacute;es dans l'infertilit&eacute; offrent &eacute;galement leur soutien, nombre d'entre elles ayant commenc&eacute; ce travail apr&egrave;s avoir v&eacute;cu leur propre exp&eacute;rience de l'infertilit&eacute;. "J'ai pleur&eacute; dans tant de cages d'escalier", raconte Laura Kradas, une doula sp&eacute;cialis&eacute;e dans l'infertilit&eacute; bas&eacute;e &agrave; New York. "Je me souviens de ce jour particulier o&ugrave; j'ai quitt&eacute; le travail et appel&eacute; ma meilleure amie, qui &eacute;tait une doula. Elle m'a dit : "Aujourd'hui, tu vas pleurer, Laura, mais demain, tu vas te battre". C'est ce que je dis tout le temps &agrave; mes clients". Les doulas sp&eacute;cialis&eacute;es dans l'infertilit&eacute; apportent un soutien &eacute;motionnel, physique et &eacute;ducatif aux personnes ayant des difficult&eacute;s &agrave; concevoir un enfant. Kradas fait tout, de l&rsquo;aide aux femmes &agrave; comprendre le jargon m&eacute;dical jusqu'&agrave; &ecirc;tre sur FaceTime avec elles lorsqu'elles s'administrent elles-m&ecirc;mes des injections d'hormones pour se pr&eacute;parer &agrave; la cong&eacute;lation d'ovules.<br /><br />"Il s'agit de cr&eacute;er de la force et du pouvoir pendant l&rsquo;exp&eacute;rience. Vous pouvez sortir d'un pr&eacute;l&egrave;vement d'ovules et avoir l'impression de ne rien contr&ocirc;ler. Mais ensuite, vous avez quelqu'un au t&eacute;l&eacute;phone qui vous dit : 'Voici les trois victoires que j'ai entendues. Voici les trois questions que nous allons poser &agrave; notre m&eacute;decin pour bien d&eacute;marrer le prochain cycle", a d&eacute;clar&eacute; Mme Kradas. Lorsque l'on est d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e, il est bon que quelqu'un prenne en compte tous les faits et dise : "Voil&agrave; o&ugrave; nous en sommes".<br /><br />Hailey et Allen-Lamphere ont toutes deux eu recours &agrave; la f&eacute;condation in vitro. Le fils de Hailey a trois ans et Allen-Lamphere, qui a un fils de 18 mois, est enceinte de son deuxi&egrave;me enfant &agrave; la suite d'un transfert d'embryon en septembre dernier.<br /><br />Elle travaille actuellement &agrave; la r&eacute;daction d'un livre sur les femmes noires et l'infertilit&eacute;, un guide complet qui, selon elle, sera "comme un ami, une m&egrave;re et un m&eacute;decin r&eacute;unis en un seul ouvrage". Son objectif est de cr&eacute;er le type de ressource qu'elle aurait aim&eacute; avoir &agrave; sa disposition lorsqu'elle envisageait de recourir &agrave; la cong&eacute;lation d'ovules ou &agrave; la f&eacute;condation in vitro. Mais elle a &eacute;galement &eacute;t&eacute; motiv&eacute;e par l'arr&ecirc;t de la Cour supr&ecirc;me des &Eacute;tats-Unis de juin 2022 qui a annul&eacute; l'arr&ecirc;t Roe v Wade, mettant fin au droit constitutionnel &agrave; l'avortement. Pour Mme Allen-Lamphere, l'acc&egrave;s aux traitements contre l'infertilit&eacute; est l'autre face de la m&eacute;daille de la justice reproductive et devrait &ecirc;tre un droit fondamental pour toute personne souhaitant avoir un enfant.<br /><br />"La fertilit&eacute; est une question de justice sociale au m&ecirc;me titre que le droit &agrave; l'avortement, car [les traitements contre la st&eacute;rilit&eacute;] ne sont pas accessibles &agrave; certaines cat&eacute;gories de la population", a-t-elle d&eacute;clar&eacute;. "Ils ne sont pas accessibles si l'on ne vit pas dans les bons &Eacute;tats ou si l'on n'a pas la bonne assurance, et ils emp&ecirc;chent de nombreuses personnes, en particulier les personnes de couleur, d'avoir les b&eacute;b&eacute;s qu'elles souhaitent.<br /><br />Cet article a &eacute;t&eacute; modifi&eacute; le 20 d&eacute;cembre 2023 car une version ant&eacute;rieure indiquait que "les femmes noires sont deux fois plus susceptibles que les femmes blanches de souffrir d'infertilit&eacute;". Cette phrase a &eacute;t&eacute; remplac&eacute;e par "presque deux fois plus de risques".<br /><br />Source :&nbsp;&#8203;https://www.theguardian.com/us-news/2023/dec/10/black-women-infertility-causes-treatment-inequity-healthcare</div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La "ligne de couleur Sonique/Sonore" : Shakespeare et la canonisation de la violence sexuelle contre les hommes noirs]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/la-ligne-de-couleur-soniquesonore-shakespeare-et-la-canonisation-de-la-violence-sexuelle-contre-les-hommes-noirs]]></link><comments><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/la-ligne-de-couleur-soniquesonore-shakespeare-et-la-canonisation-de-la-violence-sexuelle-contre-les-hommes-noirs#comments]]></comments><pubDate>Sun, 31 Dec 2023 22:24:02 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.laquestionnoire.com/articles/la-ligne-de-couleur-soniquesonore-shakespeare-et-la-canonisation-de-la-violence-sexuelle-contre-les-hommes-noirs</guid><description><![CDATA[ Par David Sterling BrownComment les hommes noirs peuvent-ils crier pendant des si&egrave;cles leur douleur physique, psychologique et &eacute;motionnelle induite par la violence sexuelle, sans &ecirc;tre entendus? Comment les gar&ccedil;ons et les hommes noirs retiennent-ils simultan&eacute;ment leur souffle collectif - enterr&eacute;s vivants depuis des si&egrave;cles - sans pour autant mourir?La r&eacute;ponse r&eacute;side en partie dans ce que Jennifer Stoever (r&eacute;dactrice en chef de  [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/lalignedecouleursonique_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">Par David Sterling Brown<br /><br />Comment les hommes noirs peuvent-ils crier pendant des si&egrave;cles leur douleur physique, psychologique et &eacute;motionnelle induite par la violence sexuelle, sans &ecirc;tre entendus? Comment les gar&ccedil;ons et les hommes noirs retiennent-ils simultan&eacute;ment leur souffle collectif - enterr&eacute;s vivants depuis des si&egrave;cles - sans pour autant mourir?<br /><br />La r&eacute;ponse r&eacute;side en partie dans ce que Jennifer Stoever (r&eacute;dactrice en chef de Sounding Out!) th&eacute;orise comme la "ligne de couleur sonore" : un ph&eacute;nom&egrave;ne qui s'appuie sur les articulations de W.E.B. Du Bois dans son trait&eacute; de 1903 "The Souls of Black Folk" et sugg&egrave;re que la race est un signifiant oculaire et auditif fondamentalement important qui dicte la mani&egrave;re dont tous les corps racialis&eacute;s sont pr&eacute;sent&eacute;s, per&ccedil;us, trait&eacute;s et m&ecirc;me contr&ocirc;l&eacute;s.<br /><br />Pour rappel, la ligne de couleur a d&eacute;fini ce que cela peut signifier : conduire, marcher, dormir, faire la f&ecirc;te, faire un barbecue, jouer du rap, vendre de l'eau, utiliser un bon de r&eacute;duction, couper l'herbe, faire de la toile (en tant que repr&eacute;sentant de l'&Eacute;tat), porter un uniforme de police, d&eacute;jeuner, tenter d'avoir une r&eacute;union d'affaires au Starbucks, prendre l'avion, quitter un Airbnb, voter, attendre un ami, effectuer des inspections professionnelles de routine, jouer au golf, s'entra&icirc;ner, emm&eacute;nager dans un appartement, embaucher et licencier du personnel, v&eacute;n&eacute;rer Dieu et bien plus encore - tout en &eacute;tant Noir. Mais que signifie &ecirc;tre entendu quand on est Noir ou, &agrave; l'inverse, &eacute;couter quand on est Blanc? Plus pr&eacute;cis&eacute;ment, qu'est-ce que cela signifie de r&eacute;v&eacute;ler ou de subir des violences sexuelles en tant qu'homme noir?<br /><br />En tant que shakespearien noir, je me tourne souvent vers l'&oelig;uvre dramatique de Shakespeare lorsque j'envisage des questions contemporaines. Je voudrais donc proposer que le th&eacute;&acirc;tre shakespearien, ainsi que sa r&eacute;ception et sa critique, r&eacute;v&egrave;lent ce qui est en jeu lorsque "l'oreille attentive", comme le dit Stoever, est de couleur dominante. J'aborderai cette question principalement par le biais d'allusions &agrave; "Titus Andronicus" et au "Marchand de Venise" de Shakespeare en explorant une question peu discut&eacute;e et peu &eacute;tudi&eacute;e - la violence sexuelle &agrave; l'encontre des hommes noirs.<br /><br />Dans le th&eacute;&acirc;tre shakespearien et dans le monde r&eacute;el, la violence sexuelle se manifeste de diverses mani&egrave;res. Elle peut &ecirc;tre psychologique et &eacute;motionnelle, par exemple : Dans "Titus Andronicus", l'imp&eacute;ratrice romaine Tamora, r&eacute;cemment couronn&eacute;e, trouve son amant noir illicite, Aaron, dans la for&ecirc;t et lui demande : "Pourquoi as-tu l'air triste,/Alors que tout se vante joyeusement?" avant de sugg&eacute;rer dans la foul&eacute;e qu'ils aient des relations sexuelles (2.3.10-11). Aaron ne partage pas la "joie" de Tamora &agrave; ce moment-l&agrave;, car son "silence, [et sa] m&eacute;lancolie trouble" autoproclam&eacute;s "ne sont pas des signes v&eacute;n&eacute;riens", comme il l'assure (2.3.33-36). De plus, l'&eacute;tat &eacute;motionnel triste d'Aaron - ce que nous pourrions lire en termes modernes comme un indicateur de sa sant&eacute; mentale - n'a aucune importance pour Tamora.<br /><br />Elle veut plut&ocirc;t utiliser son corps de Noir, que Shakespeare d&eacute;peint dans la pi&egrave;ce comme un st&eacute;r&eacute;otype de sauvage et d'hypersexuel, puis entrer imm&eacute;diatement dans "un sommeil d'or" apr&egrave;s leur orgasme... ou peut-&ecirc;tre juste son orgasme &agrave; elle (2.3.26). Il est difficile de dire si le soulagement sexuel d'Aaron a de l'importance ici. Quoi qu'il en soit, Aaron subit une double agression venant de l'int&eacute;rieur et de l'ext&eacute;rieur de la pi&egrave;ce : Tamora n'entend pas vraiment la tristesse de cet homme noir, m&ecirc;me si elle affirme la voir.<br /><br />En outre, les critiques ont largement ignor&eacute; la tristesse d'Aaron en la lisant comme un moment dramatique ant&eacute;rieur qui r&eacute;v&egrave;le son humanisation, un moment qui pr&eacute;c&egrave;de sa sensibilit&eacute; paternelle souvent discut&eacute;e, affich&eacute;e dans l'acte 4, sc&egrave;ne 2, sur laquelle j'ai &eacute;crit dans le volume "Titus Andronicus : The State of Play" d&rsquo;Arden, comme l'ont fait d'autres critiques.<br /><br />Comme le montrent Titus et les affaires contemporaines, la d&eacute;shumanisation et le d&eacute;s&eacute;quilibre des dynamiques de pouvoir sont au c&oelig;ur de la violence sexuelle. Dans "Le Marchand de Venise", le d&eacute;sir h&eacute;t&eacute;rosexuel interracial est, pour l'homme noir, un jeu &agrave; perdre parce que le r&eacute;sultat de l'"&eacute;preuve du cercueil" est truqu&eacute;, si ce n'est par Portia, du moins par Shakespeare lui-m&ecirc;me, et parce que Portia la blanche d&eacute;clare, en r&eacute;ponse &agrave; l'&eacute;chec de la s&eacute;lection du cercueil par le Prince noir du Maroc : "Que tous ceux de sa complexion me choisissent ainsi" (2.7.79). En d'autres termes, qu'aucun Noir ne r&eacute;ussisse dans ce jeu. Portia ne veut que Bassanio : un homme &agrave; la peau claire qui emprunte de l'argent &agrave; son ami Antonio, qui ressemble &agrave; un sugar-daddy, et qui, sur le papier, fait p&acirc;le figure face au Prince.<br /><br />Le prince du Maroc est mis en sc&egrave;ne pour d&eacute;sirer et sexualiser une blancheur inaccessible, alors que sa qu&ecirc;te est ridiculis&eacute;e par Portia et moqu&eacute;e par le public blanc ext&eacute;rieur. En fin de compte, il est puni pour avoir aspir&eacute; &agrave; se rapprocher de la blancheur. La cons&eacute;quence de son &eacute;chec est une sorte de st&eacute;rilisation ou de castration symbolique : Incapable d'&eacute;pouser qui que ce soit, il ne peut pas produire d'h&eacute;ritier l&eacute;gitime. Cette punition est probl&eacute;matique en raison des contraintes physiques impos&eacute;es &agrave; son corps noir procr&eacute;ateur. Il va sans dire que son d&eacute;part dans la pi&egrave;ce est franchement triste; pourtant, son "c&oelig;ur trop chagrin" est le cadet des soucis de Portia (2.7.76).<br /><br />Pourquoi le traitement respectif d'Aaron et du prince du Maroc par Tamora et Portia n'a-t-il pas suscit&eacute; beaucoup de conversations critiques sur la victimisation des hommes noirs? Pourquoi les critiques ne se sont-ils pas pench&eacute;s sur cette question, et sur sa relation avec la violence sexuelle, avec la m&ecirc;me &eacute;nergie et la m&ecirc;me rigueur que celles qu'ils ont utilis&eacute;es pour d&eacute;finir Aaron comme un m&eacute;chant et le prince du Maroc comme un personnage pompeux? Selon Tommy J. Curry et Ebony A. Utley, "il est souvent difficile de conceptualiser les corps masculins comme &eacute;tant victimes de violence sexuelle, et encore plus lorsque l'auteur de cette violence sexuelle est une femme".<br /><br />J'ajouterai qu'il est encore plus difficile de consid&eacute;rer les corps masculins comme des victimes de violences sexuelles lorsque ces corps sont noirs. La race ajoute une autre dimension &agrave; la question, puisque les Noirs et la douleur des Noirs sont souvent rendus invisibles et inaudibles dans la soci&eacute;t&eacute;, en particulier dans la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine. Par exemple, des &eacute;tudes ont &eacute;t&eacute; men&eacute;es sur la longue histoire de la discrimination au sein du monde m&eacute;dical, montrant comment le traitement par les professionnels de la sant&eacute; et leurs r&eacute;ponses &agrave; la douleur exprim&eacute;e peuvent varier en fonction de la race, avec une sensibilit&eacute; moindre &agrave; l'expression de la douleur par les personnes de couleur, en particulier les Noirs.<br /><br />&Eacute;tant donn&eacute; que la soci&eacute;t&eacute; interdit largement aux hommes noirs d'&ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme des victimes, elle leur interdit par cons&eacute;quent d'exp&eacute;rimenter et de comprendre leur douleur, de sorte que le langage permettant de se consid&eacute;rer comme une victime, de concevoir les circonstances de sa vie comme le r&eacute;sultat d'une victimisation, est limit&eacute;, voire inexistant. Historiquement et de mani&egrave;re st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e, les hommes noirs ont &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute;s comme des brutes, des violeurs, des personnes sexuellement agressives, insensibles, incapables de s'occuper d'autrui, et bien d'autres choses encore. Le r&eacute;cit socioculturel g&eacute;n&eacute;ral entourant l'existence de l'homme noir aux &Eacute;tats-Unis, et au-del&agrave;, est un r&eacute;cit qui promeut des mythes con&ccedil;us pour rationaliser les craintes li&eacute;es &agrave; la masculinit&eacute; et &agrave; la sexualit&eacute; des Noirs. Ces types de mythes racialis&eacute;s sur les hommes noirs, qui se retrouvent &eacute;galement dans "Othello" et "La Temp&ecirc;te", ont &eacute;t&eacute; cultiv&eacute;s au fil des si&egrave;cles et au-del&agrave; des fronti&egrave;res g&eacute;ographiques. Ces mythes racistes r&eacute;ifient la fictionnalisation de la douleur noire.<br /><br />Selon les recherches sur la race et l'ethnicit&eacute; men&eacute;es par l'American Psychological Association, entre 2005 et 2013, "la main-d'&oelig;uvre active en psychologie &eacute;tait principalement blanche : Les Blancs repr&eacute;sentaient 83,6 % des psychologues actifs. Les groupes raciaux/ethniques minoritaires, notamment les Asiatiques (4,3 %), les Noirs/Africains (5,3 %), les Hispaniques (5,0 %) et les autres groupes raciaux/ethniques (1,7 %), repr&eacute;sentaient environ 16,4 % des psychologues actifs". Le nombre total de psychologues actifs &eacute;tant d'environ 158 000, cela signifie qu'environ 8 400 d'entre eux &eacute;taient noirs, tandis que 132 000 &eacute;taient blancs. La disparit&eacute; d&eacute;mographique raciale de la profession de la sant&eacute; mentale impose et renforce le silence des hommes noirs &agrave; grande &eacute;chelle.<br /><br />Il n'est donc pas surprenant que les hommes noirs signalent les agressions sexuelles et recherchent une aide professionnelle dans des proportions bien inf&eacute;rieures &agrave; celles de leurs homologues blancs. Il va sans dire que, parmi d'autres facteurs, l'insuffisance des ressources humaines et le manque de sensibilit&eacute; culturelle des professionnels de la sant&eacute; mentale aggravent le silence qui entoure les abus et les violences sexuels subis par des hommes noirs comme Kirk Franklin, Terry Crews, Common et, si j'ose dire, R. Kelly. Et le traitement silencieux, pour ainsi dire, peut contribuer au cycle de la victime &agrave; l'auteur : les victimes elles-m&ecirc;mes peuvent devenir des auteurs de violences sexuelles, projetant leur douleur sur d'autres parce que leur silence rend leur propre histoire inconnaissable.<br /><br />Sans exutoire appropri&eacute; pour leur souffrance, les hommes noirs victimes d'abus sexuels sont livr&eacute;s &agrave; eux-m&ecirc;mes alors qu'ils sont confront&eacute;s aux cons&eacute;quences psychologiques, &eacute;motionnelles et physiques d'un probl&egrave;me double : l'intersection de l'agression sexuelle et du racisme. Les cris de ces victimes non trait&eacute;es ne sont pas entendus par la soci&eacute;t&eacute; et leur douleur n'est donc pas prise en compte. Bien qu'elles ne soient pas entendues, leur souffrance s'accompagne de cons&eacute;quences et d'effets &agrave; court et &agrave; long terme. Il peut s'agir de probl&egrave;mes de sant&eacute; g&eacute;n&eacute;rale et de sant&eacute; mentale tels que les TOC, le SSPT, la d&eacute;pendance sexuelle, les troubles bipolaires et l'anxi&eacute;t&eacute;, pour n'en citer que quelques-uns.<br /><br />Les id&eacute;aux de la soci&eacute;t&eacute; concernant la masculinit&eacute;, en particulier la masculinit&eacute; noire, ont un impact n&eacute;gatif sur la mani&egrave;re dont les victimes afro-am&eacute;ricaines choisissent de r&eacute;agir aux violations sexuelles, d'o&ugrave; leur silence et les probl&egrave;mes non trait&eacute;s. Les hommes, en particulier les Noirs, apprennent souvent d&egrave;s leur plus jeune &acirc;ge &agrave; &ecirc;tre forts, &agrave; &ecirc;tre durs, &agrave; &ecirc;tre ind&eacute;pendants, &agrave; se d&eacute;brouiller comme ils le peuvent sans compromettre leur apparence masculine, m&ecirc;me si elle n'est qu'une fa&ccedil;ade. &Eacute;tant donn&eacute; le risque de ridicule et d'&eacute;masculation, il semble plus s&ucirc;r pour les hommes noirs de rester silencieux, de g&eacute;rer de mani&egrave;re ind&eacute;pendante leur humiliation, leur honte et leur haine de soi. Cela ne devrait pas &ecirc;tre le cas, d'autant plus qu'aux &Eacute;tats-Unis, "un huiti&egrave;me des enfants sont victimes d'abus sexuels, physiques ou &eacute;motionnels avant l'&acirc;ge de 18 ans".<br /><br />Le fait que les victimes noires puissent &ecirc;tre moqu&eacute;es par la soci&eacute;t&eacute; dans son ensemble, voire ostracis&eacute;es au sein de leur propre communaut&eacute;, en raison de leur exposition &agrave; la violence sexuelle, montre une autre fa&ccedil;on dont cette question fonctionne comme un jeu, en ce sens que l'exp&eacute;rience de la violation sexuelle n'est pas trait&eacute;e s&eacute;rieusement. Les dangers de ne pas entendre les cris des hommes noirs victimes d'agressions sexuelles, de leur demander de retenir leur souffle pendant des si&egrave;cles, sont nombreux, en particulier parce que leur comportement est souvent criminalis&eacute; et, pour les enfants, adultifi&eacute;.<br /><br />Mais que se passerait-il si les gens entendaient les gar&ccedil;ons et les hommes noirs? Regarderaient-ils profond&eacute;ment dans leurs yeux et verraient-ils leur douleur &eacute;motionnelle et psychologique? Regarderaient leur corps - non pas pour le sexualiser, l'objectiver ou le f&eacute;tichiser - mais pour observer les signes physiques des traumatismes, les blessures et les cicatrices non gu&eacute;ries qui sont des rappels tatou&eacute;s d'un pass&eacute; qui les hante quotidiennement? Les Aaron, les Princes du Maroc, les Othello et les Caliban du monde entier m&eacute;ritent de respirer. Entendez-nous et lib&eacute;rez-nous.<br /><br />L&rsquo;auteur : David Sterling Brown est professeur adjoint d'anglais &agrave; l'universit&eacute; de Binghamton, SUNY. Ses recherches portent sur la domesticit&eacute;, la race, la noirceur, la blancheur et le genre. Il travaille actuellement sur une monographie qui examine les questions domestiques des Noirs dans le th&eacute;&acirc;tre shakespearien et a commenc&eacute; &agrave; r&eacute;diger un second projet de livre qui vise &agrave; recadrer la fa&ccedil;on dont nous pensons &agrave; l'"alt&eacute;rit&eacute;" raciale dans le th&eacute;&acirc;tre shakespearien. Membre de Phi Beta Kappa, boursier 2013-2014 du Consortium for Faculty Diversity et boursier 2016-2018 du SITPA de l'Universit&eacute; Duke, David a &eacute;t&eacute; le premier ancien &eacute;l&egrave;ve du Trinity College (CT) &agrave; recevoir la bourse Ann Plato.<br /><br />Source :&nbsp;&#8203;https://medium.com/the-sundial-acmrs/the-sonic-color-line-shakespeare-and-the-canonization-of-sexual-violence-against-black-men-cb166dca9af8</div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Tendances populistes ou panafricanisme révolutionnaire?]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/tendances-populistes-ou-panafricanisme-revolutionnaire]]></link><comments><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/tendances-populistes-ou-panafricanisme-revolutionnaire#comments]]></comments><pubDate>Sun, 24 Dec 2023 14:11:44 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.laquestionnoire.com/articles/tendances-populistes-ou-panafricanisme-revolutionnaire</guid><description><![CDATA[ Par Kinuthia Ndungu &amp; Nicholas Mwangi"Une lutte des classes acharn&eacute;e fait rage en Afrique. Nous en avons tous les preuves autour de nous. Il s'agit essentiellement, comme dans le reste du monde, d'une lutte entre les oppresseurs et les opprim&eacute;s".KWAME NKRUMAHNous vivons en effet une &eacute;poque int&eacute;ressante, t&eacute;moin d'une r&eacute;surgence du panafricanisme &agrave; la fois revigorante et complexe. Le continent africain est t&eacute;moin du mouvement dynamique d [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/populisttrendsorrevolutionarypanafricanism_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">Par Kinuthia Ndungu &amp; Nicholas Mwangi<br /><br />"Une lutte des classes acharn&eacute;e fait rage en Afrique. Nous en avons tous les preuves autour de nous. Il s'agit essentiellement, comme dans le reste du monde, d'une lutte entre les oppresseurs et les opprim&eacute;s".<br /><br />KWAME NKRUMAH<br /><br />Nous vivons en effet une &eacute;poque int&eacute;ressante, t&eacute;moin d'une r&eacute;surgence du panafricanisme &agrave; la fois revigorante et complexe. Le continent africain est t&eacute;moin du mouvement dynamique de dirigeants qui prononcent des discours passionn&eacute;s, captivant les jeunes et la diaspora. Cependant, sous cette fa&ccedil;ade &eacute;nergique se cache un d&eacute;fi : la mont&eacute;e d'un panafricanisme pseudo-populiste qui r&eacute;gurgite une rh&eacute;torique vide. Cette pratique s'est &eacute;galement &eacute;tendue aux pr&eacute;sidents africains, qui deviennent des c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s du jour au lendemain dans le monde entier gr&acirc;ce &agrave; de courtes vid&eacute;os YouTube devenues virales.<br /><br />Nous avons &eacute;galement assist&eacute; &agrave; l'&eacute;mergence d'"intellectuels publics" qui donnent des conf&eacute;rences sur le panafricanisme et s'habillent de magnifiques imprim&eacute;s africains, et d'universit&eacute;s africaines qui proposent des cours de panafricanisme sur mesure et commercialisables. La plupart d'entre eux se d&eacute;guisent en citant nos martyrs r&eacute;volutionnaires panafricains, mais ne sont pas engag&eacute;s politiquement dans la lutte contre l'oppression interne et externe. Ils ignorent que le panafricanisme est un projet politique et qu'&ecirc;tre panafricaniste, c'est intensifier la lutte &agrave; partir de la base, du terrain, en mettant l'accent sur les mouvements populaires et l'action collective pour apporter des changements transformateurs.<br />&#8203;<br />&Agrave; un certain moment de l'histoire, le panafricanisme a &eacute;t&eacute; d&eacute;tourn&eacute; par des autocrates africains comme Mobutu Sese Seko, Paul Biya, Nguema et d'autres qui ont utilis&eacute; le panafricanisme comme excuse pour non seulement hypoth&eacute;quer leurs pays au profit d'int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;trangers, mais aussi pour &eacute;viter de rendre des comptes sur les violations des droits de l'homme et la grande corruption. Ils se sont identifi&eacute;s comme panafricains tout en enlevant, torturant, tuant, exploitant et imposant des restrictions strictes en mati&egrave;re de visas &agrave; leurs compatriotes africains.<br /><br />Aujourd'hui, un certain nombre de dirigeants africains comme le pr&eacute;sident Museveni et Ruto sont pr&eacute;sent&eacute;s comme des panafricanistes, alors qu'ils d&eacute;fendent des int&eacute;r&ecirc;ts imp&eacute;riaux dans toute l'Afrique et au-del&agrave;. Nous avons &eacute;t&eacute; contraints d'assister, avec beaucoup de m&eacute;contentement et de frustration, &agrave; la d&eacute;cision de Ruto de permettre au Kenya de s'engager plus avant dans les activit&eacute;s imp&eacute;rialistes des &Eacute;tats-Unis. Le Kenya, avec le soutien des &Eacute;tats-Unis, enverra un contingent d'officiers de police qui seront utilis&eacute;s comme des visages noirs [de l&rsquo;imp&eacute;rialisme] pour brutaliser Ha&iuml;ti. C'est le dernier &eacute;pisode d'une longue et tragique histoire d'intervention imp&eacute;rialiste en Ha&iuml;ti.<br /><br />Dans le monde d'aujourd'hui, o&ugrave; le panafricanisme est confront&eacute; &agrave; une dilution populiste et &agrave; une rh&eacute;torique superficielle, l'appel &agrave; un panafricanisme r&eacute;volutionnaire r&eacute;nov&eacute; devient plus urgent que jamais. La force de ce mouvement r&eacute;side dans sa position inflexible contre l'imp&eacute;rialisme et le capitalisme, en soutenant l'analyse rigoureuse du socialisme scientifique. La jeunesse africaine doit &ecirc;tre dot&eacute;e de connaissances historiques et d'outils analytiques pour pouvoir faire la diff&eacute;rence entre les appels populistes vides et les id&eacute;ologies r&eacute;volutionnaires authentiques.<br /><br />Le panafricanisme r&eacute;volutionnaire, dans son essence, est une tour id&eacute;ologique contre l'imp&eacute;rialisme et le capitalisme. Contrairement aux critiques qui qualifient la r&eacute;flexion sur l'histoire de simple nostalgie, le c&oelig;ur du panafricanisme r&eacute;volutionnaire se trouve dans les principes du socialisme scientifique et dans son histoire.&nbsp; L'&eacute;mergence du panafricanisme remonte &agrave; l'impact d&eacute;vastateur de la traite transatlantique des esclaves et du colonialisme sur l'Afrique et ses peuples. Ces deux forces jumelles, conduites par le capitalisme et l'imp&eacute;rialisme europ&eacute;ens, ont eu un impact profond et durable sur le continent. Comme l'a d&eacute;clar&eacute; avec justesse Kwame Ture, le processus d'&eacute;volution de l'Afrique a &eacute;t&eacute; interrompu par le capitalisme/imp&eacute;rialisme europ&eacute;en, qui s'est manifest&eacute; sous deux formes : l'esclavage et le colonialisme. Cette interruption a laiss&eacute; l'Afrique pill&eacute;e et son tissu social d&eacute;chir&eacute;.<br /><br />L'&eacute;mergence du panafricanisme<br /><br />Certains des premiers panafricanistes, comme Martin Robinson Delany et Robert Campbell, se sont aventur&eacute;s en Afrique et ont &eacute;t&eacute; accueillis, malgr&eacute; le foss&eacute; g&eacute;ographique et historique caus&eacute; par la traite des esclaves. Ces interactions avec le continent africain ont aliment&eacute; une reconnaissance croissante du besoin d'unit&eacute; et un d&eacute;sir ardent de rapatriement en Afrique. Martin R. Delany, par exemple, pensait que les Noirs ne pouvaient pas prosp&eacute;rer aux c&ocirc;t&eacute;s des Blancs et pr&eacute;conisait une s&eacute;paration d'avec l'Am&eacute;rique. Les opinions de Delany refl&eacute;taient le sentiment dominant des premiers panafricanistes, qui consid&eacute;raient l'Afrique comme un lieu de refuge et d'opportunit&eacute;s pour les personnes d'ascendance africaine. Le retour sur le continent leur permettrait de reconstruire leur vie et leur culture, lib&eacute;r&eacute;s des cha&icirc;nes de l'in&eacute;galit&eacute; raciale.<br /><br />D'autres panafricanistes de la premi&egrave;re heure, comme Alexander Crummell et Edward Wilmot Blyden, ont propos&eacute; une approche diff&eacute;rente. Ils envisageaient que les Africains retournent sur le continent non seulement pour r&eacute;clamer leur h&eacute;ritage, mais aussi pour civiliser et convertir ses habitants, &agrave; l'instar des missionnaires de l'&eacute;poque. Cette approche soulignait l'importance du r&ocirc;le de l'Afrique dans le fa&ccedil;onnement du destin de la diaspora africaine. N&eacute;anmoins, au fur et &agrave; mesure de son &eacute;volution, le panafricanisme a transcend&eacute; ces approches &eacute;troites pour adopter une id&eacute;ologie plus inclusive et plus globale. Il a reconnu que la lutte pour la justice et l'&eacute;galit&eacute; ne se limitait pas &agrave; un retour g&eacute;ographique en Afrique, mais englobait l'objectif plus large de l'unit&eacute;, de la solidarit&eacute; et de l'autod&eacute;termination pour toutes les personnes d'ascendance africaine, quel que soit l'endroit o&ugrave; elles se trouvent.<br /><br />R&eacute;volution ha&iuml;tienne<br /><br />La r&eacute;volution ha&iuml;tienne, qui a d&eacute;but&eacute; en 1791, a &eacute;t&eacute; une importante lutte pour l'ind&eacute;pendance. Le peuple asservi de Saint-Domingue, principalement d'origine africaine, s'est soulev&eacute; contre le r&eacute;gime colonial fran&ccedil;ais oppressif, d&eacute;clenchant un conflit violent et prolong&eacute; qui a finalement abouti &agrave; l'&eacute;tablissement d'Ha&iuml;ti en tant que nation souveraine en 1804. C'est la premi&egrave;re fois dans l'histoire que des Africains r&eacute;duits en esclavage parviennent &agrave; renverser leurs oppresseurs et &agrave; former une r&eacute;publique noire ind&eacute;pendante. La cons&eacute;quence la plus profonde de la r&eacute;volution ha&iuml;tienne a &eacute;t&eacute; la cr&eacute;ation d'un havre de paix pour les Africains fuyant la brutalit&eacute; de l'esclavage. Ha&iuml;ti est devenu une lueur d'espoir pour les opprim&eacute;s en qu&ecirc;te de libert&eacute; et d'un refuge contre les horreurs de la traite transatlantique des esclaves. Il a donn&eacute; un aper&ccedil;u de ce qui &eacute;tait possible lorsque les opprim&eacute;s s'unissaient dans leur qu&ecirc;te d'autod&eacute;termination, inspirant des mouvements similaires dans toute la diaspora africaine.<br /><br />L'engagement d'Ha&iuml;ti pour la cause de la libert&eacute; d&eacute;passe ses propres fronti&egrave;res. Les dirigeants ha&iuml;tiens, en particulier Jean-Jacques Dessalines, ont offert un soutien crucial &agrave; Simon Bolivar, le leader r&eacute;volutionnaire sud-am&eacute;ricain. Ce soutien est toutefois assorti d'une condition : Bolivar devait accepter de lib&eacute;rer les esclaves dans les pays qu'il lib&eacute;rait. La volont&eacute; d'Ha&iuml;ti de soutenir les efforts de Bolivar a d&eacute;montr&eacute; le lien entre les luttes pour la libert&eacute; au sein de la diaspora africaine et l'importance de la solidarit&eacute; entre les peuples opprim&eacute;s. CLR James, historien et militant politique trinidadien, a reconnu l'importance de la r&eacute;volution ha&iuml;tienne et son impact sur le panafricanisme. Dans son ouvrage novateur intitul&eacute; "Les Jacobins noirs", James a relat&eacute; la lutte h&eacute;ro&iuml;que du peuple ha&iuml;tien contre les puissantes puissances coloniales europ&eacute;ennes. Le titre m&ecirc;me de l'ouvrage &eacute;tablit un lien entre les r&eacute;volutionnaires ha&iuml;tiens et les Jacobins, qui ont men&eacute; la R&eacute;volution fran&ccedil;aise. Le livre a &eacute;t&eacute; &eacute;crit dans l'intention de faire des personnes d'ascendance africaine les sujets actifs de leur propre histoire.&nbsp; Ce faisant, James a reconnu la signification plus large de la r&eacute;volution ha&iuml;tienne dans le contexte du mouvement panafricain. Il a reconnu que la lutte d'Ha&iuml;ti pour la libert&eacute; n'&eacute;tait pas un &eacute;v&eacute;nement isol&eacute;, mais qu'elle s'inscrivait dans une lutte mondiale plus large pour la lib&eacute;ration de l'Afrique de l'oppression coloniale.<br /><br />Congr&egrave;s panafricain et internationalisme<br /><br />Le mouvement panafricain a trouv&eacute; sa forme organisationnelle &agrave; la fin des ann&eacute;es 1900. Henry Sylvester Williams, qui r&eacute;sidait alors au Royaume-Uni, a organis&eacute; la premi&egrave;re conf&eacute;rence panafricaine &agrave; Londres. L'une des figures de proue de cette conf&eacute;rence &eacute;tait W.E.B. Du Bois, un sociologue, historien et militant des droits civiques afro-am&eacute;ricain. Lors de cette conf&eacute;rence, Du Bois a jou&eacute; un r&ocirc;le important en pr&eacute;sidant le comit&eacute; charg&eacute; de r&eacute;diger le "Discours aux nations du monde". Ce discours &eacute;tait un appel aux puissances coloniales, exigeant la fin de la discrimination &agrave; laquelle &eacute;taient confront&eacute;es les personnes d'ascendance africaine dans le monde entier. Du Bois et ses coll&egrave;gues panafricanistes ont identifi&eacute; la ligne de couleur comme le probl&egrave;me d&eacute;terminant du 20e si&egrave;cle, soulignant la n&eacute;cessit&eacute; urgente d'affronter le racisme et le colonialisme. Le traitement raciste des personnes d'ascendance africaine dans diverses parties du monde, y compris dans la diaspora africaine, a servi de force unificatrice au mouvement panafricain.<br /><br />Du Bois a &eacute;galement donn&eacute; un nouvel &eacute;lan au mouvement panafricain dans son essai de 1915 intitul&eacute; "The Negro". Dans cet essai, il plaide pour une orientation socialiste du mouvement, soulignant l'importance de l'unit&eacute; entre les membres de la classe ouvri&egrave;re et les personnes de couleur. Du Bois appelle &agrave; "l'unit&eacute; des classes ouvri&egrave;res partout dans le monde, &agrave; l'unit&eacute; des races de couleur, &agrave; une nouvelle unit&eacute; des hommes". Ses id&eacute;es ont &eacute;largi les horizons du panafricanisme, en le reliant non seulement &agrave; la lutte pour l'&eacute;galit&eacute; raciale, mais aussi &agrave; des mouvements socio-&eacute;conomiques et politiques plus larges.<br /><br />La ferveur r&eacute;volutionnaire du d&eacute;but du XXe si&egrave;cle, illustr&eacute;e par des &eacute;v&eacute;nements tels que la r&eacute;volution russe de 1917, a eu un impact profond sur le mouvement panafricain. L'Internationale communiste (Comintern), dirig&eacute;e par les bolcheviks, a adopt&eacute; une approche panafricaniste r&eacute;volutionnaire. Cette approche s'oppose ouvertement au colonialisme et &agrave; l'imp&eacute;rialisme. Vladimir L&eacute;nine, le chef des bolcheviks, a pr&eacute;sent&eacute; un projet de th&egrave;se sur la question nationale et coloniale lors du deuxi&egrave;me congr&egrave;s de l'Internationale communiste. Ce document exigeait que les partis communistes du monde entier apportent une aide directe aux mouvements anticoloniaux dans les colonies. Le soutien du Comintern au panafricanisme a ajout&eacute; une dimension internationale &agrave; la lutte pour l'ind&eacute;pendance et l'&eacute;galit&eacute; des Africains. Dans un entretien avec Selim Nadi, Hakim Adi met en lumi&egrave;re le r&ocirc;le du Comintern dans la formation de l'id&eacute;ologie du panafricanisme. Sous l'impulsion des communistes noirs, le Comintern a adopt&eacute; divers aspects du panafricanisme. L'un des &eacute;l&eacute;ments cl&eacute;s qu'ils ont adopt&eacute; est l'id&eacute;e que les Africains partagent des formes communes d'oppression et sont engag&eacute;s dans une lutte commune. Cette perspective a contribu&eacute; &agrave; unir les Africains et les descendants d'Africains dans leur qu&ecirc;te de lib&eacute;ration.<br /><br />Du Bois a relanc&eacute; la marche vers l'unification de la diaspora africaine et l'&eacute;tablissement d'un internationalisme noir. En 1919, il a organis&eacute; le premier congr&egrave;s panafricain &agrave; Paris, marquant ainsi un tournant important dans le mouvement panafricain. Conscient des limites des conf&eacute;rences isol&eacute;es, Du Bois avait pour objectif d'assurer la continuit&eacute; de la lutte panafricaine par le biais du congr&egrave;s. Le premier congr&egrave;s panafricain s'est tenu &agrave; un moment important, juste apr&egrave;s la fin de la Premi&egrave;re Guerre mondiale et la d&eacute;faite de l'Allemagne. Le rassemblement &agrave; Paris avait un objectif clair : formuler des exigences et les pr&eacute;senter aux n&eacute;gociateurs de paix r&eacute;unis &agrave; Versailles, en France, pour la n&eacute;gociation et la signature d'un trait&eacute; de paix. Le Congr&egrave;s a exig&eacute; que les alli&eacute;s victorieux administrent les anciens territoires allemands en Afrique au nom des populations africaines qui y vivent.<br /><br />&Agrave; l'oppos&eacute; de l'approche intellectuelle de Du Bois, Marcus Garvey &eacute;tait un nationaliste noir qui pr&ocirc;nait le mouvement Back-to-Africa. L'impact de Garvey sur le mouvement panafricain s'est fait sentir gr&acirc;ce &agrave; son leadership charismatique et &agrave; ses efforts de mobilisation de masse. Il a fond&eacute; l'Universal Negro Improvement Association (UNIA), qui a attir&eacute; plus de 4 millions de membres. Le message de Garvey sur la fiert&eacute; noire et l'autod&eacute;termination a trouv&eacute; un &eacute;cho aupr&egrave;s des personnes d'ascendance africaine, dissipant les fausses consciences et favorisant un sentiment d'unit&eacute; et de d&eacute;termination au sein de la communaut&eacute; noire.<br /><br />Du Bois organisera une s&eacute;rie de congr&egrave;s panafricains en 1921, 1923 et 1927. Le plus important des congr&egrave;s organis&eacute;s par Dubois est le cinqui&egrave;me congr&egrave;s panafricain, qui s'est tenu &agrave; Manchester en juillet 1945 et auquel ont particip&eacute; des dirigeants africains tels que Kwame Nkrumah. Contrairement aux congr&egrave;s pr&eacute;c&eacute;dents, il met l'accent sur le continent africain et sa demande d'ind&eacute;pendance. Les dirigeants et les intellectuels r&eacute;unis &agrave; cette occasion avaient pour objectif de d&eacute;manteler les structures coloniales et d'ouvrir la voie &agrave; l'autod&eacute;termination en Afrique.<br /><br />La lib&eacute;ration en Afrique<br /><br />Lorsque Nkrumah a pris le pouvoir au Ghana en 1957, le panafricanisme est revenu de la diaspora comme un projet de construction de la nation, pour r&eacute;pondre enfin &agrave; la question nationale. Les dirigeants des nations ind&eacute;pendantes ont commenc&eacute; &agrave; se demander comment construire une soci&eacute;t&eacute; postcoloniale, longtemps ravag&eacute;e par le colonialisme et l'esclavage.&nbsp; Comment passer d'une soci&eacute;t&eacute; structur&eacute;e par la colonisation &agrave; une nouvelle soci&eacute;t&eacute; qui honore, humanise et dignifie le peuple africain.<br /><br />Le socialisme est devenu une n&eacute;cessit&eacute; pour la restauration de l'Afrique. Cependant, il y a eu des incoh&eacute;rences quant &agrave; la signification et aux politiques du socialisme africain, ce qui a conduit &agrave; une confusion g&eacute;n&eacute;rale parmi les dirigeants africains qui ont ni&eacute; l'existence de classes en Afrique.&nbsp; Certains intellectuels africains comme Nkrumah, Nyerere et Amilcar Cabral ont v&eacute;ritablement tent&eacute; d'imaginer une vie politique et sociale en Afrique enracin&eacute;e dans la culture africaine. Ils ont lutt&eacute; contre l'ignorance du riche patrimoine culturel de l'Afrique.<br /><br />Nkrumah a propos&eacute; le "Consciencisme*", un cadre philosophique enracin&eacute; dans le christianisme occidental, l'islam et le communalisme africain traditionnel. Ces &eacute;l&eacute;ments refl&egrave;tent les diff&eacute;rentes facettes de la r&eacute;alit&eacute; et de l'identit&eacute; africaines. Le 5 f&eacute;vrier 1967, Mwalimu Julius Nyerere, un anti-imp&eacute;rialiste convaincu, a pr&eacute;sent&eacute; la d&eacute;claration d'Arusha, qui reprenait le concept d'Ujamaa profond&eacute;ment ancr&eacute; dans la culture traditionnelle africaine. Sa nation est devenue un refuge pour des universitaires radicaux comme Walter Rodney et des mouvements r&eacute;volutionnaires d&eacute;di&eacute;s &agrave; la lib&eacute;ration de l'Afrique.<br /><br />Dans son ouvrage de 1964, "Br&egrave;ve analyse de la structure sociale en Guin&eacute;e", Amilcar Cabral a soulign&eacute; la n&eacute;cessit&eacute; d'une approche historique rigoureuse pour analyser l'&eacute;volution des pays sous-d&eacute;velopp&eacute;s vers le socialisme. Il affirmait ainsi :<br /><br />"Nous pensons que lorsque l'imp&eacute;rialisme est arriv&eacute; en Guin&eacute;e, il a rompu notre lien avec notre propre histoire. Tout en reconnaissant que l'histoire de notre pays est fa&ccedil;onn&eacute;e par les luttes de classes, l'imp&eacute;rialisme et le colonialisme ont perturb&eacute; notre r&eacute;cit historique. Toute notre population est aujourd'hui en lutte contre la classe dirigeante des pays imp&eacute;rialistes, ce qui modifie fondamentalement la trajectoire historique de notre pays.<br /><br />En outre, lors de son discours &agrave; la conf&eacute;rence tricontinentale inaugurale de 1966, Cabral a reconnu l'existence de classes sociales, mais s'est oppos&eacute; &agrave; la r&eacute;duction du mat&eacute;rialisme historique &agrave; une simple th&eacute;orie de la lutte des classes. Il a propos&eacute; une autre perspective, en pr&eacute;sentant le mat&eacute;rialisme historique comme une th&eacute;orie du mode de production. Il a d&eacute;clar&eacute; :&nbsp;<br /><br />"Comme nous l'avons observ&eacute;, les classes elles-m&ecirc;mes, la lutte des classes et leur d&eacute;finition ult&eacute;rieure sont les r&eacute;sultats du d&eacute;veloppement des forces productives en conjonction avec les mod&egrave;les de propri&eacute;t&eacute; des moyens de production. Par cons&eacute;quent, il semble appropri&eacute; de conclure que le niveau des forces productives, d&eacute;terminant essentiel du contenu et de la forme de la lutte des classes, est la v&eacute;ritable et durable force motrice de l'histoire".<br /><br />Cependant, Nyerere avait un point de vue diff&eacute;rent, affirmant que les classes sociales n'existaient pas en Tanzanie. Il trouvait donc illogique d'adopter une th&eacute;orie qui mettait l'accent sur le r&ocirc;le de la lutte des classes dans la transformation sociale. Walter Rodney, dans son &eacute;valuation de l'Ujamaa, a critiqu&eacute; la perspective de Nyerere sur le socialisme africain, estimant qu'il s'agissait d'un socialisme non scientifique.<br /><br />Nkrumah, lui aussi, a d'abord rejet&eacute; la notion de lutte des classes au Ghana jusqu'&agrave; son renversement en 1966. En 1970, il a publi&eacute; "Class Struggle in Africa" (Lutte des classes en Afrique), dans lequel il proposait une analyse compl&egrave;te des classes et une autocritique. Il a &eacute;crit : "La lutte des classes en Afrique" : "Le mythe du socialisme africain est utilis&eacute; pour nier la lutte des classes et obscurcir l'engagement socialiste authentique."<br /><br />Il a soulign&eacute; que "les intellectuels et l'intelligentsia, s'ils veulent contribuer &agrave; la r&eacute;volution africaine, doivent prendre conscience de la lutte des classes en Afrique et s'aligner sur les masses opprim&eacute;es".<br /><br />Senghor, du S&eacute;n&eacute;gal, a soulign&eacute; la n&eacute;cessit&eacute; de prendre en compte les contributions dites "positives" du colonialisme, telles que l'infrastructure &eacute;conomique et technique et le syst&egrave;me &eacute;ducatif. Au Kenya, le document de session n&deg; 10 de 1963 sur le socialisme africain a brouill&eacute; les principes socialistes fondamentaux, faisant du Kenya un &Eacute;tat capitaliste n&eacute;ocolonial sous le couvert du socialisme. Cette &eacute;poque a &eacute;galement vu l'&eacute;mergence de factions dans la conception de la nouvelle soci&eacute;t&eacute; africaine, notamment les blocs de Monrovia et de Casablanca. Les premiers pr&ocirc;naient une Afrique unifi&eacute;e, tandis que les seconds s'opposaient &agrave; cette id&eacute;e. Nkrumah a fortement plaid&eacute; en faveur d'une unit&eacute; africaine imm&eacute;diate. Aujourd'hui, la situation au Niger, entre autres, rappelle les divisions id&eacute;ologiques des ann&eacute;es 1960 entre les groupes de Casablanca et de Monrovia. La Communaut&eacute; &eacute;conomique des &Eacute;tats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), consid&eacute;r&eacute;e par certains comme un outil imp&eacute;rialiste, a impos&eacute; des sanctions &eacute;conomiques et mobilis&eacute; des troupes pour tenter de renverser un coup d'&Eacute;tat soutenu par la population et d&eacute;fiant l'imp&eacute;rialisme fran&ccedil;ais au Niger.<br /><br />Le Tanzanien Mwalimu Nyerere faisait partie du groupe de Monrovia, qui s'opposait &agrave; une unit&eacute; africaine imm&eacute;diate. Nyerere plaidait plut&ocirc;t pour la cr&eacute;ation de communaut&eacute;s &eacute;conomiques r&eacute;gionales comme &eacute;tape graduelle vers l'unit&eacute; continentale. En fin de compte, Nyerere et sa faction de Monrovia l'ont emport&eacute; dans le d&eacute;bat, marquant un recul pour le panafricanisme en tant qu'id&eacute;ologie sous-jacente de l'unit&eacute; africaine. Le 23 mai 1963, les dirigeants africains ont cr&eacute;&eacute; l'Organisation de l'unit&eacute; africaine (OUA), mais avec une force et une efficacit&eacute; limit&eacute;es. R&eacute;trospectivement, contrairement &agrave; de nombreux membres du bloc de Monrovia, Nyerere a fait preuve de franchise dans son argumentation. Il reconna&icirc;tra plus tard que l'analyse de Nkrumah &eacute;tait correcte et en avance sur son temps. Il s'est rendu compte que l'Afrique aurait d&ucirc; poursuivre directement l'unit&eacute; continentale, sans passer par l'&eacute;tape interm&eacute;diaire des communaut&eacute;s &eacute;conomiques r&eacute;gionales.<br /><br />N&eacute;ocolonialisme<br /><br />Avec la fin du colonialisme, l'&egrave;re du n&eacute;ocolonialisme se profile &agrave; l'horizon. Le n&eacute;ocolonialisme lance une offensive contre les projets nationaux et les grandes figures panafricaines. Au Congo, le premier Premier ministre d&eacute;mocratiquement &eacute;lu est assassin&eacute; en 1961 avec l'aide de la Belgique et des &Eacute;tats-Unis. Le 21 f&eacute;vrier 1965, Malcolm X, figure r&eacute;volutionnaire du mouvement de lib&eacute;ration des Noirs dans les ann&eacute;es 1960, est tu&eacute; &agrave; Harlem, dans l'&Eacute;tat de New York. Trois jours plus tard, Pio Gama Pinto, figure cl&eacute; du mouvement socialiste au Kenya, est assassin&eacute; &agrave; Nairobi. Nkrumah a &eacute;t&eacute; renvers&eacute; par la CIA en 1966, quatre mois seulement apr&egrave;s la publication de son ouvrage "Neo-Colonialism : The Last Stage of Imperialism" (1965). Amilcar Cabral, leader anticolonialiste de Bissau-Guin&eacute;e et du Cap-Vert, a &eacute;t&eacute; assassin&eacute; en 1973 par des membres de son propre mouvement influenc&eacute;s par les services de renseignement portugais. En 1980, le socialiste r&eacute;volutionnaire et militant panafricain Walter Rodney a &eacute;t&eacute; tu&eacute; dans un attentat &agrave; la voiture pi&eacute;g&eacute;e. Thomas Sankara a &eacute;galement &eacute;t&eacute; assassin&eacute; en 1987 avec l'implication de la France et de la CIA.<br /><br />Dans les ann&eacute;es 1980, le n&eacute;ocolonialisme s'est solidement implant&eacute;, ouvrant la voie &agrave; l'&eacute;mergence de l'&egrave;re n&eacute;olib&eacute;rale. Cette p&eacute;riode marque un retour au capitalisme lib&eacute;ral du XVIIIe si&egrave;cle. Elle se caract&eacute;rise par la restructuration du capitalisme international sur la base des principes de l'individualisme, du libre march&eacute; et d'une intervention limit&eacute;e de l'&Eacute;tat dans les affaires &eacute;conomiques. Simultan&eacute;ment, l'ascension du n&eacute;olib&eacute;ralisme a suscit&eacute; la mont&eacute;e de divers mouvements sociaux.<br /><br />En r&eacute;ponse &agrave; la diminution du r&ocirc;le de l'&Eacute;tat et aux effets n&eacute;fastes du n&eacute;olib&eacute;ralisme, des organisations non gouvernementales (ONG) ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;es. Op&eacute;rant sous la banni&egrave;re des droits de l'homme et de la libert&eacute;, ces organisations ont jou&eacute; un r&ocirc;le dans la diffusion du m&eacute;contentement politique et dans l'att&eacute;nuation de la r&eacute;sistance. Elles se concentraient principalement sur des activit&eacute;s et des initiatives caritatives visant &agrave; att&eacute;nuer les divers sympt&ocirc;mes de la crise capitaliste. En cons&eacute;quence, elles ont d&eacute;tourn&eacute; l'attention des mouvements de la prise de pouvoir et de l'&eacute;tablissement d'un nouveau cadre soci&eacute;tal pour s'attaquer &agrave; ces sympt&ocirc;mes.<br /><br />Toutefois, cette &eacute;volution a &eacute;galement eu des inconv&eacute;nients. Il a conduit &agrave; un d&eacute;couragement de la clart&eacute; id&eacute;ologique et th&eacute;orique au sein de ces mouvements. Une dichotomie est apparue entre ceux qui avaient le courage d'agir mais qui ne comprenaient pas les lois r&eacute;gissant le d&eacute;veloppement social et les &eacute;tapes n&eacute;cessaires pour r&eacute;aliser un bond en avant dans leur lutte. Ce d&eacute;calage a donn&eacute; naissance &agrave; l'aventurisme et &agrave; l'activisme des c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s, isolant finalement le mouvement de la population dans son ensemble.<br /><br />Cette tendance a sap&eacute; l'essence m&ecirc;me du panafricanisme. L'&eacute;tat actuel du panafricanisme se caract&eacute;rise par sa pr&eacute;sence g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e sur les r&eacute;seaux sociaux et sa r&eacute;surgence en r&eacute;ponse aux crises mondiales. Toutefois, cette nouvelle popularit&eacute; et visibilit&eacute; s'est faite au d&eacute;triment de la clart&eacute; id&eacute;ologique. Si l'attrait du panafricanisme est compr&eacute;hensible compte tenu des d&eacute;fis pos&eacute;s par le capitalisme et l'imp&eacute;rialisme, un panafricanisme qui ne confronte pas explicitement ces syst&egrave;mes aura du mal &agrave; r&eacute;aliser son objectif ultime d'unit&eacute; et de lib&eacute;ration des peuples africains.<br /><br />En conclusion, le panafricanisme populiste dilue et d&eacute;politise les v&eacute;ritables mouvements politiques de base/de terrain, les rendant sensibles aux slogans vagues/creux, aux discours superficiels et aux dirigeants r&eacute;actionnaires. En faisant la distinction entre le superficiel et le substantiel, la jeunesse africaine peut ouvrir la voie &agrave; un avenir prometteur. Cet avenir serait celui o&ugrave; les flammes du v&eacute;ritable panafricanisme br&ucirc;leraient avec &eacute;clat, guid&eacute;es par une compr&eacute;hension du socialisme scientifique comme but ultime de l'unit&eacute; panafricaine.<br /><br />* https://hoodcommunist.org/2019/11/07/consciencism-an-african-world-view-studies-in-quantum-philosophical-thought/amp/<br /><br />Source : https://hoodcommunist.org/2023/11/30/populist-trends-or-revolutionary-pan-africanism/amp/<br></div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Titre original : « La guerre au Congo a refroidi la planète »]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/titre-original-la-guerre-au-congo-a-refroidi-la-planete]]></link><comments><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/titre-original-la-guerre-au-congo-a-refroidi-la-planete#comments]]></comments><pubDate>Sun, 17 Dec 2023 15:34:04 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.laquestionnoire.com/articles/titre-original-la-guerre-au-congo-a-refroidi-la-planete</guid><description><![CDATA[ Titre original : &laquo; La guerre au Congo a refroidi la plan&egrave;te &raquo;&nbsp;Changement du titre apr&egrave;s pol&eacute;mique : &laquo; La sinistre ironie du changement climatique &raquo;La guerre et la d&eacute;forestation entretiennent une relation complexe.Par Ross AndersenL'empire belge a envahi la for&ecirc;t tropicale du Congo &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle et s'est rapidement impos&eacute; comme la force imp&eacute;riale la plus cruelle d'Afrique. Le Congo est la deuxi&e [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/congoforetguerreclimatechange_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">Titre original : &laquo; La guerre au Congo a refroidi la plan&egrave;te &raquo;&nbsp;<br /><br />Changement du titre apr&egrave;s pol&eacute;mique : &laquo; La sinistre ironie du changement climatique &raquo;<br /><br />La guerre et la d&eacute;forestation entretiennent une relation complexe.<br /><br />Par Ross Andersen<br /><br />L'empire belge a envahi la for&ecirc;t tropicale du Congo &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle et s'est rapidement impos&eacute; comme la force imp&eacute;riale la plus cruelle d'Afrique. Le Congo est la deuxi&egrave;me plus grande for&ecirc;t tropicale du monde apr&egrave;s l'Amazonie, et le roi L&eacute;opold II l'a trait&eacute;e comme une bo&icirc;te &agrave; butin personnelle. Pour exploiter et vendre ses ressources, il a r&eacute;duit en esclavage la population indig&egrave;ne, d&eacute;truisant une grande partie de la culture et de la politique pr&eacute;existantes de la r&eacute;gion, de la cellule familiale &agrave; l'&eacute;chelon sup&eacute;rieur. Le non-respect des quotas de caoutchouc &eacute;tait sanctionn&eacute; par l'amputation. Des millions de personnes sont mortes pendant son r&egrave;gne extractif et, depuis lors, la for&ecirc;t tropicale a rarement connu la paix.<br /><br />Pour certains, les for&ecirc;ts tropicales qui chevauchent la zone &eacute;quatoriale de la Terre constituent l'apog&eacute;e de toute la cr&eacute;ation. Chaque jour, 12 heures de soleil frappent leurs canop&eacute;es et descendent par les fissures jusqu'aux foug&egrave;res du sol de la for&ecirc;t. Cette dose quotidienne de soleil br&ucirc;le &eacute;galement la brume des oc&eacute;ans et des rivi&egrave;res de la zone &eacute;quatoriale, soulevant une ceinture de nuages &agrave; partir de la partie m&eacute;diane de la plan&egrave;te. Les gouttelettes qui en tombent sont &agrave; l'origine de la pluie dans les for&ecirc;ts tropicales. Ensemble, ces deux sources d'&eacute;nergie solaire et d'eau alimentent la croissance tout au long de l'ann&eacute;e d'un abri vert &agrave; plusieurs &eacute;tages, d'o&ugrave; sont issues certaines des &eacute;cologies animales, fongiques et microbiennes les plus diversifi&eacute;es au monde. Peu d'autres syst&egrave;mes physiques, peut-&ecirc;tre dans l'univers entier, convertissent des mat&eacute;riaux inanim&eacute;s aussi facilement et aussi abondamment en vie.<br /><br />Les for&ecirc;ts tropicales humides ne sont pas seulement des merveilles de la nature. Comme les &ecirc;tres humains, elles affectent profond&eacute;ment le syst&egrave;me terrestre; elles le stabilisent &eacute;galement face &agrave; des &eacute;v&eacute;nements g&eacute;ologiquement in&eacute;dits. Au cours des 200 derni&egrave;res ann&eacute;es, elles l'ont fait en respirant l'&eacute;chappement de carbone de la modernit&eacute; industrielle, reconstituant ses mol&eacute;cules en r&eacute;seaux ramifi&eacute;s de racines, de tiges &eacute;paisses, de feuilles fra&icirc;ches, de fleurs et de graines. Les for&ecirc;ts tropicales humides comptent parmi les syst&egrave;mes de capture du carbone les plus importants de la nature, absorbant bien plus que n'importe quelle technologie humaine. Elles sont n&eacute;anmoins menac&eacute;es dans le monde entier. Certaines sont mieux loties que d'autres. Jusqu'&agrave; pr&eacute;sent, les 500 millions d'hectares de for&ecirc;t du Congo sont rest&eacute;s largement intacts. Mais ce n'est peut-&ecirc;tre pas pour une raison dont tout le monde peut se r&eacute;jouir.<br /><br />Depuis plus de 50 ans, des satellites tournent autour de la Terre plusieurs fois par jour, surveillant la sant&eacute; et l'&eacute;tendue des for&ecirc;ts tropicales humides. Presque toutes les plus grandes for&ecirc;ts - dans le bassin amazonien, en Asie du Sud-Est continentale et dans les &icirc;les situ&eacute;es &agrave; l'int&eacute;rieur et autour de l'Indon&eacute;sie - ont perdu des portions tr&egrave;s importantes de leur couvert v&eacute;g&eacute;tal. Rien qu'en Amazonie, d'&eacute;normes &eacute;tendues ont &eacute;t&eacute; br&ucirc;l&eacute;es et remplac&eacute;es par des champs de ma&iuml;s et de soja &agrave; l'&eacute;chelle industrielle depuis 1985. Ces r&eacute;coltes nourrissent les dizaines de milliards de poulets, de porcs et de vaches des fermes industrielles, qui refl&egrave;tent de mani&egrave;re perverse la for&ecirc;t tropicale par la densit&eacute; de leur production de biomasse. Le Congo est une exception notable &agrave; cette tendance de d&eacute;forestation extr&ecirc;me, mais c'est en partie parce que la for&ecirc;t tropicale a &eacute;t&eacute; le th&eacute;&acirc;tre de l'un des conflits les plus sanglants depuis la Seconde Guerre mondiale.<br /><br />En 1960, le pouvoir colonial belge a &eacute;t&eacute; chass&eacute; du pouvoir au Congo et, au cours des d&eacute;cennies qui ont suivi, la for&ecirc;t tropicale a connu presque toutes les formes d'instabilit&eacute; politique. Le fait que les fronti&egrave;res nationales de la r&eacute;gion aient &eacute;t&eacute; trac&eacute;es par et pour des puissances imp&eacute;riales a aggrav&eacute; les tensions, tout comme l'ing&eacute;rence continue d'&eacute;trangers quasi-coloniaux. Pendant la guerre froide, un coup d'&Eacute;tat soutenu par les &Eacute;tats-Unis a assassin&eacute; Patrice Lumumba, le premier dirigeant d&eacute;mocratiquement &eacute;lu du Congo ind&eacute;pendant. Un dictateur brutal, nomm&eacute; &agrave; l'&eacute;poque Joseph Mobutu, s'est finalement empar&eacute; du pouvoir. M&ecirc;me selon les normes locales, le r&eacute;gime de Mobutu &eacute;tait extraordinairement corrompu. Il a d&eacute;tourn&eacute; des fonds pour se constituer une &eacute;norme fortune personnelle, &eacute;puisant ainsi les ressources de l'&Eacute;tat.<br /><br />Lorsque les auteurs hutus du g&eacute;nocide rwandais se sont r&eacute;fugi&eacute;s dans la for&ecirc;t tropicale orientale &agrave; la fin des ann&eacute;es 1990, la r&eacute;gion a connu la premi&egrave;re guerre du Congo. Elle n'a dur&eacute; que six mois, mais a pr&eacute;par&eacute; le terrain pour la deuxi&egrave;me guerre du Congo, qui a dur&eacute; environ quatre ans et a finalement tu&eacute; plus de 3 millions de personnes. Un accord de paix a finalement &eacute;t&eacute; conclu en 2002, mais aujourd'hui, les milices continuent de se battre dans les r&eacute;gions orientales du Congo. En cons&eacute;quence, les multinationales ont &eacute;t&eacute; plus lentes &agrave; mettre en place de vastes op&eacute;rations de culture sur br&ucirc;lis qu'elles ne l'ont fait, par exemple, au Br&eacute;sil, m'a dit Max Holmes, PDG du "Woodwell Climate Research Center". Comme il n'y a pas autant d'op&eacute;rations de ce type sur le terrain, le feuillage a &eacute;t&eacute; pr&eacute;serv&eacute; et la plan&egrave;te est rest&eacute;e plus fra&icirc;che.<br /><br />Tout &ecirc;tre humain digne de ce nom se doit d'esp&eacute;rer qu'une paix plus stable s'installera bient&ocirc;t au Congo, m&ecirc;me si cela signifiera probablement une d&eacute;forestation plus intense. La R&eacute;publique d&eacute;mocratique du Congo (RDC) est l'une des nations les plus pauvres du monde, et ses dirigeants voudront relancer l'&eacute;conomie. Le moyen le plus rapide et le plus sale d'y parvenir sera d'exploiter la for&ecirc;t tropicale. Ailleurs dans le monde, les for&ecirc;ts ont &eacute;t&eacute; d&eacute;vast&eacute;es apr&egrave;s la fin des conflits. Par exemple, apr&egrave;s les accords de 2016 entre le gouvernement colombien et les Forces arm&eacute;es r&eacute;volutionnaires de Colombie (FARC), de nombreux anciens bastions de la gu&eacute;rilla dans la jungle ont &eacute;t&eacute; br&ucirc;l&eacute;s pour faire place &agrave; des fermes, des ranchs et d'autres entreprises.<br /><br />Une situation similaire pourrait se produire au Congo, patrie de l'&eacute;l&eacute;phant de for&ecirc;t et du gorille. Des &eacute;tudes ont &eacute;tabli un lien positif entre les conflits au Congo et la d&eacute;forestation traditionnelle &agrave; petite &eacute;chelle, qui est principalement caus&eacute;e par les populations locales qui d&eacute;frichent la for&ecirc;t pour cr&eacute;er des fermes de subsistance, et par l'extraction de charbon de bois, de bois d'&oelig;uvre et de minerais par les milices. Mais la paix peut entra&icirc;ner une d&eacute;forestation &agrave; plus grande &eacute;chelle, explique Elizabeth Goldman, chercheuse &agrave; Global Forest Watch. Au cours des 15 derni&egrave;res ann&eacute;es, le taux a doubl&eacute; en RDC. Le gouvernement congolais a adopt&eacute; une l&eacute;gislation sur la conservation des for&ecirc;ts, mais il bafoue effront&eacute;ment ses propres lois. De nouveaux r&eacute;seaux de routes en terre battue rouge s'&eacute;tendent dans la jungle. La d&eacute;forestation dans la r&eacute;gion n'est pas encore aussi grave qu'en Amazonie ou dans certaines parties de l'Indon&eacute;sie, m'a dit M. Goldman, mais cela pourrait changer si la paix s'installe enfin dans la r&eacute;gion.<br /><br />Parmi ceux qui tentent de sauver le Congo, il n'y a pas encore de consensus sur la marche &agrave; suivre. La gestion communautaire des for&ecirc;ts s'est r&eacute;v&eacute;l&eacute;e prometteuse, mais seulement &agrave; petite &eacute;chelle. De nombreux d&eacute;cideurs politiques se sont fait les champions d'un syst&egrave;me de cr&eacute;dits carbone, dans le cadre duquel les entreprises &eacute;trang&egrave;res paient les populations locales pour conserver les for&ecirc;ts tropicales intactes, afin de compenser leurs propres &eacute;missions. Mais l'une des plus grandes op&eacute;rations priv&eacute;es de cr&eacute;dit carbone du Congo a &eacute;t&eacute; d&eacute;nonc&eacute;e pour ne pas avoir tenu ses promesses envers les populations locales, et la pratique elle-m&ecirc;me a r&eacute;cemment fait l'objet d'un examen approfondi &agrave; l'&eacute;chelle mondiale. Il est notamment difficile de confirmer que les cr&eacute;dits fonctionnent comme pr&eacute;vu. Il n'est pas non plus toujours &eacute;vident que les for&ecirc;ts qu'ils prot&egrave;gent auraient autrement &eacute;t&eacute; d&eacute;truites. Le Br&eacute;sil vient de proposer un nouveau fonds mondial massif qui paierait les pays pour qu'ils &eacute;loignent les tron&ccedil;onneuses et les torches des for&ecirc;ts tropicales. Mais rien ne garantit qu'il sera adopt&eacute;.<br /><br />Pour ceux qui s'int&eacute;ressent au changement climatique, il est difficile de ne pas remarquer l'ironie de la situation. Les &Eacute;tats-Unis, le pays le plus puissant du monde, pr&eacute;tendent se pr&eacute;occuper du r&eacute;chauffement de l'atmosph&egrave;re de la plan&egrave;te, mais ils viennent &eacute;galement de devenir le plus grand exportateur de gaz naturel. Abou Dhabi, un p&eacute;tro-&Eacute;tat, accueille la principale r&eacute;union mondiale sur le climat, et les n&eacute;gociations sont dirig&eacute;es par le sultan Ahmed al-Jaber, PDG de la compagnie p&eacute;troli&egrave;re nationale d'Abou Dhabi. Il est clair que, dans un avenir pr&eacute;visible, l'humanit&eacute; va continuer &agrave; br&ucirc;ler les for&ecirc;ts qui &eacute;taient enfouies sous la surface de la Terre il y a des centaines de millions d'ann&eacute;es, ainsi que les for&ecirc;ts vivantes qui refroidissent aujourd'hui son atmosph&egrave;re. Nous avons d&eacute;j&agrave; consid&eacute;rablement r&eacute;duit les plus grandes d'entre elles, &agrave; l'exception d'une seule, qui n'est peut-&ecirc;tre qu'une exception due &agrave; une terrible, terrible guerre.<br /><br />Source :&nbsp;&#8203;https://www.theatlantic.com/science/archive/2023/12/congo-wars-rainforest-conservation/676217/</div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Guyana et Venezuela : La crise actuelle de l'impérialisme]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/guyana-et-venezuela-la-crise-actuelle-de-limperialisme]]></link><comments><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/guyana-et-venezuela-la-crise-actuelle-de-limperialisme#comments]]></comments><pubDate>Sun, 17 Dec 2023 15:31:05 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.laquestionnoire.com/articles/guyana-et-venezuela-la-crise-actuelle-de-limperialisme</guid><description><![CDATA[ &#8203;*Note de l'&eacute;diteur : Le dimanche 3 d&eacute;cembre 2023, plus de 10,4 millions des 20,7 millions d'&eacute;lecteurs v&eacute;n&eacute;zu&eacute;liens ont vot&eacute; en faveur de la revendication d'une r&eacute;gion frontali&egrave;re riche en p&eacute;trole administr&eacute;e par le Guyana voisin.Malgr&eacute; la r&eacute;alit&eacute; de l'intervention am&eacute;ricaine qui provoque des conditions inhumaines dans la r&eacute;gion, les pressions exerc&eacute;es par le Venezuela po [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/guyanavenezuaela_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">&#8203;*Note de l'&eacute;diteur : Le dimanche 3 d&eacute;cembre 2023, plus de 10,4 millions des 20,7 millions d'&eacute;lecteurs v&eacute;n&eacute;zu&eacute;liens ont vot&eacute; en faveur de la revendication d'une r&eacute;gion frontali&egrave;re riche en p&eacute;trole administr&eacute;e par le Guyana voisin.<br /><br />Malgr&eacute; la r&eacute;alit&eacute; de l'intervention am&eacute;ricaine qui provoque des conditions inhumaines dans la r&eacute;gion, les pressions exerc&eacute;es par le Venezuela pour annexer la r&eacute;gion guyanaise de l'Essequibo donnent la priorit&eacute; &agrave; ses propres objectifs politiques, en augmentant les tensions avec les &Eacute;tats-Unis et en laissant le peuple guyanais sans voix au chapitre quant &agrave; son propre destin.<br /><br />Cette semaine, le Venezuela organisera un r&eacute;f&eacute;rendum sur l'annexion de la r&eacute;gion d'Essequibo en Guyana, affirmant vouloir sauver les Guyanais d'Essequibo "englu&eacute;s dans la mis&egrave;re, dans l'abandon". Alors que le pr&eacute;sident v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien Nicol&aacute;s Maduro parle d'une pr&eacute;occupation r&eacute;elle ayant un impact sur le peuple guyanais - la capture externe de la gouvernance dans le pays par ExxonMobil et le US Southern Command (Westervelt 2023) - la d&eacute;claration de Maduro montre un r&eacute;el m&eacute;pris pour le Guyana et le peuple guyanais tout en amplifiant une tendance de droite dans la politique v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lienne qui a historiquement vis&eacute; &agrave; cimenter le nationalisme v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien sous le couvert d'objectifs de s&eacute;curit&eacute; anti-communistes. Maduro n'est pas du c&ocirc;t&eacute; des travailleurs guyanais ou des peuples am&eacute;rindiens de l'Essequibo. En fait, le Venezuela n'a pas du tout consult&eacute; ces communaut&eacute;s dans son projet d'annexion (Clash ! Collective 2023). Aucun pros&eacute;lytisme de "gauche" de la part du Venezuela ne changera ce fait.<br /><br />&Eacute;tant donn&eacute; que le Guyana, et plus g&eacute;n&eacute;ralement la r&eacute;gion des Cara&iuml;bes, d&eacute;pendent de l'Occident pour leurs objectifs de s&eacute;curit&eacute;, leurs buts et leur financement, il n'est pas surprenant que le r&eacute;f&eacute;rendum v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien et les &eacute;missions de Maduro aient &eacute;t&eacute; interpr&eacute;t&eacute;s par le Guyana comme agressifs, ce qui a accru les tensions entre les deux pays en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute;. Les actions du Venezuela, note le vice-pr&eacute;sident guyanais Bharrat Jagdeo, rendent son parti, le PPP/C, plus favorable &agrave; l'&eacute;tablissement de bases militaires &eacute;trang&egrave;res en Guyana pour "prot&eacute;ger l'int&eacute;r&ecirc;t national du Guyana" (France 24, 2023).<br /><br />Alors que de nombreux titres occidentaux attribuent les revendications d'annexion du Guyana par le Venezuela aux &eacute;checs de Maduro en tant que dirigeant, et que les titres au Guyana attribuent les revendications d'annexion du Venezuela aujourd'hui &agrave; la d&eacute;couverte de p&eacute;trole par Exxon, je rejette toutes les affirmations qui attribuent la position de Maduro &agrave; l'&eacute;gard du Guyana uniquement aux calculs politiques internes qu'il fait au Venezuela. La situation int&eacute;rieure du Venezuela avait d&eacute;j&agrave; des r&eacute;percussions n&eacute;gatives avant que Maduro n'acc&egrave;de au pouvoir, en raison des sanctions occidentales et des tentatives visant &agrave; soutenir l'&eacute;conomie v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lienne. Les titres de la presse guyanaise sont plus pr&eacute;cis et soulignent le changement de position de Maduro apr&egrave;s la crise p&eacute;troli&egrave;re. Toutefois, ces titres ont tendance &agrave; minimiser le r&ocirc;le d'ExxonMobil dans la d&eacute;couverte de p&eacute;trole offshore au Guyana et les calculs de s&eacute;curit&eacute; que le Venezuela a d&ucirc; faire de 2013 &agrave; aujourd'hui depuis cette d&eacute;couverte. ExxonMobil n'est pas un acteur neutre dans la r&eacute;gion; il appartient &agrave; un &Eacute;tat qui tente d'instaurer un changement de r&eacute;gime au Venezuela depuis des d&eacute;cennies. C'est ce dernier point, selon moi, qui pousse le Venezuela &agrave; se prononcer en faveur de l'annexion.<br /><br />J'ai d&eacute;crit ces dynamiques de s&eacute;curit&eacute; dans un fil de discussion sur Twitter ici [https://x.com/tamanishajohn/status/1727806788534214765?s=46&amp;t=KCWJmkgJLJ-NaKORw30SgQ], mais essentiellement, le changement des relations entre le Venezuela et le Guyana, suite &agrave; la d&eacute;couverte de p&eacute;trole par Exxon, influence &agrave; la fois la politique &eacute;trang&egrave;re du Venezuela et celle du Guyana. Toute analyse de la situation de crise en cours doit tenir compte de la mani&egrave;re dont les &Eacute;tats s'int&egrave;grent dans les r&eacute;gimes pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s de s&eacute;curit&eacute;, d'extractivisme et de gouvernance financi&egrave;re de l'Occident. Ce ne sont pas les dynamiques internes du Venezuela qui influencent purement sa d&eacute;cision actuelle d'annexer l'Essequibo; ce sont les pr&eacute;occupations s&eacute;curitaires concernant ce que le Venezuela consid&egrave;re comme un gouvernement guyanais captur&eacute; (Westervelt 2023) qui ont suscit&eacute; un &eacute;norme int&eacute;r&ecirc;t occidental &agrave; la fois pendant la phase d'exploration en 2013, et surtout apr&egrave;s la d&eacute;couverte de p&eacute;trole en 2015. Il convient de noter que les Guyanais ont d&eacute;fi&eacute; leur propre gouvernement au sujet de la relation avec Exxon : tout d'abord avec les votes de d&eacute;fiance de 2018 (John 2020), puis avec les manifestations continues au Guyana contre Exxon depuis le d&eacute;but de la production en 2019 (GSA 2022; Henry 2022; Bagot 2023) et, enfin, avec les nombreux proc&egrave;s intent&eacute;s contre le gouvernement du Guyana et Exxon par des citoyens guyanais (Janki 2023). Aucun de ces griefs des Guyanais n'a toutefois appel&eacute; &agrave; l'annexion par le Venezuela.<br /><br />En fait, la tentative d'annexion par le Venezuela a plut&ocirc;t vu les Guyanais se rallier &agrave; ce contre quoi ils protestaient - ce que "The Intercept" a appel&eacute; un "gouvernement captur&eacute;".<br /><br />Ainsi, alors que les mesures prises actuellement par le Venezuela d&eacute;coulent de menaces &eacute;videntes pour sa s&eacute;curit&eacute;, fond&eacute;es sur la longue pression imp&eacute;rialiste am&eacute;ricaine en faveur d'un changement de r&eacute;gime dans le pays, je soutiens que ces mesures prises par le Venezuela rendent &eacute;galement plus probable une intervention occidentale.<br /><br />1962 Rejet de la d&eacute;cision de 1899 : L'anticommunisme de la guerre froide et le probl&egrave;me du Venezuela avec le Guyana<br /><br />Si les tensions frontali&egrave;res entre le Venezuela et le Guyana ne sont pas nouvelles, elles tendent &agrave; &ecirc;tre aggrav&eacute;es par les int&eacute;r&ecirc;ts ext&eacute;rieurs europ&eacute;ens, et maintenant am&eacute;ricains, dans les secteurs d'extraction des ressources du Guyana. En 1899, les fronti&egrave;res entre le Venezuela ind&eacute;pendant et le Guyana britannique ont &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute;es comme r&eacute;gl&eacute;es par une sentence arbitrale - dont le Venezuela, la Grande-Bretagne, les &Eacute;tats-Unis et (ce qui est aujourd'hui) le Guyana &eacute;taient tous signataires. Ainsi, en termes r&eacute;els, apr&egrave;s avoir forc&eacute; les Britanniques &agrave; conc&eacute;der l'arbitrage du Guyana riche en or en 1895, le Venezuela et la Grande-Bretagne ont re&ccedil;u un jugement sur la fronti&egrave;re commune du Guyana en 1899, et les deux parties ont accept&eacute; ces fronti&egrave;res comme "pleines, parfaites et d&eacute;finitives" (Felix 2015, 6). Ce n'est que le 18 ao&ucirc;t 1962 que le pr&eacute;sident v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien Romulo Betancourt - sachant que le Guyana allait bient&ocirc;t devenir ind&eacute;pendante de la Grande-Bretagne - a d&eacute;clar&eacute; la sentence arbitrale "nulle et non avenue" (Felix 2015, 10). Cette date marque la controverse discursive des tensions frontali&egrave;res entre le Venezuela et le Guyana - car juridiquement, la fronti&egrave;re est consid&eacute;r&eacute;e comme r&eacute;gl&eacute;e.<br /><br />En 1962, le pr&eacute;sident v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien lib&eacute;ral Betancourt s'inqui&egrave;te de l'opposition interne de la gauche v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lienne &agrave; son r&eacute;gime. Farouchement anticommuniste, Betancourt est confront&eacute; au d&eacute;but des ann&eacute;es 1960 &agrave; la contestation de groupes communistes au Venezuela, dont certains sont arm&eacute;s. Il a jur&eacute; que les communistes n'obtiendraient jamais le pouvoir au Venezuela (Rabe 1996, 61) et a supprim&eacute; ces groupes. Sur le plan international, il a &eacute;galement soutenu les interventions am&eacute;ricaines au Guatemala, les objectifs am&eacute;ricains visant &agrave; se d&eacute;barrasser de Fidel Castro &agrave; Cuba, et a coop&eacute;r&eacute; avec les &Eacute;tats-Unis sur le plan militaire et &eacute;conomique. Betancourt a non seulement bl&acirc;m&eacute; les mouvements de gauche au Venezuela pour la r&eacute;volution cubaine (Rabe 1996, 63-4), mais lorsqu'il a d&eacute;clar&eacute; "nulle et non avenue" la sentence arbitrale qui d&eacute;finissait l&eacute;galement la fronti&egrave;re du Venezuela avec le Guyana, il l'a fait pour emp&ecirc;cher Cheddi Jagan qu'il consid&eacute;rait comme un communiste de diriger l'ind&eacute;pendance du Guyana par rapport &agrave; la Grande-Bretagne. Le gouvernement de Betancourt a affirm&eacute; que "les subversifs communistes du Venezuela recevaient des armes du Guyana britannique" et a utilis&eacute; cet argument pour recommander que le Guyana ne devienne pas ind&eacute;pendant (Felix 2015, 11-2).<br /><br />Ainsi, ironiquement, la position actuelle du Venezuela sur le diff&eacute;rend frontalier avec le Guyana est influenc&eacute;e par l'anticommunisme du pays en 1962. C'est &eacute;galement en 1962 que Betancourt a demand&eacute; l'aide des &Eacute;tats-Unis et de la Grande-Bretagne pour annuler la sentence arbitrale avant l'ind&eacute;pendance du Guyana. Toutefois, &eacute;tant donn&eacute; le caract&egrave;re d&eacute;finitif de la sentence, cela n'a pas &eacute;t&eacute; possible. Ce qui &eacute;tait possible, et ce qui allait finalement calmer les craintes de Betancourt concernant la mont&eacute;e du communisme dans la r&eacute;gion, c'&eacute;tait l'ing&eacute;rence de la Grande-Bretagne et des &Eacute;tats-Unis dans la politique du Guyana afin qu'un parti mod&eacute;r&eacute;, le People's National Congress (PNC) de Forbes Burnham, et non le People's Progressive Party (PPP) plus socialiste de Cheddi Jagan, conduise le Guyana &agrave; l'ind&eacute;pendance - avec un accord de partage du pouvoir avec le parti pro-capitaliste et conservateur United Force (UF) du Guyana (Archives de s&eacute;curit&eacute; nationale 2020). En 1966, lorsque le Guyana a officiellement obtenu son ind&eacute;pendance de la Grande-Bretagne sous la direction de Burnham, son gouvernement, ainsi que les gouvernements du Venezuela et de la Grande-Bretagne, ont sign&eacute; un accord &agrave; Gen&egrave;ve (Suisse) pour &eacute;tablir une commission mixte en vue d'un r&egrave;glement pratique de la controverse frontali&egrave;re (Felix 2015, 23). Cependant, rien n'a &eacute;t&eacute; r&eacute;gl&eacute; &eacute;tant donn&eacute; "l'incapacit&eacute; du Venezuela &agrave; pr&eacute;senter des preuves sur la nullit&eacute; de la sentence arbitrale" (Felix 2015, 24).<br /><br />Selon Burnham, &agrave; moins qu'une d&eacute;cision favorable au Venezuela ne soit prise &agrave; Gen&egrave;ve, toute question relative &agrave; la souverainet&eacute; territoriale du Guyana serait sans objet. Tous les partis politiques du Guyana, &agrave; partir des ann&eacute;es 1970 et jusque dans les ann&eacute;es 1990, ont fr&eacute;quemment condamn&eacute; le Venezuela pour avoir tent&eacute; de r&eacute;tablir le colonialisme sur ce qu'ils consid&eacute;raient comme un voisin plus petit, &eacute;tant donn&eacute; que le Venezuela n'avait aucune revendication l&eacute;gale sur le territoire du Guyana apr&egrave;s avoir accept&eacute; la d&eacute;cision de 1899. De 1970 &agrave; 1981, la question de la fronti&egrave;re pour le Venezuela est rest&eacute;e en suspens apr&egrave;s que Forbes Burnham, du Guyana, et Rafael Caldera, du Venezuela, ont sign&eacute; le protocole de Port-of-Spain, &agrave; Trinit&eacute;-et-Tobago, pour suspendre la revendication territoriale du Venezuela pendant 12 ans (F&eacute;lix 2015, 29). En 1981, le nouveau pr&eacute;sident v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien Luis Herrera Campins a r&eacute;affirm&eacute; la revendication du Venezuela sur l'Essequibo et a refus&eacute; de renouveler le protocole. Bien que Herrera Campins ait fait de nobles d&eacute;clarations nationalistes sur l'Essequibo guyanais, son gouvernement n'est pas pass&eacute; en force en raison des liens entre le pr&eacute;sident guyanais Burnham et le gouvernement militaire br&eacute;silien de Jo&atilde;o Figueiredo. Ainsi, la revendication du Venezuela sur l'Essequibo est rest&eacute;e en sommeil dans les ann&eacute;es 1990.<br /><br />La mont&eacute;e du chauvinisme de la gauche v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lienne &agrave; la fronti&egrave;re avec le Guyana apr&egrave;s Chavez<br /><br />Ce n'est qu'en 2013, apr&egrave;s la mort d'Hugo Chavez, que le Venezuela a r&eacute;affirm&eacute; ses pr&eacute;tentions sur la r&eacute;gion guyanaise de l'Essequibo. Le pr&eacute;sident v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien Hugo Chavez a maintenu une position amicale &agrave; l'&eacute;gard du Guyana et des Cara&iuml;bes en g&eacute;n&eacute;ral. En 2004, Chavez a d&eacute;clar&eacute; que le diff&eacute;rend frontalier entre le Venezuela et le Guyana &eacute;tait un h&eacute;ritage du colonialisme et un sous-produit de l'intervention occidentale (Felix 2015, 31), et a engag&eacute; le Venezuela dans un processus diplomatique qui impliquerait l'ONU pour r&eacute;gler le diff&eacute;rend par le biais d'un m&eacute;canisme de bons offices (Cummings 2018, 194). L'&eacute;conomiste jama&iuml;cain Norman Girvan a servi de bon officier pour aider les deux pays &agrave; parvenir &agrave; un r&egrave;glement de la controverse de 2010 jusqu'&agrave; son d&eacute;c&egrave;s en 2014 (Trotz 2014). En raison de la disparition pr&eacute;matur&eacute;e de Girvan, aucun r&egrave;glement de la controverse entre les deux pays n'a &eacute;t&eacute; trouv&eacute;. N&eacute;anmoins, les relations globalement amicales entre les deux &Eacute;tats sous Chavez ont minimis&eacute; la gravit&eacute; de la controverse. En fait, apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s de Chavez, la ministre guyanaise des affaires &eacute;trang&egrave;res, Carolyn Rodrigues-Birkett, a d&eacute;clar&eacute; : "Je n'ai absolument aucun doute sur le fait que nos relations avec le Venezuela sous la pr&eacute;sidence de Maduro continueront &agrave; prosp&eacute;rer... Le Guyana est pr&ecirc;t &agrave; travailler avec n'importe quel gouvernement du Venezuela pour le progr&egrave;s de nos deux peuples" (Guyana Chronicle 2013a). Toutefois, cela n'a pas &eacute;t&eacute; le cas. L'exploration p&eacute;troli&egrave;re au Guyana en 2013 et la d&eacute;couverte &eacute;ventuelle de p&eacute;trole en mai 2015 ont permis &agrave; Maduro non seulement de raviver la controverse sur la fronti&egrave;re entre le Venezuela et le Guyana, mais aussi de rejeter le r&egrave;glement diplomatique de la controverse, &eacute;tant donn&eacute; que tout r&egrave;glement diplomatique ne serait pas en faveur de l'annexion de la r&eacute;gion par le Venezuela. Lorsqu'ExxonMobil a annonc&eacute; une importante d&eacute;couverte de p&eacute;trole au large des c&ocirc;tes du Guyana le 20 mai 2015, Maduro a publi&eacute; un d&eacute;cret six jours plus tard revendiquant la souverainet&eacute; sur 80 % du plateau continental du Guyana. Deux mois apr&egrave;s la publication du d&eacute;cret, Maduro a annonc&eacute; en juillet 2015 une strat&eacute;gie visant &agrave; "r&eacute;cup&eacute;rer l'Essequibo" (Kaieteur News 2015), qui, comme aujourd'hui, comprend l'&eacute;mission de cartes d'identit&eacute; v&eacute;n&eacute;zu&eacute;liennes aux r&eacute;sidents de l'Essequibo (Campbell 2023).<br /><br />Dans le cadre de cette strat&eacute;gie de "r&eacute;cup&eacute;ration de l'Essequibo", sous le mandat de Maduro, un "Bureau pour le sauvetage de l'Essequibo" a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; au Venezuela, et les &eacute;tablissements scolaires v&eacute;n&eacute;zu&eacute;liens enseignent et pr&eacute;sentent fr&eacute;quemment sur leurs cartes l'Essequibo comme faisant partie du territoire du Venezuela (Felix 2015, 35-7). Cependant, une grande partie des r&eacute;sidents guyanais de l'Essequibo rejettent ce qu'ils consid&egrave;rent comme un comportement hostile de la part du Venezuela (Campbell 2023). Les habitants de l'Essequibo notent que bien que de nombreux V&eacute;n&eacute;zu&eacute;liens fuient le Venezuela pour vivre dans l'Essequibo, cela ne les d&eacute;range pas parce que les Guyanais "sont des gens gentils, des gens qui accueillent n'importe qui dans la r&eacute;gion" (France 24, 2022). Il est courant qu'en p&eacute;riode de difficult&eacute;s, que ce soit au Guyana ou au Venezuela, les citoyens des deux pays se rendent &agrave; Essequibo, car la fronti&egrave;re poreuse et accueillante garantit un meilleur niveau de vie de part et d'autre - en fonction du pays qui traverse la crise. Les proclamations d'annexion du Venezuela ne sont pas seulement paternalistes, &eacute;tant donn&eacute; l'absence de consultation des habitants de l'Essequibo, mais elles garantissent &eacute;galement que la fronti&egrave;re avec le Guyana deviendra plus stricte et fortement surveill&eacute;e par le Guyana et ses nouveaux "alli&eacute;s" occidentaux.<br /><br />Conclusion<br /><br />Il n'est ni exag&eacute;r&eacute; ni sous-estim&eacute; de noter &agrave; quel point le changement est radical dans la politique du Guyana pour que les politiciens guyanais plaident ouvertement en faveur d'une intervention occidentale. L'histoire de l'anti-imp&eacute;rialisme du Guyana a servi de fondement historique &agrave; la cr&eacute;ation des partis politiques dans le pays - en particulier le PPP du Guyana sous Cheddi Jagan. Auparavant, il &eacute;tait normal que le Guyana poursuive les options diplomatiques pour lutter contre la position agressive du Venezuela sur l'Essequibo. Toutefois, ce n'est plus le cas aujourd'hui, compte tenu du r&eacute;f&eacute;rendum du Venezuela et de ses actions militaires &agrave; la fronti&egrave;re du Guyana. Dans moins d'une semaine, deux &eacute;quipes du minist&egrave;re am&eacute;ricain de la d&eacute;fense se rendront au Guyana, sur invitation, compte tenu du r&eacute;f&eacute;rendum v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien, de ses troupes (d&eacute;sormais retir&eacute;es) &agrave; la fronti&egrave;re et des annonces de Maduro (France 24, 2023).<br /><br />Les perspectives d'une confrontation r&eacute;elle entre les deux pays semblent donc &eacute;lev&eacute;es, en somme, pour trois raisons principales : Premi&egrave;rement, le Venezuela n'a aucune revendication l&eacute;gale sur l'Essequibo et ne pourrait donc annexer le territoire que par la force. La r&eacute;ponse du Venezuela &agrave; la fronti&egrave;re fait partie des calculs de s&eacute;curit&eacute; que le Venezuela a d&ucirc; faire &agrave; la lumi&egrave;re de la d&eacute;couverte de p&eacute;trole au Guyana, qui a impliqu&eacute; le Guyana dans la s&eacute;curit&eacute; occidentale, l'extraction et la gouvernance d'entreprise. Deuxi&egrave;mement, le gouvernement guyanais est pr&ecirc;t &agrave; recevoir de l'aide par le biais d'une intervention militaire am&eacute;ricaine dans la r&eacute;gion, &eacute;tant donn&eacute; la revendication juridique sans fondement du Venezuela sur l'Essequibo. Les politiciens guyanais, redevables au p&eacute;trole et aux nouveaux int&eacute;r&ecirc;ts occidentaux en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute; et d'entreprises, misent sur ces entit&eacute;s pour pr&eacute;tendument "aider le Guyana &agrave; se d&eacute;velopper". Enfin, ExxonMobil voudra prot&eacute;ger ses int&eacute;r&ecirc;ts p&eacute;troliers au Guyana et, au minimum, les proclamations du Venezuela remettent en question la stabilit&eacute; du Guyana, et donc de la r&eacute;gion, pour laquelle ExxonMobil fera &eacute;galement pression en faveur d'une intervention am&eacute;ricaine. Comme l'a d&eacute;clar&eacute; Chavez il y a pr&egrave;s de vingt ans, la situation actuelle met &agrave; nu le triste et actuel h&eacute;ritage du colonialisme et de l'intervention occidentale en Am&eacute;rique du Sud et dans les Cara&iuml;bes.<br /><br />Publi&eacute; &agrave; l'origine sur BlackAgendaReport : https://blackagendareport.org/news/1763/33/Guyana-and-Venezuela-The-Crisis-of-Imperialism-Currently-Unfolding-on-South-Americas-Caribbean-Coast<br /><br />Pr&eacute;sentation de l&rsquo;auteure : Tamanisha J. John est professeure adjointe d'&eacute;conomie politique internationale au d&eacute;partement de sciences politiques de l'universit&eacute; Clark Atlanta. Elle &eacute;tudie le d&eacute;veloppement, la souverainet&eacute; et la politique des Cara&iuml;bes, ainsi que l'imp&eacute;rialisme &eacute;conomique, l'exclusion financi&egrave;re et le pouvoir des entreprises.<br /><br />Source : https://hoodcommunist.org/2023/12/07/guyana-and-venezuela-the-currently-unfolding-crisis-of-imperialism/amp/<br></div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Au-delà des soldats israéliens masculins, les femmes palestiniennes, le viol et la guerre]]></title><link><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/au-dela-des-soldats-israeliens-masculins-les-femmes-palestiniennes-le-viol-et-la-guerre]]></link><comments><![CDATA[http://www.laquestionnoire.com/articles/au-dela-des-soldats-israeliens-masculins-les-femmes-palestiniennes-le-viol-et-la-guerre#comments]]></comments><pubDate>Sat, 09 Dec 2023 19:41:22 GMT</pubDate><category><![CDATA[Uncategorized]]></category><guid isPermaLink="false">http://www.laquestionnoire.com/articles/au-dela-des-soldats-israeliens-masculins-les-femmes-palestiniennes-le-viol-et-la-guerre</guid><description><![CDATA[ En 2014, &agrave; la suite d'une conf&eacute;rence en Isra&euml;l, Catharine MacKinnon a &eacute;t&eacute; interrog&eacute;e sur le viol en tant que crime de guerre et dans le contexte du g&eacute;nocide. MacKinnon a conclu sa r&eacute;ponse en affirmant que - d'apr&egrave;s les t&eacute;moignages dont elle dispose - l'arm&eacute;e isra&eacute;lienne ne viole pas : "J'ai parl&eacute; &agrave; des femmes palestiniennes qui m'ont dit qu'il n'y avait pas de viols commis par des soldats isra&eacute [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/beyondmaleisrsoldierspalestianwomenrapeandwar_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">En 2014, &agrave; la suite d'une conf&eacute;rence en Isra&euml;l, Catharine MacKinnon a &eacute;t&eacute; interrog&eacute;e sur le viol en tant que crime de guerre et dans le contexte du g&eacute;nocide. MacKinnon a conclu sa r&eacute;ponse en affirmant que - d'apr&egrave;s les t&eacute;moignages dont elle dispose - l'arm&eacute;e isra&eacute;lienne ne viole pas : "J'ai parl&eacute; &agrave; des femmes palestiniennes qui m'ont dit qu'il n'y avait pas de viols commis par des soldats isra&eacute;liens. Il s'agit l&agrave; encore d'une question int&eacute;ressante &agrave; laquelle nous devrions r&eacute;pondre : Pourquoi les hommes ne violent-ils pas dans les conflits ou les guerres? Et si cela n'arrive pas, pourquoi cela n'arrive-t-il pas?". (MacKinnon 2014). MacKinnon n'a pas &eacute;t&eacute; la premi&egrave;re &agrave; aborder cette question dans le contexte d'Isra&euml;l-Palestine. Sept ans plus t&ocirc;t, Tal Nits&aacute;n (2007) affirmait qu'en dehors de la guerre de 1948 et de ses cons&eacute;quences, le viol de femmes palestiniennes par des soldats isra&eacute;liens est une raret&eacute;. (1)<br /><br />Alors que l'affirmation de MacKinnon est fond&eacute;e sur son acc&egrave;s aux t&eacute;moignages de femmes palestiniennes et sur ses conversations avec elles, celle de Nits&aacute;n est bas&eacute;e sur les m&eacute;dias, les archives, la litt&eacute;rature existante et les rapports des organisations de d&eacute;fense des droits de l'homme. Des entretiens avec 25 soldats isra&eacute;liens de r&eacute;serve renforcent l'absence que Nits&aacute;n identifie dans ces sources. Des conclusions similaires ont &eacute;t&eacute; tir&eacute;es par Elisabeth Jean Wood (2006, 2009, 2010). Sur la base de conversations avec des repr&eacute;sentants de trois organisations de d&eacute;fense des droits de l'homme travaillant dans la r&eacute;gion, Wood consid&egrave;re le cas isra&eacute;lo-palestinien comme un exemple de conflit dans lequel la violence sexuelle des combattants &agrave; l'encontre des civils est limit&eacute;e. Parall&egrave;lement aux d&eacute;n&eacute;gations isra&eacute;liennes et &agrave; la classification des documents (voir Nashef 2022 : 569), l'impression dominante est que le viol et les autres formes de violence sexuelle ne font pas partie de l'arsenal de violence d'Isra&euml;l contre les Palestiniens. Que cette arm&eacute;e, au moins, ne viole pas.<br /><br />Compte tenu de la pr&eacute;valence des viols commis par des soldats d'autres arm&eacute;es et des graves implications que de telles d&eacute;clarations impliquent quant au niveau moral ostensiblement plus &eacute;lev&eacute; de l'arm&eacute;e isra&eacute;lienne (Medien 2021), nous devons nous demander ce qui permet &agrave; de telles d&eacute;clarations - quelles que soient leurs bonnes intentions - d'&ecirc;tre faites. Pour r&eacute;pondre &agrave; cette question, cet article consid&egrave;re ces affirmations comme symptomatiques du discours sur la guerre et la violence sexuelle li&eacute;e aux conflits dans les territoires palestiniens occup&eacute;s (TPO) et au-del&agrave;. Elles manifestent la tendance &agrave; se concentrer sur les acteurs arm&eacute;s (Eriksson Baaz et Stern 2018), les auteurs masculins et les victimes f&eacute;minines (Del Zotto et Jones 2002; Sjoberg 2016), &agrave; donner la priorit&eacute; &agrave; la parole sur le silence (Parpart 2009, 2020), &agrave; pousser &agrave; l'analyse quantitative de la violence sexuelle (Boesten 2017), et &agrave; imposer le cadre du viol en temps de guerre d'une mani&egrave;re r&eacute;ductionniste et universalisante (Bos 2006). &Agrave; ce corpus, cet article ajoute l'importance de consid&eacute;rer comment le r&eacute;gime militaire colonial, dans un contexte de colonialisme de peuplement continu, exige de pr&ecirc;ter attention &agrave; diff&eacute;rentes coordonn&eacute;es pour saisir la spatialit&eacute; du colonialisme et de la violence sexuelle li&eacute;e au colonialisme de peuplement.<br /><br />Le viol est ce ph&eacute;nom&egrave;ne qui est si souvent remis en question et ni&eacute; - au point qu'il peut sembler inaccessible aux sens (Azoulay 2008 : 206). Cependant, au-del&agrave; de la question de la visibilit&eacute;, les arguments de MacKinnon (2014), Nits&aacute;n (2007) et Wood (2006, 2009, 2010) sur l'inexistence, la raret&eacute; et l'emploi limit&eacute; de la violence sexuelle de l'&Eacute;tat isra&eacute;lien contre les Palestiniens r&eacute;v&egrave;lent les lacunes de la priorit&eacute; donn&eacute;e &agrave; la parole sur le silence. Ces trois chercheurs partent du principe que si Isra&euml;l avait commis des crimes sexuels contre des Palestiniens, nous le saurions. L'absence de t&eacute;moignages &agrave; grande &eacute;chelle (ou l'acc&egrave;s de ces chercheurs &agrave; ces t&eacute;moignages) suffit &agrave; conclure que le viol et les autres formes de violence sexuelle ne font pas partie de la violence de l'&Eacute;tat isra&eacute;lien. Contre cette tendance, les chercheurs ont not&eacute; qu'en tant que m&eacute;canisme de s&eacute;curit&eacute;, la parole n'est pas toujours possible (Hansen 2000; Win 2004), et ont montr&eacute; comment le silence peut fonctionner comme un m&eacute;canisme de survie (Chan 2005; Kelly 2000; Mojab 2004; Shalhoub-Kevorkian 2010).<br /><br />Les chercheurs qui &eacute;tudient les violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien &agrave; l'encontre des Palestiniens ont &eacute;galement tourn&eacute; leur regard vers des espaces moins visibles, tels que les prisons, les salles d'audience et les salles d'enqu&ecirc;te, et vers des auteurs qui ne sont pas n&eacute;cessairement des soldats (Al Issa et Beck 2020; Medien 2021), examin&eacute; la torture sexuelle des hommes palestiniens (Weishut 2015), discut&eacute; de la peur des femmes palestiniennes d'&ecirc;tre viol&eacute;es par les forces de s&eacute;curit&eacute; isra&eacute;liennes (Shalhoub-Kevorkian 1993), analys&eacute; les repr&eacute;sentations du viol dans la litt&eacute;rature palestinienne (Nashef 2022), et illustr&eacute; comment les r&eacute;cits des femmes palestiniennes sont enferm&eacute;s dans des "boucles coloniales de d&eacute;placement" (Ghanayem 2019). Ces travaux ont en commun de comprendre que la nature coloniale du contr&ocirc;le isra&eacute;lien sur les Palestiniens - &agrave; l'int&eacute;rieur de la ligne verte et dans le TPO (Territoire Palestinien Occup&eacute;) - est constitutive de la mani&egrave;re dont nous devrions aborder le viol et les autres formes de violence sexuelle dans les contextes coloniaux et de colonisation et surmonter ce silence, plut&ocirc;t que de le traiter comme r&eacute;v&eacute;lateur d'une occupation d'o&ugrave; la violence sexuelle est absente. (2)<br /><br />Si ces travaux remettent en cause la perception de l'arm&eacute;e isra&eacute;lienne comme n'employant pas de violence sexuelle contre les Palestiniens, aucun d'entre eux n'a tent&eacute; de r&eacute;futer compl&egrave;tement l'affirmation selon laquelle, en dehors de la guerre de 1948 et de ses cons&eacute;quences, le viol et l'emploi de la violence sexuelle sont soit rares (Nits&aacute;n 2007), soit limit&eacute;s (Wood 2006, 2009, 2010) par rapport &agrave; d'autres guerres et conflits. La litt&eacute;rature existante n'a pas non plus examin&eacute; les pr&eacute;suppos&eacute;s de ces affirmations et propos&eacute; une explication et une m&eacute;thodologie ambitieuses pour &eacute;tudier la violence sexuelle de l'&Eacute;tat isra&eacute;lien dans le territoire palestinien occup&eacute; comme un cas exemplaire de violence sexuelle li&eacute;e &agrave; la colonisation ou aux colons, et non comme une violence li&eacute;e &agrave; la guerre ou au conflit, comme le fait cet article. Comme je le montre, une approche &eacute;troite du viol qui le traite comme un ph&eacute;nom&egrave;ne universel tout en ignorant sa "nature diff&eacute;renci&eacute;e" (Anthias 2014, 161) contribue &agrave; r&eacute;duire au silence le viol et les autres formes de violence sexuelle. M&ecirc;me si elle adh&egrave;re &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de "croire les femmes".<br /><br />La th&eacute;orie et l'empirique sont ici entrelac&eacute;s afin de leur permettre de s'informer mutuellement par l'emploi d'une "sensibilit&eacute; ethnographique" (Schatz 2009 : 6). Ainsi, les donn&eacute;es empiriques sur lesquelles je fonde mon analyse (t&eacute;moignages de Palestiniens, rapports d'organisations de d&eacute;fense des droits de l'homme, m&eacute;dias et litt&eacute;rature sur les violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien) d&eacute;peignent une vari&eacute;t&eacute; de formes de violences sexuelles commises par divers acteurs. L'objectif de la pr&eacute;sentation de ces sources est double : il s'agit de remettre en question les affirmations positives sur l'utilisation limit&eacute;e et rare par Isra&euml;l de la violence sexuelle &agrave; l'encontre des Palestiniens et d'exposer leurs pr&eacute;suppos&eacute;s. En outre, leur rassemblement rend visible ce que les cat&eacute;gories juridiques nationales et internationales et les cadres scientifiques &agrave; la recherche de cas de viols &agrave; grande &eacute;chelle en temps de guerre consid&eacute;reraient autrement comme des cas disparates. (3)<br /><br />En d'autres termes, ce qui est en jeu ici, ce sont avant tout les cat&eacute;gories et les &eacute;chelles qui sous-tendent les revendications relatives &agrave; l'emploi limit&eacute; et rare de la violence sexuelle par l'&Eacute;tat. Le rejet de la tyrannie des cas de violence sexuelle &eacute;tatique &agrave; grande &eacute;chelle et des cat&eacute;gories juridiques existantes de violence sexuelle permet de poser les questions suivantes : Qu'est-ce qui influence ce que nous voyons et identifions comme &eacute;tant de la violence sexuelle &eacute;tatique? Pourquoi les cas que je pr&eacute;sente (dont aucun n'est class&eacute; ou obtenu directement par moi aupr&egrave;s d'une victime palestinienne) n'ont-ils pas &eacute;t&eacute; rassembl&eacute;s &agrave; ce jour comme preuves de la violence sexuelle exerc&eacute;e par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien &agrave; l'encontre des Palestiniens? Pourquoi la connaissance de ces cas n'a-t-elle pas conduit &agrave; les consid&eacute;rer comme la partie &eacute;merg&eacute;e de l'iceberg par rapport &agrave; ce que nous savons des violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien? Pourquoi, au lieu d'explorer le silence qui entoure les violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien &agrave; l'encontre des Palestiniens, ce silence a-t-il &eacute;t&eacute; utilis&eacute; pour acquitter Isra&euml;l?<br /><br />Pour r&eacute;pondre &agrave; ces questions, j'examine dans la premi&egrave;re section la pertinence des principaux &eacute;l&eacute;ments de ces revendications : Les soldats isra&eacute;liens, les femmes palestiniennes, le viol et la guerre. Je montre comment chacune de ces cat&eacute;gories fonctionne pour : (1) limiter le discours sur l'utilisation et l'emploi par Isra&euml;l du viol et d'autres formes de violence sexuelle contre les Palestiniens; (2) rendre illisibles les cas dont nous avons connaissance; et (3) nous d&eacute;tourner de la nature coloniale du contr&ocirc;le isra&eacute;lien dans le territoire palestinien occup&eacute; et de la structure coloniale de l'&Eacute;tat d'Isra&euml;l.<br /><br />Dans la deuxi&egrave;me section, j'introduis une couche suppl&eacute;mentaire de mon analyse et je discute du cadre du viol en temps de guerre. Les affirmations concernant la raret&eacute; des violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien et leur utilisation limit&eacute;e sont fond&eacute;es, entre autres, sur la comparaison avec des cas tels que le Rwanda, la Bosnie et la Seconde Guerre mondiale. Le nombre &eacute;lev&eacute; de cas de viols et de violences sexuelles dans ces sites est compar&eacute; au nombre relativement faible de cas dans le territoire palestinien occup&eacute;. En examinant le contr&ocirc;le exerc&eacute; par Isra&euml;l sur les Palestiniens vivant dans le territoire palestinien occup&eacute;, je montre qu'une approche th&eacute;orique plus appropri&eacute;e serait celle de la domination coloniale et du colonialisme de peuplement. C'est cette forme de gouvernance qui permet non seulement d'indiquer l'inad&eacute;quation du cadre des violences sexuelles li&eacute;es &agrave; la guerre, mais aussi de consid&eacute;rer le silence sur les violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien &agrave; l'encontre des Palestiniens vivant sous son contr&ocirc;le comme r&eacute;v&eacute;lateur de la gouvernance coloniale isra&eacute;lienne et non de l'exceptionnalit&eacute; de son arm&eacute;e par rapport &agrave; d'autres arm&eacute;es.<br /><br />En d'autres termes, au lieu d'imposer des cat&eacute;gories a priori, j'analyse les conditions de possibilit&eacute; du viol et de la violence sexuelle dans le cadre d'une occupation militaire prolong&eacute;e. Ce faisant, j'analyse la spatialit&eacute; de la violence sexuelle de l'&Eacute;tat isra&eacute;lien dans le territoire palestinien occup&eacute; et propose une cartographie provisoire de ce &agrave; quoi nous, chercheurs sur le viol et d'autres formes de violence sexuelle, devrions &ecirc;tre attentifs et pourquoi ce silence sur la violence sexuelle devrait &eacute;veiller nos soup&ccedil;ons plut&ocirc;t que d'&ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme une preuve de son inexistence. Cette analyse r&eacute;v&egrave;le qu'en raison de l'importance de la bureaucratie dans le contr&ocirc;le de la vie des Palestiniens (Berda 2012), il peut &ecirc;tre utile de juxtaposer la situation dans le TPO (territoire palestinien occup&eacute;) avec les exp&eacute;riences des femmes qui vivent dans la pauvret&eacute; et d&eacute;pendent des pensions de l'&Eacute;tat et des logements sociaux. C'est dans ces contextes que nous trouvons des espaces similaires de vuln&eacute;rabilit&eacute; et de victimisation qui fonctionnent comme des structures de silence qui maintiennent les relations de d&eacute;pendance.<br /><br />D'un point de vue analytique, la proximit&eacute; entre la vuln&eacute;rabilit&eacute; des Palestiniens et celle des femmes vivant dans la pauvret&eacute; d&eacute;montre la n&eacute;cessit&eacute; d'&ecirc;tre sensible aux relations entre les cat&eacute;gories sociales plut&ocirc;t que de les pr&eacute;supposer (Anthias 2012 : 14). Elle met &eacute;galement en lumi&egrave;re le potentiel d'une analyse intersectionnelle qui contr&ocirc;le non seulement les cat&eacute;gories sociales mais aussi les processus et les r&eacute;sultats des divisions sociales d'une mani&egrave;re qui peut r&eacute;v&eacute;ler la n&eacute;cessit&eacute; de transgresser les limites d'un cadre donn&eacute; (la violence sexuelle en temps de guerre) et de visiter des sites qui d&eacute;coulent de l'analyse bien qu'ils semblent, &agrave; premi&egrave;re vue, &eacute;trangers &agrave; notre champ d'investigation (les femmes qui vivent dans la pauvret&eacute;). Comme nous le verrons dans les conclusions, une approche intersectionnelle permet de contourner le risque d'aborder le viol et d'autres formes de violence sexuelle comme un ph&eacute;nom&egrave;ne universel et homog&egrave;ne, d&eacute;pouill&eacute; de son contexte sp&eacute;cifique et de la structure de pouvoir dans laquelle il s'inscrit, au profit d'une &eacute;coute du silence que nous rencontrons tout en d&eacute;voilant ses conditions de possibilit&eacute;, son histoire et sa spatialit&eacute;.<br /><br />Au-del&agrave; des viols et violences sexuelles li&eacute;s &agrave; la guerre et aux conflits<br /><br />Le silence est &eacute;galement informatif : s'il n'existe aucune confirmation dans les sources d'archives que quelque chose s'est produit ou ne s'est pas produit, ces silences informent simplement d'un manque dans la documentation et non pas que l'information n'existe pas. (Slyomovics 2007 : 36-37)<br /><br />Il ne s'agit pas ici de documentation, mais de t&eacute;moignages. Wood, Nits&aacute;n et MacKinnon ne cherchent pas &agrave; obtenir des documents d'&Eacute;tat ou des d&eacute;cisions de justice. Ils croient les femmes. Si les Palestiniens affirmaient avoir &eacute;t&eacute; viol&eacute;s et agress&eacute;s sexuellement, cela suffirait pour qu'Isra&euml;l s'abstienne exceptionnellement de commettre des violences sexuelles en temps de guerre. En m&ecirc;me temps, bien que conscients de la pr&eacute;valence des violences sexuelles, le manque de t&eacute;moignages ne les conduit pas &agrave; se m&eacute;fier de ce manque, comme le sugg&egrave;re Susan Slyomovics (2007) &agrave; propos des archives. Au contraire, ils juxtaposent ce silence &agrave; d'autres guerres et conflits au cours desquels des viols massifs de femmes civiles ont eu lieu. Par cons&eacute;quent, l'acquittement d'Isra&euml;l repose sur une perception universelle (Minow 1989) et homog&eacute;n&eacute;is&eacute;e (Meger 2016b) du viol et d'autres formes de violence sexuelle. Cette approche risque d'&eacute;carter certaines formes de violence qui ne correspondent pas au mod&egrave;le. Les donn&eacute;es empiriques que je pr&eacute;sente ci-dessous ont &eacute;t&eacute; recueillies sans avoir &agrave; l'esprit de mod&egrave;les pr&eacute;alables de viol et de violence sexuelle, ni sans se demander dans quelle mesure elles correspondent &agrave; ce qui constitue un crime au niveau national ou international et atteignent l'&eacute;chelle des atrocit&eacute;s de masse. En tant que tel, il a &eacute;t&eacute; recueilli et analys&eacute; avec une "sensibilit&eacute; ethnographique" qui a suivi &agrave; la fois la r&eacute;alit&eacute; du TPO et le silence (relatif) auquel nous sommes confront&eacute;s lorsque nous &eacute;tudions la violence sexuelle de l'&Eacute;tat isra&eacute;lien &agrave; l'encontre des Palestiniens.<br /><br />Soldats isra&eacute;liens de sexe masculin<br /><br />Cette cat&eacute;gorie distingue les soldats masculins des FDI (Forces de D&eacute;fense Isra&eacute;lienne), tout en laissant de c&ocirc;t&eacute; les membres des autres forces de s&eacute;curit&eacute; isra&eacute;liennes, comme la police et le Shin Bet, qui sont &eacute;galement tr&egrave;s pr&eacute;sents dans le territoire palestinien occup&eacute;. (4) Dans le contexte du travail de Nits&aacute;n, la cat&eacute;gorie des soldats isra&eacute;liens est encore plus limit&eacute;e, se concentrant exclusivement sur les soldats de l'unit&eacute; de combat (Nits&aacute;n 2007 : 187). Ce groupe sp&eacute;cifique de soldats rencontre principalement des Palestiniens aux points de contr&ocirc;le et lors de raids dans les maisons. Les postes de contr&ocirc;le sont des points de friction importants entre les soldats isra&eacute;liens et les Palestiniens, o&ugrave; le genre est tr&egrave;s pr&eacute;sent (Kotef et Amir, 2007) et o&ugrave; les femmes palestiniennes sont r&eacute;guli&egrave;rement victimes de harc&egrave;lement sexuel (Hammami, 2019). Dans une affaire qui a &eacute;merg&eacute; r&eacute;cemment, deux soldats servant au point de contr&ocirc;le de Qalandia ont &eacute;t&eacute; accus&eacute;s d'avoir forc&eacute; des femmes palestiniennes &agrave; se d&eacute;shabiller et d'avoir touch&eacute; les organes g&eacute;nitaux des femmes pendant la fouille &agrave; nu (Kubovich 2018). Cependant, la violence sexuelle &agrave; l'encontre des femmes palestiniennes par des agents des forces de s&eacute;curit&eacute; isra&eacute;liennes ne se limite pas aux points de contr&ocirc;le ou aux descentes dans les maisons. (5) Les femmes palestiniennes subissent des violences sexuelles lorsqu'elles rendent visite &agrave; leurs proches dans les prisons isra&eacute;liennes et lorsqu'elles assistent aux audiences du tribunal pour leurs proches (Al Issa et Beck 2020). Les auteurs de ces violences peuvent &ecirc;tre des gardiens de prison ou des officiers de justice militaire, hommes ou femmes. Les femmes palestiniennes font &eacute;galement &eacute;tat de violences sexuelles lors des interrogatoires. Il s'agit notamment de menaces de viol et d'attouchements non d&eacute;sir&eacute;s et forc&eacute;s, de la part d'interrogateurs f&eacute;minins et masculins (Benoist 2018; MEE Staff 2018; Rosenfeld 2018; The Public Committee Against Torture in Israel n.d.), ainsi que de viols. Aisha Awdat, par exemple, affirme avoir &eacute;t&eacute; viol&eacute;e par un enqu&ecirc;teur isra&eacute;lien le 10 mars 1969 (Khalil 2013). Rasmea Odeh rapporte &eacute;galement avoir &eacute;t&eacute; viol&eacute;e en 1969 lors d'un interrogatoire (Khader 2017). En 2015, une d&eacute;tenue palestinienne a &eacute;t&eacute; viol&eacute;e par deux femmes soldats, dont l'une est m&eacute;decin, qui lui ont fait subir une fouille vaginale et anale, apparemment sur ordre d'un agent du Shin Bet (Breiner 2022; Breiner et Berger 2018). Ces cas montrent que l'exposition des femmes palestiniennes &agrave; la violence sexuelle ne se limite pas aux rencontres avec des soldats de combat masculins ou des soldats isra&eacute;liens masculins en g&eacute;n&eacute;ral. Sur le plan spatial, si les femmes palestiniennes sont victimes de harc&egrave;lement sexuel et d'agressions aux postes de contr&ocirc;le et lors des descentes de police, leur vuln&eacute;rabilit&eacute; d&eacute;passe ces espaces et s'&eacute;tend aux salles d'interrogatoire, aux tribunaux et aux prisons.<br /><br />Femmes palestiniennes<br /><br />Nous avons vu comment la cat&eacute;gorie des soldats isra&eacute;liens de sexe masculin comme seuls auteurs possibles limite l'&eacute;tendue des espaces dans lesquels nous soup&ccedil;onnons que le viol et la violence sexuelle peuvent avoir lieu. Elle occulte &eacute;galement le fait que les femmes, dans divers contextes, "prennent les armes en tant que membres de l'arm&eacute;e et de groupes d'insurg&eacute;s, et soutiennent, sont de connivence ou acquiescent &agrave; l'usage de la violence dans les troubles civils et les conflits internationaux" (Kelly 2000 : 46). La perspective binaire &eacute;troite qui nous enferme sur les soldats isra&eacute;liens masculins en tant qu'auteurs et les femmes palestiniennes en tant que victimes ne tient pas compte de la complicit&eacute; des femmes dans la violence sexuelle en temps de guerre (Alison 2007; Sjoberg 2016) et de la victimisation sexuelle des hommes (Apperley 2015; Meger 2016a).<br /><br />Comme en t&eacute;moignent des hommes et des gar&ccedil;ons palestiniens (DCI 2013; Hass 2010; Weishut 2015), &agrave; cet &eacute;gard, le cas isra&eacute;lien n'est pas un cas isol&eacute;. Le cas de Mustafa Dirani en est un exemple. Dirani, citoyen libanais et ancien dirigeant d'Amal, qui a &eacute;t&eacute; enlev&eacute; par Isra&euml;l et interrog&eacute; sur le sort d'un prisonnier isra&eacute;lien d&eacute;tenu au Liban, a affirm&eacute; avoir &eacute;t&eacute; viol&eacute; au cours de l'interrogatoire. Un article d'investigation du Sunday Times publi&eacute; le 19 juin 1977 (voir : Israeli Practices, June 30, 1977) a fait &eacute;tat d'all&eacute;gations de torture incluant le viol, l'agression sexuelle et l'humiliation sexuelle de prisonniers palestiniens pendant leur d&eacute;tention. Les violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien ne visent pas uniquement les femmes palestiniennes. Cependant, la construction de l'exceptionnalisme isra&eacute;lien en mati&egrave;re de violence sexuelle exige de se demander ce que signifie le viol pr&eacute;sum&eacute; de Dirani par un soldat (qui aurait re&ccedil;u l'ordre de le violer) au cours d'un interrogatoire (Luvitch 2004), &eacute;tant donn&eacute; qu'il s'agit d'un homme et d'un citoyen libanais. O&ugrave; nous situons-nous et comment pouvons-nous comprendre un &eacute;v&eacute;nement dans lequel un Palestinien aurait &eacute;t&eacute; forc&eacute; de commettre un acte sexuel avec un &acirc;ne par un officier de la police des fronti&egrave;res (Abu a-Rob 2003)? En se concentrant sur le viol de femmes palestiniennes par des soldats isra&eacute;liens, ces &eacute;v&eacute;nements, et d'autres, sont rendus sans importance. Ce cadrage ne tient pas compte du r&ocirc;le de la violence sexuelle en tant qu'outil d'oppression utilis&eacute; par les hommes et les femmes, et contre les femmes et les hommes, les filles et les gar&ccedil;ons, dans le territoire palestinien occup&eacute;.<br /><br />Viol<br /><br />Dans le cadre analytique &eacute;troit des soldats isra&eacute;liens, des femmes palestiniennes et du viol, les &eacute;v&eacute;nements mentionn&eacute;s pr&eacute;c&eacute;demment ne feraient que renforcer l'affirmation selon laquelle le viol est rare; nous n'avons que quatre t&eacute;moignages de viol, un par un soldat masculin, un par deux femmes soldats m&eacute;decins et deux par des enqu&ecirc;teurs. Prises ensemble, les cat&eacute;gories soigneusement choisies de viol (par opposition &agrave; violence sexuelle), de femmes palestiniennes (par opposition aux Palestiniens dans leur ensemble) et de soldats isra&eacute;liens masculins (par opposition aux membres des forces de s&eacute;curit&eacute; isra&eacute;liennes, hommes et femmes), marginalisent de nombreuses formes de violence sexuelle de l'&Eacute;tat isra&eacute;lien. Ils permettent une d&eacute;sagr&eacute;gation profonde des forces de s&eacute;curit&eacute; isra&eacute;liennes et de la structure globale du contr&ocirc;le isra&eacute;lien dans le territoire palestinien occup&eacute;.<br /><br />Cette formulation sp&eacute;cifique du probl&egrave;me, en particulier l'accent mis sur le viol et sur un sch&eacute;ma binaire hommes isra&eacute;liens/femmes palestiniennes, peut &ecirc;tre le r&eacute;sultat d'une "surcompensation pour les ann&eacute;es pass&eacute;es &agrave; ignorer la place des femmes dans le droit humanitaire". Cette tendance se retrouve dans les politiques visant &agrave; g&eacute;n&eacute;rer un changement politique concernant la violence &agrave; l'&eacute;gard des femmes. Elle se caract&eacute;rise par une focalisation sp&eacute;cifique sur les femmes en tant que victimes de violences sexuelles, tout en n&eacute;gligeant les effets de la violence fond&eacute;e sur le genre sur les hommes, ainsi que toute une s&eacute;rie de formes de violence fond&eacute;e sur le genre (Franke 2006 : 822-823). Miriam Ticktin (2011 : 128-132) identifie une tendance similaire en France au d&eacute;but du mill&eacute;naire. Dans le contexte sp&eacute;cifique discut&eacute; ici, le cadre choisi constitue les femmes palestiniennes comme une population rare, bien qu'opprim&eacute;e, qui n'est n&eacute;anmoins pas viol&eacute;e, tout en &eacute;clipsant, voire en taisant, d'autres formes de violence, certaines fond&eacute;es sur le genre, d'autres expressions explicites de la violence sexuelle.<br /><br />Par son d&eacute;ni, le viol est plac&eacute; au-dessus des autres formes de violence n&eacute;cessaires pour maintenir le contr&ocirc;le isra&eacute;lien sur les Palestiniens. Mais le viol ne se produit pas dans le vide. Il fait partie d'un &eacute;ventail de violences sexuelles et de violences plus g&eacute;n&eacute;rales, et son occurrence est &eacute;galement li&eacute;e &agrave; un ensemble sp&eacute;cifique de conditions de subordination structurelle et de vuln&eacute;rabilit&eacute;. En tant que telle, au lieu de fonctionner comme une infraction qui met de c&ocirc;t&eacute; toutes les autres formes de violence sexuelle (et j'ajouterais, de violence dans son ensemble), elle devrait nous alerter pour que nous soyons attentifs &agrave; un spectre de violence sexuelle. Plut&ocirc;t que d'accr&eacute;diter l'id&eacute;e que le viol est rare, l'existence de ces t&eacute;moignages devrait rendre plus suspecte l'absence d'autres t&eacute;moignages de viol.<br /><br />La guerre<br /><br />&Agrave; c&ocirc;t&eacute; des cat&eacute;gories de soldats isra&eacute;liens, de femmes palestiniennes et de viols, c'est la cat&eacute;gorie de guerre qui rassemble tous les autres &eacute;l&eacute;ments parce qu'elle est le principal terrain de comparaison &agrave; travers lequel se constitue la port&eacute;e rare et limit&eacute;e des violences sexuelles de l'Etat isra&eacute;lien. La raret&eacute; a toujours besoin d'un point de r&eacute;f&eacute;rence. Dans le contexte examin&eacute; ici, l'affirmation selon laquelle le viol de femmes palestiniennes par des soldats isra&eacute;liens est un ph&eacute;nom&egrave;ne rare et limit&eacute; est facilit&eacute;e par le fait de situer le cas des femmes palestiniennes dans les cas de viols en temps de guerre. Nits&aacute;n (2007) compare la guerre au Vietnam, ainsi que les guerres en Bosnie et au Darfour, avec l'occupation isra&eacute;lienne de la Palestine et conclut que les FDI (Forces de D&eacute;fense Isra&eacute;lienne) violent moins souvent les femmes civiles que les autres arm&eacute;es. Wood, qui souhaite examiner les variations de la violence sexuelle li&eacute;e &agrave; la guerre et aux conflits, compare le cas d'Isra&euml;l-Palestine avec la Seconde Guerre mondiale, la Bosnie-Herz&eacute;govine et le cas de Nankin, ainsi qu'avec le Rwanda et la Sierra Leone (2006, 2008). La variation que Wood identifie dans le cas d'Isra&euml;l-Palestine est quantitative. Selon elle, "dans le conflit isra&eacute;lo-palestinien [...] la violence sexuelle semble extr&ecirc;mement limit&eacute;e" (2008 : 129).<br /><br />La viabilit&eacute; de cette comparaison d&eacute;pend avant tout de notre acceptation du fait que la guerre est un cadre comparatif appropri&eacute; pour la domination militaire et coloniale d'Isra&euml;l sur les Palestiniens. Il importe peu que l'occupation isra&eacute;lienne de la Palestine soit qualifi&eacute;e de "conflit ethnique", comme le d&eacute;crit Wood, ou non. En fin de compte, la raret&eacute; et la fr&eacute;quence limit&eacute;e des violences sexuelles sont mesur&eacute;es par rapport aux guerres, et non par rapport au colonialisme ou au colonialisme de peuplement. Ce dernier introduit une temporalit&eacute; diff&eacute;rente. Elles ne sont pas aussi temporaires que les guerres. En ce sens, c'est la guerre de 1948 - &agrave; propos de laquelle on s'accorde &agrave; dire que l'arm&eacute;e isra&eacute;lienne a viol&eacute; des femmes palestiniennes - qui aurait pu servir de cas comparable &agrave; d'autres guerres. En pratique, tant Nits&aacute;n (2007) que Wood (2006) consid&egrave;rent la guerre de 1948 comme un &eacute;pisode du pass&eacute;, qui n'est pas comparable en soi &agrave; d'autres guerres.<br /><br />Apr&egrave;s la fin de la guerre de 1948, Isra&euml;l a instaur&eacute; un r&eacute;gime militaire sur les Palestiniens vivant sous son contr&ocirc;le, r&eacute;gime qui a dur&eacute; jusqu'en 1966. Apr&egrave;s la guerre de 1967, Isra&euml;l a &eacute;tabli un gouvernement militaire dans les territoires nouvellement occup&eacute;s. En vertu du droit international, le contr&ocirc;le exerc&eacute; par Isra&euml;l sur le territoire palestinien occup&eacute; est consid&eacute;r&eacute; comme une occupation militaire temporaire. Jusqu'au r&eacute;tablissement de la souverainet&eacute; l&eacute;gitime, la puissance occupante est nominalement responsable du maintien de l'ordre dans ces territoires. La longue liste des violations du droit international commises par Isra&euml;l en tant que puissance occupante d&eacute;passe le cadre de ce document, tout comme l'ill&eacute;galit&eacute; de l'occupation de ces territoires par Isra&euml;l (voir Ben-Naftali et al. 2005). Cependant, pour aborder la question des violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien &agrave; l'encontre des Palestiniens vivant dans le territoire palestinien occup&eacute;, il est essentiel de comprendre ce qui caract&eacute;rise le contr&ocirc;le exerc&eacute; par Isra&euml;l sur le territoire palestinien occup&eacute; et pourquoi nous risquons de rendre les violences sexuelles commises &agrave; l'encontre des Palestiniens invisibles, non comptabilis&eacute;es et non justifi&eacute;es lorsque nous utilisons le cadre th&eacute;orique du viol en temps de guerre.<br /><br />Quatre ans avant la guerre de 1967, Isra&euml;l a charg&eacute; l'avocat g&eacute;n&eacute;ral militaire de l'&eacute;poque, Meir Shamgar, de pr&eacute;parer les bases juridiques du contr&ocirc;le isra&eacute;lien de Gaza et de la Cisjordanie, dans l'&eacute;ventualit&eacute; o&ugrave; ces r&eacute;gions seraient conquises par Isra&euml;l. Le plan de Shamgar &eacute;tait bas&eacute; sur l'administration imp&eacute;riale du mandat britannique pour le contr&ocirc;le des "populations dangereuses", appliqu&eacute; en Palestine pendant la r&eacute;volte arabe de 1936-1939, et sur les r&egrave;glements d'urgence de 1945 utilis&eacute;s par les Britanniques pour lutter contre les organisations paramilitaires sionistes - le Gang Stern (Lehi) et l'Irgoun (Berda 2012 : 40-44). Malgr&eacute; d'&eacute;ventuels changements organisationnels et administratifs, Isra&euml;l a conserv&eacute; une grande partie de ce cadre colonial lorsqu'il a commenc&eacute; &agrave; administrer le contr&ocirc;le de la Cisjordanie et de Gaza apr&egrave;s 1967. Cette structure de contr&ocirc;le a &eacute;t&eacute; conserv&eacute;e m&ecirc;me lorsque les gouverneurs locaux nomm&eacute;s par l'arm&eacute;e ont &eacute;t&eacute; remplac&eacute;s par des fonctionnaires. Depuis les ann&eacute;es 1980, le contr&ocirc;le isra&eacute;lien du territoire palestinien occup&eacute; repose sur quatre piliers : les forces de d&eacute;fense isra&eacute;liennes, l'administration civile, le Shin Bet et la police isra&eacute;lienne. L'influence de ces organismes et leur pr&eacute;sence dans la vie des Palestiniens vivant en Cisjordanie n'ont pas diminu&eacute; depuis les accords d'Oslo. Bien que l'organisation directe de la vie des Palestiniens ait &eacute;t&eacute; d&eacute;l&eacute;gu&eacute;e &agrave; l'Autorit&eacute; palestinienne, les d&eacute;cisions finales sont prises par l'Administration civile isra&eacute;lienne (Berda 2012 : 46-48; Lyon 2010 : 51-54; Zureik 2010 : 14-15).<br /><br />Cette gouvernance combin&eacute;e de quatre organismes, dont trois de s&eacute;curit&eacute;, refl&egrave;te bien le fait que les Palestiniens sont consid&eacute;r&eacute;s comme des ennemis que l'Etat doit surveiller de pr&egrave;s. Pourtant, cette cat&eacute;gorisation des civils n'indique pas un &eacute;tat de guerre, mais plut&ocirc;t un &eacute;tat de contr&ocirc;le colonial, bas&eacute; sur une forme de maintien de l'ordre dans laquelle il est impossible de distinguer la police de l'arm&eacute;e et du Shin Bet; ils travaillent tous ensemble. Cette structure n'est pas fortuite. Elle est destin&eacute;e &agrave; accro&icirc;tre le contr&ocirc;le sur la vie des colonis&eacute;s. Comme chaque policier du territoire palestinien occup&eacute; d&eacute;tient la m&ecirc;me autorit&eacute; qu'un soldat, et qu'il existe une convergence entre la conduite de la police et celle de l'arm&eacute;e dans le territoire palestinien occup&eacute; (Brownfield-Stein 2020; Gazit et Levy 2020), la diff&eacute;rence entre eux est r&eacute;duite &agrave; un peu plus que leur uniforme. Ils sont tous l&agrave; pour servir les int&eacute;r&ecirc;ts s&eacute;curitaires isra&eacute;liens. Ainsi, malgr&eacute; les d&eacute;clarations officielles, le r&ocirc;le du district de Samarie et de Jud&eacute;e de la police isra&eacute;lienne dans le territoire palestinien occup&eacute; est de fournir &agrave; Isra&euml;l une base juridique pour les actions du Shin Bet ainsi qu'un vaste syst&egrave;me d'interrogatoires. La police n'est pas l&agrave; pour r&eacute;duire l'activit&eacute; criminelle mais ce qu'Isra&euml;l consid&egrave;re comme des menaces pour la s&eacute;curit&eacute; (Maoz 2020 : 130).<br /><br />Dans ces conditions, la focalisation exclusive sur les soldats isra&eacute;liens de sexe masculin, ou uniquement sur les FDI, reproduit la d&eacute;sagr&eacute;gation officielle du pouvoir et du contr&ocirc;le d'Isra&euml;l sur les Palestiniens et n&eacute;glige les rencontres quotidiennes des Palestiniens avec un large &eacute;ventail d'agents de s&eacute;curit&eacute; et d'agents civils isra&eacute;liens, dont l'autorit&eacute; a des r&eacute;percussions consid&eacute;rables sur le bien-&ecirc;tre des Palestiniens. Ces rencontres ont lieu &agrave; diff&eacute;rents endroits, dont certains sont tr&egrave;s priv&eacute;s et invisibles. Le contr&ocirc;le exerc&eacute; par Isra&euml;l sur les d&eacute;placements des Palestiniens, tant &agrave; l'int&eacute;rieur du territoire palestinien occup&eacute; qu'entre celui-ci et Isra&euml;l, est l'un des m&eacute;canismes les plus omnipr&eacute;sents du contr&ocirc;le exerc&eacute; par Isra&euml;l sur la vie quotidienne des Palestiniens. Isra&euml;l peut d&eacute;cider si les Palestiniens seront en mesure de subvenir aux besoins de leur famille et si les membres de leur famille recevront un traitement m&eacute;dical en Isra&euml;l. Les Palestiniens peuvent &ecirc;tre emp&ecirc;ch&eacute;s d'obtenir des permis de travail et d'entr&eacute;e s'ils refusent de coop&eacute;rer avec le Shin Bet en tant qu'informateurs (Berda 2012 : 139).<br /><br />Lorsque les Palestiniens refusent de collaborer ou d'avouer lors des interrogatoires, les repr&eacute;sailles isra&eacute;liennes peuvent s'&eacute;tendre aux parents des victimes. Actuellement, Isra&euml;l n'a aucune obligation de rendre compte ou d'expliquer ses d&eacute;cisions en mati&egrave;re de permis d'entr&eacute;e. Le syst&egrave;me est construit de telle mani&egrave;re qu'il est souvent impossible de retrouver la personne responsable des d&eacute;cisions relatives &agrave; des permis sp&eacute;cifiques. Isra&euml;l a cr&eacute;&eacute; un r&eacute;seau administratif complexe qui, d'une part, rend presque impossible l'identification du service responsable et de l'employ&eacute; qui d&eacute;cide d'un permis de travail et, d'autre part, permet et facilite l'acc&egrave;s de ses agents aux Palestiniens &agrave; un niveau personnel (Berda 2012).<br /><br />Pour soutenir ces relations de subordination, Isra&euml;l a plus souvent recours &agrave; la violence des vaincus qu'au type de violence explicite (Azoulay et Ophir 2007) qui caract&eacute;rise une situation de guerre. C'est un syst&egrave;me qui se caract&eacute;rise par l'hyperl&eacute;galit&eacute; (Hussain 2007) et qui, comme d'autres syst&egrave;mes coloniaux, est constitu&eacute; d'un patchwork d'outils juridiques (Kolsky 2015). Il ne s'agit pas d'un espace de non-droit, mais plut&ocirc;t d'un espace satur&eacute; de l&eacute;galit&eacute; coloniale, c'est-&agrave;-dire d'une forme de l&eacute;galit&eacute; exceptionnalisante et racialisante qui m&egrave;ne une " guerre du droit " (Comaroff 2001 : 306). Si le viol en temps de guerre indique l'effondrement des syst&egrave;mes sociaux (Azoulay 2008 : 223), la situation dans le TPO (Territoire Palestinien Occup&eacute;) est telle que les syst&egrave;mes sociaux ne se sont pas effondr&eacute;s &agrave; ce point. En fait, la pr&eacute;sence manifeste et oppressive de la loi &agrave; travers la bureaucratie, les limitations de mouvement et l'omnipr&eacute;sence des forces de s&eacute;curit&eacute; peuvent indiquer un effondrement moral profond, mais pas un effondrement syst&eacute;mique conduisant &agrave; l'anarchie au sens formel du terme. Dans ces conditions, la guerre ne peut pas &ecirc;tre au c&oelig;ur de notre comparaison. La guerre ne peut expliquer la spatialit&eacute; des violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien, ni nous orienter clairement vers les auteurs possibles de ces violences. Surtout, elle ne peut pas expliquer de mani&egrave;re ad&eacute;quate dans quelle mesure les victimes palestiniennes des violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien peuvent r&eacute;ellement r&eacute;v&eacute;ler le mal qui leur a &eacute;t&eacute; fait. Nous avons besoin d'un autre cadre comparatif pour mieux comprendre ce silence.<br /><br />Proximit&eacute;s impr&eacute;vues : Vers des violences sexuelles li&eacute;es au colonialisme ou au colonialisme de peuplement<br /><br />L'examen minutieux des cat&eacute;gories soldats isra&eacute;liens, femmes palestiniennes et viols a r&eacute;v&eacute;l&eacute; comment ces cat&eacute;gories limitent notre regard et occultent de nombreux cas impliquant diff&eacute;rents auteurs et victimes, ainsi que diff&eacute;rentes formes de violence sexuelle. Alors que ces cat&eacute;gories ne rendent pas compte de la violence sexuelle de l'&Eacute;tat isra&eacute;lien, l'analyse du contr&ocirc;le isra&eacute;lien du territoire palestinien occup&eacute; a d&eacute;montr&eacute; l'inad&eacute;quation du cadre du viol li&eacute; &agrave; la guerre et d'autres formes de violence sexuelle. Ce cadre suppose une p&eacute;riode temporaire de non-droit, et non une situation d'hyperl&eacute;galit&eacute; satur&eacute;e de droit, de bureaucratie et de spatialit&eacute; du contr&ocirc;le qui facilite les relations de d&eacute;pendance. Isra&euml;l a commenc&eacute; &agrave; &eacute;tablir des relations de d&eacute;pendance avec les Palestiniens peu apr&egrave;s le d&eacute;but de l'occupation des territoires palestiniens en 1967 et les a d&eacute;velopp&eacute;es depuis. Les logiques n&eacute;olib&eacute;rales ont transform&eacute; ces relations de d&eacute;pendance en marchandises et les ont int&eacute;gr&eacute;es dans diff&eacute;rents m&eacute;canismes, cr&eacute;ant ainsi une "d&eacute;pendance structurelle" permanente (Salamanca 2014). En prenant en compte ces structures de d&eacute;pendance, nous devrions nous demander, si ce n'est pas la violence sexuelle li&eacute;e &agrave; la guerre ou au conflit, alors quoi?<br /><br />La structure administrative de l'occupation, combin&eacute;e &agrave; la vuln&eacute;rabilit&eacute; et &agrave; la subordination des Palestiniens, sugg&egrave;re que la violence sexuelle dans le TPO est susceptible de prendre la forme d'une extorsion, similaire &agrave; celle employ&eacute;e par les agents du Shin Bet lorsqu'ils recrutent des informateurs (Azoulay 2008 : 405-423; Cohen et Dudai 2005 : 233-236; Zureik 2010 : 19-21). Les femmes victimes de harc&egrave;lement et d'agressions sexuelles lorsqu'elles rendaient visite &agrave; leurs proches ne le signalaient pas, de peur que les gardiens de prison n'exercent des repr&eacute;sailles en utilisant leur pouvoir pour leur retirer leur droit de visite (Al Issa et Beck, 2020). Ainsi, pour que cette extorsion ait lieu, elle ne doit pas n&eacute;cessairement &ecirc;tre explicite. Pour ces femmes, la reconnaissance des relations de d&eacute;pendance suffit.<br /><br />Il existe cependant des situations o&ugrave; l'extorsion est explicite. Le t&eacute;moignage de Samar Abu Hamda (B'Tselem 2003), une femme mari&eacute;e vivant &agrave; Zeita, en est un exemple. Elle raconte que le policier des fronti&egrave;res responsable de la porte du mur de s&eacute;paration par laquelle elle et sa famille passent pour travailler leurs terres ne l'a pas forc&eacute;e &agrave; avoir des relations sexuelles avec lui. Cependant, il a profit&eacute; de sa position pour l'&eacute;loigner de son mari et lui a propos&eacute; un march&eacute; : si elle acceptait d'&ecirc;tre avec lui, il lui faciliterait la vie et la laisserait passer seule par la porte. Lorsqu'elle a refus&eacute; cette offre, il a commenc&eacute; &agrave; la menacer, affirmant qu'elle devait choisir entre deux options : soit venir avec lui "volontairement", soit l'obliger &agrave; utiliser la force et &agrave; faire face aux rumeurs qui couraient sur elle dans le village et qu'il promettait de r&eacute;pandre. Si Abu Hamda s'&eacute;tait soumise, son viol n'aurait pas eu lieu en public. Il n'aurait pas non plus impliqu&eacute; n&eacute;cessairement l'utilisation de la force physique ou la menace de l'utilisation de la force physique, comme l'exige Wood (2006). Il se serait agi d'un acte sexuel extorqu&eacute; &agrave; une femme dans le contexte d'un d&eacute;s&eacute;quilibre de pouvoir, si familier entre les Palestiniens et les fonctionnaires et agents de s&eacute;curit&eacute; isra&eacute;liens dans le territoire palestinien occup&eacute;.<br /><br />Bien que de telles "n&eacute;gociations" ne soient pas rares dans les situations d'occupation militaire au lendemain d'une guerre (Azoulay 2018), compte tenu de la mani&egrave;re dont le contr&ocirc;le d'Isra&euml;l sur le TPO est structur&eacute;, il est plus plausible que les violences sexuelles contre les Palestiniens prennent la forme d'une extorsion. La nouvelle "Income Tax, Ramallah" (2019) de Rela Mazali en est une illustration poignante. Elle relate un t&eacute;moignage que son compagnon lui a r&eacute;v&eacute;l&eacute; sur ce dont il a &eacute;t&eacute; t&eacute;moin pendant son service de r&eacute;serve, peu avant la premi&egrave;re intifada et lorsqu'Isra&euml;l a commenc&eacute; &agrave; taxer les Palestiniens vivant dans les territoires occup&eacute;s. Le t&eacute;moignage r&eacute;v&egrave;le comment un Palestinien qui ne pouvait pas payer les imp&ocirc;ts de sa famille s'est vu proposer d'emmener ses deux filles avec lui et d'&ecirc;tre d&eacute;barrass&eacute; de sa dette en &eacute;change. Les supplications de l'homme n'ont servi &agrave; rien. La fois suivante, il s'est pr&eacute;sent&eacute; accompagn&eacute; de l'une de ses filles. Les soldats ont alors rapidement annonc&eacute; qu'ils faisaient une pause et qu'ils ne recevraient personne. Ils sont all&eacute;s avec la femme derri&egrave;re un rideau, et la pause ne s'est termin&eacute;e qu'apr&egrave;s que les deux sont sortis. Le partenaire de Mazali lui a dit qu'il n'avait r&eacute;alis&eacute; ce qui s'&eacute;tait pass&eacute; qu'une fois que le premier &eacute;tait sorti en boutonnant son pantalon.<br /><br />L'histoire de Mazali n'est pas seulement un t&eacute;moignage de viol et d'extorsion qui n'a &eacute;t&eacute; d&eacute;pos&eacute; dans aucune organisation de d&eacute;fense des droits de l'homme. Il illustre &eacute;galement la mani&egrave;re dont la violence sexuelle, le viol dans ce cas, est int&eacute;gr&eacute; dans la bureaucratie de l'occupation qui traque les Palestiniens et s'assure - peut-&ecirc;tre, en particulier dans les cas o&ugrave; la force physique n'a pas &eacute;t&eacute; utilis&eacute;e - qu'un tel &eacute;v&eacute;nement est plus susceptible d'&ecirc;tre enterr&eacute; que d'&ecirc;tre rapport&eacute;. Consciente de l'affirmation selon laquelle les violences sexuelles commises par l'&Eacute;tat isra&eacute;lien sont rares, Mazali (2020) pose la question suivante : "Comment se fait-il [...] que nous n'ayons pas de t&eacute;moignages &agrave; l'ONU?comment se fait-il que nous n'ayons aucun t&eacute;moignage ou du moins presque aucun t&eacute;moignage sur le viol de femmes palestiniennes par ceux qui appliquent l'occupation?" Elle affirme que "nous n'avons aucune bonne raison de croire que de telles choses ne se produisent pas ici. Au contraire, nous avons de tr&egrave;s bonnes raisons, bien fond&eacute;es, de croire que c'est le cas", nous rappelant que l'absence de t&eacute;moignages ne devrait qu'accro&icirc;tre notre m&eacute;fiance &agrave; l'&eacute;gard des m&eacute;canismes de r&eacute;duction au silence qu'Isra&euml;l cr&eacute;e et entretient.<br /><br />Pour que la raret&eacute; soit confirm&eacute;e (ou r&eacute;fut&eacute;e), nous devons trouver des relations sociales plus appropri&eacute;es et comparables. Dans le contexte sp&eacute;cifique du viol et d'autres formes de violence sexuelle contre les Palestiniens, je voudrais sugg&eacute;rer que nous pouvons en apprendre davantage en comparant la situation des Palestiniens vivant dans le TPO &agrave; celle des femmes qui vivent dans la pauvret&eacute; et d&eacute;pendent des pensions de l'&Eacute;tat et des logements sociaux - une position qui accorde un grand pouvoir au greffier qui administre les demandes de ces femmes et les rend plus vuln&eacute;rables &agrave; l'extorsion sexuelle (Lavee et Benjamin 2017; Cohen Benloulou 2017). La recherche sur la sextorsion montre que, bien que ce ph&eacute;nom&egrave;ne se retrouve dans diff&eacute;rents secteurs du monde du travail, les personnes qui vivent dans la pauvret&eacute; et qui n'ont pas de contrat de travail sont plus vuln&eacute;rables &agrave; la sextorsion (Eld&eacute;n et al. 2020; Bhatt et al. 2017). Au-del&agrave; du lieu de travail, l'abus de pouvoir et l'accord de contrepartie &eacute;tant deux des conditions de la sextorsion au m&ecirc;me titre que la coercition psychologique (van Heugten et al. 2021), les personnes marginalis&eacute;es, les personnes vivant dans la pauvret&eacute;, les immigr&eacute;s et les demandeurs d'asile, ainsi que les minorit&eacute;s racialis&eacute;es, sont beaucoup plus sensibles &agrave; la sextorsion car elles se trouvent plus souvent dans des situations de d&eacute;pendance qui ne permettent que tr&egrave;s peu de man&oelig;uvres (Oliveri 2018). L'autorit&eacute; est un &eacute;l&eacute;ment crucial car elle donne &agrave; l'auteur de l'infraction un moyen de pression sur la base duquel il peut constituer l'&eacute;quation quid pro quo. En outre, c'est &eacute;galement la composante quid pro quo de la sextorsion et l'utilisation de la coercition psychologique (Eld&eacute;n et al. 2020; Hlongwane 2017; Raab 2017) qui augmentent la difficult&eacute; &agrave; divulguer l'&eacute;v&eacute;nement parce que la victime est consid&eacute;r&eacute;e comme une partie &agrave; un accord, quelqu'un qui a accept&eacute; de "donner" son corps en &eacute;change d'un droit, d'un grade, d'un emploi, d'un acc&egrave;s &agrave; un avantage quelconque (Eld&eacute;n et al. 2020; Feigenblatt 2020). Dans ces situations de pr&eacute;carit&eacute; et de d&eacute;pendance accrues, les femmes ont souvent int&eacute;r&ecirc;t &agrave; se taire. Le fait de s'exprimer peut conduire &agrave; la r&eacute;vocation de leurs droits et &agrave; la condamnation de leur communaut&eacute;. Il ne fait aucun doute qu'il existe des diff&eacute;rences flagrantes entre ces cas et la subordination des Palestiniens au contr&ocirc;le isra&eacute;lien dans le territoire palestinien occup&eacute;, qu'il soit civil ou militaire. Pourtant, la structure du pouvoir, la centralit&eacute; de la bureaucratie et la d&eacute;pendance totale &agrave; l'&eacute;gard de documents qui peuvent &ecirc;tre accord&eacute;s ou confisqu&eacute;s sans responsabilit&eacute; ni transparence r&eacute;v&egrave;lent cette proximit&eacute; et illustrent comment la distinction entre les temps de guerre et les temps de paix oriente faussement nos cadres comparatifs.<br /><br />Lorsqu'elles sont li&eacute;es &agrave; des relations de d&eacute;pendance, les victimes s'exposent &agrave; des risques si elles d&eacute;cident de s'exprimer. Tant qu'ils sont contraints de vivre comme des subordonn&eacute;s, nous ne pouvons pas attendre des Palestiniens qu'ils se sentent suffisamment en s&eacute;curit&eacute; pour s'exprimer. Pour cela, il faut mettre un terme &agrave; ces relations de d&eacute;pendance. En attendant, nous devons nous garder de consid&eacute;rer le silence comme une preuve de l'inexistence ou de la raret&eacute; de ces ph&eacute;nom&egrave;nes et, par cons&eacute;quent, de r&eacute;duire davantage les victimes au silence en rendant leurs traumatismes plus invisibles.<br /><br />Conclusions : Voir le viol<br /><br />Le viol, contrairement &agrave; Dieu ou &agrave; l'id&eacute;e du bien, "n'appartient pas &agrave; la classe des objets qui sont pr&eacute;sents dans le discours, mais dont la pr&eacute;sence n'est pas un objet du regard" (Azoulay 2008 : 205). Bien qu'il n'ait pas de t&eacute;moins, c'est un &eacute;v&eacute;nement qui, en principe, peut &ecirc;tre vu. En tant que tel, il est "parl&eacute; comme un objet visible". Cependant, "la visibilit&eacute; du viol est plus proche de celle d'une id&eacute;e qui ne peut &ecirc;tre saisie par les sens". (Azoulay 2008 : 205-206). C'est comme s'il &eacute;tait inaccessible au regard. Pris dans un &eacute;pais filet d'images superpos&eacute;es qui sont rarement l'image du viol lui-m&ecirc;me, le viol est toujours sujet &agrave; interpr&eacute;tations, &agrave; la question de savoir si ce qui s'est pass&eacute; est bien cela et pas autre chose.<br /><br />La facilit&eacute; avec laquelle les plaintes pour viol sont rejet&eacute;es n'est certainement pas li&eacute;e uniquement &agrave; son apparente invisibilit&eacute;, mais aussi &agrave; l'aspect sexuel de cette violence, qui permet - m&ecirc;me lorsque nous disposons d'une image ou d'une documentation sur le viol - de douter que ce que nous voyons est effectivement un acte forc&eacute; ou un simple acte sexuel. Cela est li&eacute; &agrave; la fa&ccedil;on dont nous comprenons le consentement, &agrave; la mesure dans laquelle nous consid&eacute;rons que les corps font partie de l'ordre de la marchandise et de l'&eacute;change, &agrave; la fa&ccedil;on dont nous comprenons la violence et &agrave; l'appartenance et au statut sp&eacute;cifiques de la victime. Ces facteurs d&eacute;terminent si leur t&eacute;moignage sera pronon&ccedil;able et entendu, rendent leurs paroles plus ou moins cr&eacute;dibles et positionnent leur corps comme plus ou moins violable et p&eacute;n&eacute;trable. Parall&egrave;lement &agrave; la question de la visibilit&eacute; - non seulement le fait de savoir si nous pouvons le voir, mais aussi ce que nous voyons lorsqu'il est visible - ces facteurs enferment le viol &agrave; un niveau esth&eacute;tique et &eacute;pist&eacute;mologique qui nous oblige &agrave; rechercher des outils qui nous aideraient &agrave; identifier le viol et d'autres formes de violence sexuelle m&ecirc;me lorsqu'ils sont hors de vue.<br /><br />Prenons, par exemple, l'histoire de Rasmea Odeh, organisatrice communautaire et militante politique palestinienne. Arr&ecirc;t&eacute;e en 1969, "elle a subi vingt-cinq jours d'interrogatoire ininterrompu nuit et jour, au cours desquels elle a &eacute;t&eacute; battue, viol&eacute;e et a assist&eacute; &agrave; la torture d'autres prisonniers, y compris l'administration de chocs &eacute;lectriques dans les organes g&eacute;nitaux" (Khader 2017 : 63). Ces tortures pr&eacute;sum&eacute;es l'ont bris&eacute;e au point d'accepter d'avouer son implication dans l'attentat &agrave; la bombe contre un supermarch&eacute;. Lib&eacute;r&eacute;e en 1979 dans le cadre d'un &eacute;change de prisonniers isra&eacute;lo-palestiniens, elle finit par immigrer aux &Eacute;tats-Unis en 1994. En 2013, elle a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;e pour fraude &agrave; l'immigration. On lui a propos&eacute; de plaider coupable, mais elle a refus&eacute;, esp&eacute;rant que le proc&egrave;s serait l'occasion pour elle de t&eacute;moigner publiquement de ce qu'elle avait endur&eacute; dans la prison isra&eacute;lienne. Cette opportunit&eacute; a &eacute;t&eacute; interrompue par le tribunal, qui a circonscrit son t&eacute;moignage, ne l'autorisant pas &agrave; mentionner les tortures all&eacute;gu&eacute;es tout en permettant &agrave; l'accusation de pr&eacute;senter la condamnation d'Odeh par l'arm&eacute;e isra&eacute;lienne, y compris les aveux sign&eacute;s. Elle a &eacute;t&eacute; d&eacute;clar&eacute;e coupable mais a finalement b&eacute;n&eacute;fici&eacute; d'un nouveau proc&egrave;s. Peu avant le d&eacute;but de ce proc&egrave;s, elle a &eacute;t&eacute; inculp&eacute;e de deux chefs d'accusation suppl&eacute;mentaires pour participation &agrave; une activit&eacute; terroriste et pour n'avoir pas d&eacute;clar&eacute; son association avec le Front populaire de lib&eacute;ration de la Palestine. &Agrave; l'approche de la date du proc&egrave;s, il est devenu &eacute;vident qu'elle n'avait aucune chance. Pour &eacute;viter l'emprisonnement, elle a sign&eacute; un accord de plaidoyer et a &eacute;t&eacute; expuls&eacute;e des &Eacute;tats-Unis.<br /><br />Bien qu'Odeh ait t&eacute;moign&eacute; devant un comit&eacute; sp&eacute;cial de l'ONU apr&egrave;s sa lib&eacute;ration en 1979 des tortures qu'elle pr&eacute;tend avoir subies aux mains des interrogateurs isra&eacute;liens (Khader 2017 : 64), son traumatisme, les violences qui lui ont &eacute;t&eacute; inflig&eacute;es et les tortures sexuelles qu'elle a endur&eacute;es sont tous int&eacute;gr&eacute;s dans une confession qui lui a &eacute;t&eacute; arrach&eacute;e par la force. Elle est pi&eacute;g&eacute;e dans "une boucle coloniale de d&eacute;placement" qui impose l'invisibilit&eacute; aux autres personnes redout&eacute;es et p&eacute;nalise "toute visibilit&eacute; &eacute;chapp&eacute;e" (Ghanayem 2019 : 73, 86). Son histoire clarifie le fait que la visibilit&eacute; ou l'audibilit&eacute; ne sont pas suffisantes. Comme l'a montr&eacute; Hedi Viterbo (2014), la visualisation peut, en fait, travailler &agrave; dissimuler ce qu'elle capture. Dans le cas de la torture, l'existence de preuves visuelles conduit &agrave; les privil&eacute;gier par rapport aux t&eacute;moignages oraux. La fiabilit&eacute; de ces derniers est alors souvent remise en question. Les preuves visuelles d&eacute;contextualisent la torture, d&eacute;tournant la culpabilit&eacute; vers ceux qui pratiquent la torture tout en marginalisant deux formes cruciales de violence : la violence de repr&eacute;sentation et la violence juridique. Alors que la premi&egrave;re vise &agrave; "contr&ocirc;ler l'(in)visibilit&eacute; de la torture" par le secret et la destruction des preuves, la seconde recrute sa rh&eacute;torique dans le but de l&eacute;gitimer et de dissimuler la torture (Viterbo 2014 : 6).<br /><br />Dans le contexte du TPO examin&eacute; ici, l'organisation du contr&ocirc;le isra&eacute;lien, la limitation des mouvements des Palestiniens, la possibilit&eacute; de refuser l'acc&egrave;s &agrave; la terre d'une personne et les multiples points de friction cr&eacute;&eacute;s pour contr&ocirc;ler ces territoires - certains plac&eacute;s sur des routes r&eacute;elles, d'autres sur des chemins bureaucratiques - d&eacute;voilent tous l'assemblage spatial complexe qui construit et pr&eacute;serve la vuln&eacute;rabilit&eacute; et la victimisation des Palestiniens. Lorsqu'ils sont examin&eacute;s ensemble, ces facteurs - des &eacute;l&eacute;ments au sein du m&ecirc;me assemblage de pouvoir - ont le potentiel de minimiser l'attrait de la contestation de l'occurrence du viol, lui permettant d'&eacute;chapper aux contraintes des atrocit&eacute;s exceptionnelles et d'&ecirc;tre abord&eacute; comme un &eacute;v&eacute;nement banal dont la plausibilit&eacute; r&eacute;side avant tout dans la structure des relations de pouvoir et la mani&egrave;re dont elle r&eacute;git l'acc&egrave;s aux ressources et aux droits. Le viol est ainsi recompos&eacute; comme un acte violent dont les conditions de possibilit&eacute; et de spatialit&eacute; d&eacute;voilent les grandes marges et l'affranchissent par cons&eacute;quent de toute id&eacute;e, comparaison et repr&eacute;sentation pr&eacute;con&ccedil;ue.<br /><br />Ma compr&eacute;hension de la spatialit&eacute; est &eacute;galement temporelle. Il s'agit d'une spatialit&eacute; li&eacute;e &agrave; une temporalit&eacute; et &agrave; une histoire sp&eacute;cifiques, qui s'oppose &agrave; la compr&eacute;hension du viol et d'autres formes de violence sexuelle comme un ph&eacute;nom&egrave;ne immuable. Cela n'exclut pas n&eacute;cessairement les comparaisons ou les similitudes, mais cela exige de pr&ecirc;ter attention au viol et &agrave; la violence sexuelle en question dans un espace et un temps donn&eacute;s, con&ccedil;us par un certain ensemble de conditions d&eacute;finies par le contr&ocirc;le sp&eacute;cifique du r&eacute;gime examin&eacute;.<br /><br />Pour examiner le viol de cette mani&egrave;re, j'ai crois&eacute; l'affirmation selon laquelle le viol de femmes palestiniennes par des soldats isra&eacute;liens est un ph&eacute;nom&egrave;ne rare. Tout au long de mon analyse, j'ai trait&eacute; le viol et les autres formes de violence sexuelle comme une composante de la violence d'&Eacute;tat employ&eacute;e dans le contexte de l'occupation militaire en cours. Cela implique d'examiner les aspects sexosp&eacute;cifiques et raciaux de la violence d'&Eacute;tat et ses politiques d'(in)visibilit&eacute;, dans le cadre d'un r&eacute;gime militaire colonial et dans le contexte du colonialisme de peuplement. Cette approche s'appuie sur la compr&eacute;hension d'Anthias (2012, 2014) de l'intersectionnalit&eacute; en tant qu'outil heuristique exposant les fronti&egrave;res et les hi&eacute;rarchies au sein des "ar&egrave;nes soci&eacute;tales d'investigation" (2012). J'ai donc abord&eacute; la question de la violence sexuelle dans chaque cas analys&eacute; ici dans son contexte historique et spatial respectif, en tenant compte du fait que cette analyse peut, parfois, &eacute;loigner la violence sexuelle de la cat&eacute;gorie de la guerre et du conflit et la rapprocher d'autres positions soci&eacute;tales, telles que la d&eacute;pendance &agrave; l'&eacute;gard de l'aide sociale.<br /><br />Lorsqu'il est utilis&eacute; pour d&eacute;crypter une situation caract&eacute;ris&eacute;e par un maintien de l'ordre colonial, le cadre du viol en temps de guerre n&eacute;glige les relations de subordination qui sont mises en &oelig;uvre et soutenues par un r&eacute;seau bureaucratique qui rend les Palestiniens vuln&eacute;rables &agrave; l'extorsion par les branches civiles et militaires qui administrent le contr&ocirc;le isra&eacute;lien sur le territoire palestinien occup&eacute;. Comme je l'ai soutenu, si nous savons que des agents du Shin Bet extorquent des Palestiniens pour qu'ils servent d'informateurs en &eacute;change de permis de travail et d'entr&eacute;e (Berda 2012; Azoulay 2008; Cohen et Dudai 2005), qu'est-ce qui nous emp&ecirc;che de supposer la possibilit&eacute; que cette extorsion soit sexuelle? La capacit&eacute; d'extorsion est int&eacute;gr&eacute;e dans la structure du syst&egrave;me, et son omnipr&eacute;sence, ainsi que le recours d'Isra&euml;l &agrave; la punition collective, peuvent &eacute;galement fonctionner comme un m&eacute;canisme de r&eacute;duction au silence, rendant encore plus invisibles et non signal&eacute;s les actes de violence sexuelle.<br /><br />Pour comprendre la cause du faible nombre de t&eacute;moignages et de rapports r&eacute;v&eacute;lant les violences sexuelles commises par les forces de s&eacute;curit&eacute; isra&eacute;liennes &agrave; l'encontre des Palestiniens, nous devons nous int&eacute;resser aux structures de d&eacute;pendance qui r&eacute;duisent au silence. Comme nous l'avons montr&eacute; ailleurs (Sabbagh-Khoury 2010 : 177), bien que le r&eacute;gime militaire sur les Palestiniens vivant en Isra&euml;l ait &eacute;t&eacute; aboli en 1966, sa m&eacute;moire traumatique est toujours pr&eacute;sente chez les citoyens palestiniens d'Isra&euml;l, qui continuent &agrave; s'autocensurer. Nous ne pouvons qu'imaginer le niveau d'autocensure des Palestiniens qui vivent actuellement sous un r&eacute;gime militaire.<br /><br />Dans certaines situations, il ne suffit pas de s'appuyer sur les t&eacute;moignages des femmes pour contourner les contraintes positivistes de la loi. Parfois, il ne suffit pas de "croire les femmes" pour ne pas les r&eacute;duire au silence. Pour certaines femmes, pour certaines personnes, leur subordination, leur d&eacute;pendance &agrave; l'&eacute;gard de certaines institutions, les rel&egrave;gue dans des espaces d'invisibilit&eacute; et de silence. En tant que chercheurs, nous devons rendre ces espaces et ces exp&eacute;riences visibles tout en les prot&eacute;geant. Nous ne pouvons pas consid&eacute;rer le silence comme une preuve concluante qu'un crime n'a pas eu lieu. Au contraire, nous devrions &ecirc;tre attentifs &agrave; plus que des t&eacute;moignages clairs de d&eacute;lits sexuels juridiquement construits, pr&eacute;cis&eacute;ment dans les cas d'abus sexuels dans le contexte d'une occupation coloniale et colonisatrice permanente. Dans ces espaces, la peur collective du viol peut, en soi, &ecirc;tre r&eacute;v&eacute;latrice (Shalhoub-Kevorkian 1993). Elle ne nous servira peut-&ecirc;tre pas devant les tribunaux (bien que je pense qu'elle devrait le faire), mais elle devrait suffire &agrave; nous emp&ecirc;cher de consid&eacute;rer le contenu de ces peurs comme une raret&eacute;.<br /><br />Acknowledgment<br /><br />Dans ses premi&egrave;res &eacute;tapes, ce travail a &eacute;t&eacute; soutenu par la Ebelin and Gerd Bucerius Zeit-Stiftung. La version actuelle a b&eacute;n&eacute;fici&eacute; du soutien du programme Max Weber. Je remercie tout particuli&egrave;rement Smadar Ben Natan, Sarah Nouwen et Nadera Shalhoub-Kevorkian pour leurs r&eacute;flexions et conversations sur ce manuscrit. Je remercie &eacute;galement Laurie Anderson, Orly Benjamin, Efrat Ben-Shushan Gazit, Shai Gortler, Nicola Hargreaves, David Motzafi-Haller et les relecteurs pour leurs commentaires pertinents. Toute erreur est enti&egrave;rement de ma responsabilit&eacute;.<br /><br />Notes<br /><br />(1) Bien que Nits&aacute;n (2007) ne pr&eacute;tende pas qu'il n'y a pas d'incidents de violence sexuelle contre les femmes palestiniennes, elle consid&egrave;re ces incidents comme des "viols militaires symptomatiques" et non comme des "viols militaires intentionnels" (31). La distinction de Nits&aacute;n ressemble &agrave; la distinction plus r&eacute;pandue dans les &eacute;tudes de s&eacute;curit&eacute; et les relations internationales entre le "viol opportuniste" et le "viol en tant qu'arme de guerre". L'affirmation de Nits&aacute;n repose sur le pr&eacute;suppos&eacute; implicite que si le viol n'est pas syst&eacute;matique, il est &eacute;galement rare, compar&eacute; aux cas de viols &agrave; grande &eacute;chelle en temps de guerre.<br /><br />(2) La ligne verte d&eacute;limite la ligne de cessez-le-feu de l'accord d'armistice de 1949 entre Isra&euml;l et l'&Eacute;gypte, le Liban, la Jordanie et la Syrie, et marque les fronti&egrave;res d'Isra&euml;l avant 1967.<br /><br />(3) Le choix des th&egrave;mes et des m&eacute;thodes de l'article refl&egrave;te les objectifs de la recherche, la position, l'approche et l'acc&egrave;s &agrave; des documents et des sujets sensibles. D'autres sources peuvent &ecirc;tre disponibles pour &eacute;clairer les exp&eacute;riences v&eacute;cues par les Palestiniens, notamment des r&eacute;cits ethnographiques ou des donn&eacute;es d'entretiens. Ces sources n'entrent pas dans le cadre de cet article.<br /><br />(4) Le Shin Bet, &eacute;galement connu sous le nom de Service de s&eacute;curit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale, est responsable de la s&eacute;curit&eacute; int&eacute;rieure d'Isra&euml;l.<br /><br />(5) Sur le harc&egrave;lement sexuel et l'agression des femmes palestiniennes lors des perquisitions, voir Stein (1996).<br><br />R&eacute;f&eacute;rences<br /><br />Abu a-Rob, Ataf. 2003. &ldquo;Zeita: Border Police Officer Forces Man from &lsquo;Attil to Commit Sexual Act with a Donkey.&rdquo; B'Tselem, 26 June. https://www.btselem.org/testimonies/20030626_sexual_harassment_of_naziya_damiri_in_zeita_witness_a.<br /><br />Al Issa, Ferdoos Abed-Rabo, and Beck, Elizabeth. 2020. &ldquo;Sexual Violence as a War Weapon in Conflict Zones: Palestinian Women's Experience Visiting Loved Ones in Prisons and Jails.&rdquo; Affilia 36 (2): 167&ndash;181. https://doi.org/10.1177/0886109920978618<br /><br />Alison, Miranda. 2007. &ldquo;Wartime Sexual Violence: Women's Human Rights and Questions of Masculinity.&rdquo; Review of International Studies 33 (1): 75&ndash;90. https://doi.org/10.1017/S0260210507007310<br /><br />Anthias, Floya. 2012. &ldquo;Intersectional What? 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Curry (1)"Dans quelle mesure les attaques de Garza contre l'"h&eacute;t&eacute;ropatriarcat" et les "hommes noirs charismatiques" &eacute;taient-elles repr&eacute;sentatives de la communaut&eacute; noire au nom de laquelle elle s'exprimait? Serait-ce trop h&eacute;t&eacute;ro-patriarcal de ma part, me suis-je demand&eacute;, de sugg&eacute;rer qu'un ou deux hommes noirs ayant une exp&eacute;rience de l'oppression dans le syst&egrave;me de justice p&eacute;nale raciste de la nation devr [...] ]]></description><content:encoded><![CDATA[<span class='imgPusher' style='float:left;height:0px'></span><span style='display: table;width:auto;position:relative;float:left;max-width:100%;;clear:left;margin-top:0px;*margin-top:0px'><a><img src="http://www.laquestionnoire.com/uploads/1/3/6/9/136922629/tjcurryilnecomptepas_orig.jpg" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 10px; margin-left: 0px; margin-right: 10px; border-width:1px;padding:3px; max-width:100%" alt="Picture" class="galleryImageBorder wsite-image" /></a><span style="display: table-caption; caption-side: bottom; font-size: 90%; margin-top: -10px; margin-bottom: 10px; text-align: center;" class="wsite-caption"></span></span> <div class="paragraph" style="display:block;">Tommy J. Curry (1)<br /><br />"Dans quelle mesure les attaques de Garza contre l'"h&eacute;t&eacute;ropatriarcat" et les "hommes noirs charismatiques" &eacute;taient-elles repr&eacute;sentatives de la communaut&eacute; noire au nom de laquelle elle s'exprimait? Serait-ce trop h&eacute;t&eacute;ro-patriarcal de ma part, me suis-je demand&eacute;, de sugg&eacute;rer qu'un ou deux hommes noirs ayant une exp&eacute;rience de l'oppression dans le syst&egrave;me de justice p&eacute;nale raciste de la nation devraient partager un espace devant et au centre d'un mouvement qui se concentre surtout sur un &Eacute;tat policier et carc&eacute;ral qui cible avant tout les gar&ccedil;ons et les hommes noirs?"<br /><br />Paul Street, "What would the Black Panthers Think of Black Lives Matter ?" (&ldquo;Que penseraient les Black Panther du movement Black Lives Matter?&rdquo;) (2)<br /><br />&Agrave; l'automne 2016, j'ai &eacute;t&eacute; invit&eacute; &agrave; participer &agrave; une table ronde sur les vies noires dans une universit&eacute; du Midwest. Mon intervention portait sur les agressions sexuelles et les viols non reconnus dont sont victimes les hommes et les gar&ccedil;ons noirs aux mains de la police aux &Eacute;tats-Unis (Harris, 2016). Plus t&ocirc;t dans l'ann&eacute;e, un homme noir de trente-deux ans, Kevin Campbell, p&egrave;re de famille, a &eacute;t&eacute; victime d'une p&eacute;n&eacute;tration anale et d'une agression sexuelle de la part d'un policier blanc, Daniel Mack. M. Campbell a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; par le policier blanc parce que sa plaque d'immatriculation n'&eacute;tait pas visible. M. Campbell a expliqu&eacute; qu'il venait d'acheter un minivan pour sa femme et que la plaque d'immatriculation temporaire en papier &eacute;tait encore coll&eacute;e sur la fen&ecirc;tre (Catallo 2016). Cette explication n'a pas permis d'arr&ecirc;ter l'agression de Mack. Dans une vid&eacute;o de la fouille corporelle ill&eacute;gale, on entend M. Campbell crier &agrave; l'agent Mack : "Vous ne pouvez pas faire &ccedil;a. Pourquoi mettez-vous vos doigts dans mon cul? Pourquoi vous sentez ma merde?" L'agent Mack a viol&eacute; M. Campbell malgr&eacute; les supplications de ce dernier. M. Campbell a d&eacute;clar&eacute; que cela le hantait et que "c'&eacute;tait tr&egrave;s d&eacute;shumanisant. Ce qu'il a fait &eacute;tait inconstitutionnel, violait mes droits civils et me violait en tant qu'homme, un point c'est tout." Comme beaucoup d'hommes noirs, M. Campbell &eacute;tait &eacute;puis&eacute; par la peur. Il craignait qu'&agrave; tout moment, toute protestation physique contre une agression sexuelle puisse &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute;e comme une agression envers l&rsquo;agent de police et entra&icirc;ner sa mort. Ainsi, comme pour beaucoup d'autres hommes noirs, la conformit&eacute;, m&ecirc;me face &agrave; la violation sexuelle et au viol, est une strat&eacute;gie qui permet de sauver sa vie (PoliceCrime 2016).<br /><br />J'ai pr&eacute;sent&eacute; au public plusieurs autres cas d'hommes noirs victimes d'agressions sexuelles de la part de la police. J'ai mentionn&eacute; le cas de Coprez Coffie, qui a &eacute;t&eacute; sodomis&eacute; par voie anale par un policier blanc de Chicago nomm&eacute; Scott Korhonen en 2004 (England 2016). J'ai d&eacute;crit l'horreur v&eacute;cue par Abner Louima, viol&eacute; par un policier avec le manche d'une ventouse de salle de bain. J'ai racont&eacute; la douleur d'adolescents noirs, d'enfants, dont les parties g&eacute;nitales ont &eacute;t&eacute; tas&eacute;es, comme dans le cas d'Andre Little, ou pi&eacute;tin&eacute;es alors qu'ils &eacute;taient au sol, comme Darrin Manning (Watkins 2013 ; Younge 2014). Apr&egrave;s avoir racont&eacute; ces histoires, j'ai rappel&eacute; au public que ces cas de violence sexuelle et de p&eacute;n&eacute;tration anale (qui seraient consid&eacute;r&eacute;s comme des viols s'ils &eacute;taient mentionn&eacute;s &agrave; propos du corps d'une femme) &eacute;taient ignor&eacute;s et effac&eacute;s dans les discussions sur la violence polici&egrave;re &agrave; l'&eacute;gard des hommes et des gar&ccedil;ons noirs et remplac&eacute;s par l'id&eacute;e que la seule violence dont souffrent les hommes noirs aux &Eacute;tats-Unis est la mort aux mains d'un &laquo; justicier &raquo; (vigilate) blanc ou d'un autre homme noir.<br /><br />Comme on pouvait s'y attendre, personne dans l'auditoire ne connaissait les taux d'agressions sexuelles et de viols commis par la police. En fait, m&ecirc;me apr&egrave;s avoir explicitement document&eacute; que les hommes noirs repr&eacute;sentaient 248 des 258 morts parmi les Noirs am&eacute;ricains dans des fusillades mortelles avec la police en 2015 et 223 des 243 victimes de fusillades mortelles avec la police en 2016, les commentaires sur mon article ne disaient rien quant &agrave; savoir si mon interpr&eacute;tation des donn&eacute;es &eacute;tait correcte et montrait &agrave; la fois que les hommes noirs repr&eacute;sentaient bien plus de 90 % des victimes de violences polici&egrave;res mortelles et un nombre inconnu de victimes d'agressions sexuelles et de viols aux mains de la police, mais niaient que les abus sexuels sur les hommes noirs aient m&ecirc;me de l'importance. Le seul commentaire sur ma recherche &eacute;tait qu'&agrave; l'&egrave;re de Black Lives Matter (BLM), nous avons eu suffisamment de discussions sur les hommes noirs et que, par cons&eacute;quent, nous ne devrions pas parler d'eux comme &eacute;tant la majorit&eacute; des personnes tu&eacute;es par la police, m&ecirc;me si nous savons que c'est le cas, et qu&rsquo;en en outre [nous ne devions pas parler des hommes noirs] comme &eacute;tant des victimes de viol par la police, m&ecirc;me si nous ne savions pas que cela existait. J'ai exhort&eacute; les militants BLM et les universitaires &agrave; int&eacute;grer les services de sant&eacute; mentale et les protocoles de traitement des traumatismes pour les hommes et les gar&ccedil;ons noirs victimes de viols et d'agressions sexuelles aux mains de la police. Leur indiff&eacute;rence &eacute;tait stup&eacute;fiante. Le repr&eacute;sentant de BLM et les f&eacute;ministes intersectionnelles pr&eacute;sentes ont convenu tacitement que les hommes noirs ne devaient tout simplement pas &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme des victimes de violences mortelles ou sexuelles dans quelque discussion que ce soit, malgr&eacute; les preuves montrant que les hommes noirs sont plus expos&eacute;s que leurs homologues f&eacute;minines, compte tenu de la volont&eacute; politique de se concentrer sur les femmes et les filles noires.<br /><br />Black Lives Matter, comme tout autre groupe, articule sa vision politique autour de ses membres. Par cons&eacute;quent, l'accent mis sur les femmes noires, les Noirs queer et les Noirs transgenres, bien qu'immens&eacute;ment important pour comprendre la violence soci&eacute;tale, fausse l'interpr&eacute;tation de la violence contre les hommes et les gar&ccedil;ons noirs cis comme une simple question de racisme. Ce chapitre remet en question la strat&eacute;gie organisationnelle et l'historiographie de BLM. Dans la premi&egrave;re section, je soutiens que BLM adopte une strat&eacute;gie de classe qui r&eacute;duit au silence les organisateurs de la classe ouvri&egrave;re pauvre et &eacute;loigne l'activisme de BLM de la majorit&eacute; des victimes de la violence polici&egrave;re et de l'incarc&eacute;ration de masse, qui sont des hommes noirs. Dans la deuxi&egrave;me section, je soutiens que la campagne SayHerName et les th&eacute;ories universitaires associ&eacute;es qui influencent l'id&eacute;ologie organisationnelle de BLM ignorent d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment les agressions sexuelles commises par des policiers sur des hommes et des gar&ccedil;ons noirs. Je conclus par une r&eacute;flexion sur l'effacement des hommes noirs en tant que victimes sexuelles aux mains de la police et sur la mani&egrave;re dont le fait d'ignorer les hommes noirs en tant que victimes de viol sape toute tentative de traiter la violence polici&egrave;re. Je suis particuli&egrave;rement int&eacute;ress&eacute; par la fa&ccedil;on dont le concept d'invisibilit&eacute; dans la th&eacute;orie de l'intersectionnalit&eacute; est utilis&eacute; pour "d&eacute;centrer" l'oppression sexo-sp&eacute;cifique, le viol ou le traumatisme sexuel des hommes noirs au sein des coalitions politiques de BLM et des th&eacute;oriciennes f&eacute;ministes intersectionnelles.<br /><br />1. Le mod&egrave;le philanthropique capitaliste de Black Lives Matter.<br /><br />Pour de nombreux universitaires et militants, BLM a &eacute;t&eacute; interpr&eacute;t&eacute; comme un nouveau mouvement de d&eacute;fense des droits civiques (Edgar et Johnson 2018). Barbara Ransby explique que BLM est n&eacute; en 2013 en r&eacute;ponse au meurtre de Trayvon Martin en 2012 &agrave; Sanford, en Floride, et &agrave; l'assassinat par la police de Michael Brown en 2014 &agrave; Ferguson, dans le Missouri (2018). BLM est n&eacute; d'un hashtag partag&eacute; sur Twitter par Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi pour demander que les Noirs am&eacute;ricains soient trait&eacute;s comme des &ecirc;tres humains plut&ocirc;t que comme des corps jetables. Selon Barbara Ransby, ce mouvement s'est transform&eacute; en une v&eacute;ritable prise de conscience : "Il a p&eacute;n&eacute;tr&eacute; notre conscience et notre lexique, du sport professionnel aux heures de grande &eacute;coute, aux conseils d&rsquo;administration des grandes entreprises, et de tous les secteurs de l&rsquo;art (2018 : 1-2).<br /><br />En raison de son actualit&eacute; et de ses styles peu orthodoxes de leadership de coalition, BLM est souvent d&eacute;crit comme d&eacute;centralis&eacute; et est lou&eacute; pour son adaptabilit&eacute; ainsi que pour repr&eacute;senter la conscience politique &eacute;mergente des Black Millennials qui consid&egrave;rent les plateformes de m&eacute;dias sociaux et le discours anti-hi&eacute;rarchique du mouvement comme des &eacute;l&eacute;ments essentiels des programmes de justice sociale du XXIe si&egrave;cle. M&ecirc;me des philosophes comme Chris Lebron ont comment&eacute; cet aspect de BLM : "#BlackLivesMatter repr&eacute;sente un id&eacute;al qui motive, mobilise et informe les actions et les programmes de nombreuses branches locales du mouvement. &Agrave; l'image du fonctionnement d'une. franchise d'entreprise, moins le chiffre d'affaires et le profit, #BlackLivesMatter s'apparente &agrave; une marque de mouvement social qui peut &ecirc;tre reprise et d&eacute;ploy&eacute;e par tout groupe d'activistes int&eacute;ress&eacute;s et enclins &agrave; s'exprimer et &agrave; agir contre l'injustice raciale" (2017 : xii).<br /><br />Lebron sous-estime la rentabilit&eacute; de BLM au cours des derni&egrave;res ann&eacute;es et la relation sp&eacute;cifique &agrave; l'engagement des communaut&eacute;s noires pauvres que ce mode corporel implique. Pour le journaliste prim&eacute; Paul Street, la comparaison du mod&egrave;le militant des fondateurs de BLM, Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi, avec la politique de classe de Martin Luther King Jr. et Fred Hampton a mis en &eacute;vidence certaines pratiques troublantes d&rsquo;exploitation. Selon Street, BLM pratique un corporatisme qui semble plus int&eacute;ress&eacute; par "la valeur de la marque et l'identit&eacute; &eacute;troite que par la justice sociale" (2017). Depuis la cr&eacute;ation de BLM, les communaut&eacute;s noires de la classe ouvri&egrave;re se m&eacute;fient de la culture de c&eacute;l&eacute;brit&eacute; de BLM et sont bien conscientes de la violence extraordinaire qui serait exerc&eacute;e contre elles lorsque les cam&eacute;ras s'&eacute;teindraient. Les leaders de BLM ont fait leur carri&egrave;re en travaillant pour des organisations &agrave; but non lucratif. Ils n'&eacute;taient pas des activistes issus des communaut&eacute;s noires urbaines de mani&egrave;re &agrave; sugg&eacute;rer aux Noirs pauvres de la classe ouvri&egrave;re que BLM prendrait leurs int&eacute;r&ecirc;ts &agrave; c&oelig;ur ou comprendrait le type de violence et de coercition politique dont les Noirs pauvres des &Eacute;tats-Unis font l'exp&eacute;rience. Selon Street :<br /><br />"Black Lives Matter - fond&eacute; par trois activistes et collecteurs de fonds sans but lucratif de classe professionnelle (Garza, Cullors et Opal Tometi) qui entretiennent depuis longtemps des "liens &eacute;troits avec des entreprises, des fondations, des universit&eacute;s et des agences parrain&eacute;es par le gouvernement" - ne repr&eacute;sente pas une menace comparable pour l'ordre &eacute;tabli. Ses slogans habilement commercialis&eacute;s, "Black Lives Matter" (&laquo; Les vies noires comptent &raquo;) et "Hands Up, Don't Shoot" (&laquo;Haut les mains! Ne tirez pas! &raquo;), sont des reflets d&eacute;fensifs et p&acirc;les du "Black Power" (&laquo; pouvoir noir &raquo;) et du "Power to the People" (&laquo; pouvoir au peuple &raquo;). BLM n'a que peu, voire pas du tout, de relations de service directes avec les communaut&eacute;s noires pauvres au nom desquelles il s'exprime. La classe dirigeante am&eacute;ricaine, dont le syst&egrave;me capitaliste noir, qui est l'accoucheur historique du racisme moderne, n'est pas menac&eacute; par le BLM racialiste et capitaliste noir. Mais pour s'assurer que la col&egrave;re des Noirs reste dans des limites politiques s&ucirc;res, une branche critique et riche en argent de la richesse concentr&eacute;e a accept&eacute; l'ann&eacute;e derni&egrave;re de financer g&eacute;n&eacute;reusement le groupe et un nombre important de groupes politiques et de d&eacute;fense des int&eacute;r&ecirc;ts dirig&eacute;s par la classe moyenne noire qui se regroupent sous sa rubrique. (2017)"<br /><br />En tant que marxiste, Street insiste sur le fait que BLM est une plateforme soutenue par des entreprises qui commercialise des programmes capitalistes soutenant des plateformes politiques d&eacute;mocratiques et lib&eacute;rales sous le couvert du radicalisme noir. Les primaires d&eacute;mocrates de 2016 en sont un excellent exemple. Bernie Sanders et ses partisans ont &eacute;t&eacute; attaqu&eacute;s &agrave; plusieurs reprises par BLM, qui les a accus&eacute;s de ne pas pr&ecirc;ter attention aux brutalit&eacute;s polici&egrave;res et au racisme anti-Noirs aux &Eacute;tats-Unis. Il a &eacute;t&eacute; le seul candidat d&eacute;programm&eacute; par BLM, tandis qu'Hillary Clinton et la Convention nationale d&eacute;mocrate ont &eacute;t&eacute; autoris&eacute;es &agrave; rencontrer BLM et &agrave; incorporer les slogans de BLM dans leur strat&eacute;gie &eacute;lectorale (Lind 2015 ; Street 2017). Clinton et la Convention nationale d&eacute;mocrate ont m&ecirc;me adopt&eacute; des r&eacute;solutions soutenant BLM. En 2016, la Convention nationale d&eacute;mocrate a invit&eacute; sur sc&egrave;ne les m&egrave;res noires de gar&ccedil;ons noirs morts pour montrer leur solidarit&eacute; avec BLM (Friedersdorf 2015 ; Seitz-Ward 2015). Malgr&eacute; les dommages caus&eacute;s aux hommes et aux gar&ccedil;ons noirs par la loi sur la criminalit&eacute; et les politiques &eacute;conomiques d'Hillary et de Bill Clinton, les m&egrave;res des gar&ccedil;ons noirs d&eacute;c&eacute;d&eacute;s qui ont inspir&eacute; les manifestations contre les brutalit&eacute;s polici&egrave;res et la violence de l'&Eacute;tat ont massivement soutenu le programme et la candidature d'Hillary Clinton (Alexander 2016).<br /><br />Prenant soin de se distancer de l'affirmation marxiste implicite selon laquelle la race est &eacute;piph&eacute;nom&eacute;nale ou secondaire par rapport &agrave; la r&eacute;alit&eacute; objective de la classe, le sociologue Tamari Kitossa &eacute;crit ce qui suit :<br /><br />"Street soul&egrave;ve des questions sur le pedigree radical de BLM et sur la mani&egrave;re complexe dont il devient le cadre dominant des mouvements de r&eacute;sistance des Noirs. Alors qu'avant l'&eacute;mergence de BLM, les organisations locales de base [de terrain] contestaient et protestaient sans attirer l'attention des m&eacute;dias, la situation a chang&eacute; lorsque BLM est devenu le visage public du nouveau mouvement pour les droits civiques. Sa principale distinction r&eacute;side dans le fait qu'il centre explicitement la politique queer sur une variante &eacute;trange du capitalisme noir et du tribalisme racial. L'organisation officielle de BLM s'est associ&eacute;e &agrave; la OneUnited Bank pour lancer, en f&eacute;vrier 2017, une carte de cr&eacute;dit Black Lives Matter. Les dirigeants de BLM insistent sur le fait que les Blancs n'ont aucun r&ocirc;le &agrave; jouer dans la lutte pour la lib&eacute;ration des Noirs, de sorte que la solidarit&eacute; de classe, telle que la pr&eacute;conise Fred Hampton, n'est pas &agrave; prendre en consid&eacute;ration. Plus r&eacute;cemment, Garza et co., ont re&ccedil;u cent millions de dollars de la Fondation Ford &agrave; distribuer &agrave; diverses organisations communautaires qui ont &eacute;t&eacute; valid&eacute;es, dont certaines sont dirig&eacute;es par des leaders de l'organisation BLM. (2019 : 92)"<br /><br />Kitossa soutient que l'entra&icirc;nement capitaliste exacerbe un obstacle de classe &agrave; l'activisme social de masse et &agrave; la conscience r&eacute;volutionnaire : "BLM USA op&egrave;re depuis le point de vue du capitalisme philanthropique noir et, de ce fait, est en contradiction avec la r&eacute;sistance organique de nombreuses communaut&eacute;s afro-am&eacute;ricaines telles que Ferguson" (2019 : 101). La volont&eacute; corporatiste de BLM transforme les Noirs am&eacute;ricains pauvres en marchandises, en produits consomm&eacute;s par le public blanc lib&eacute;ral. Parce que BLM travaille &agrave; partir d'une logique sectaire, son analyse sociopolitique bas&eacute;e sur la classe et sa capacit&eacute; &agrave; prendre en compte la d&eacute;shumanisation de membres sp&eacute;cifiques de la communaut&eacute; noire bas&eacute;e sur le genre, l'affectation de classe et l'id&eacute;ologie politique sont limit&eacute;es.<br /><br />La cr&eacute;ation de BLM s'est accompagn&eacute;e d'une strat&eacute;gie nationale de marketing aupr&egrave;s de la communaut&eacute; noire. L'organisation a &eacute;t&eacute; vendue aux communaut&eacute;s noires pauvres et surexpos&eacute;es &agrave; la police comme une r&eacute;sistance populaire &agrave; l'&Eacute;tat policier et &agrave; la pauvret&eacute; urbaine. Elle affirme qu'il existe des politiques, des travestissements et des strat&eacute;gies politiques qui ne n&eacute;cessitent pas d'analyse de classe sp&eacute;cifique, mais qui s'adressent simplement &agrave; tous les Noirs par le biais de la noirceur. En r&eacute;sum&eacute;, il n'y a gu&egrave;re eu d'analyse de la mani&egrave;re dont les communaut&eacute;s noires de la classe ouvri&egrave;re pourraient &ecirc;tre compos&eacute;es de mani&egrave;re &eacute;conomiquement, culturellement ou politiquement diff&eacute;rente de celle de la plateforme de BLM. L'absence d'une analyse de classe au sein du mouvement permet un manque de r&eacute;flexivit&eacute; concernant les politiques noires qui en viennent &agrave; occuper le trope de la radicalit&eacute;. Comme l'&eacute;crit le journaliste Jon Jeter, "presque depuis sa cr&eacute;ation il y a quatre ans, la direction de BLM a &eacute;t&eacute; critiqu&eacute;e pour son manque d'analyse de classe. Cette absence a &eacute;t&eacute; soulign&eacute;e par les liens &eacute;troits de BLM avec des multinationales comme Google, des donateurs &agrave; but non lucratif comme la Fondation Ford, et des strat&eacute;gies pro-march&eacute; incompatibles avec une politique noire radicale" (2018). Plut&ocirc;t que de r&eacute;pondre aux probl&egrave;mes contextuels de racisme et de pauvret&eacute; qui peuvent diff&eacute;rer d'une r&eacute;gion ou d'une communaut&eacute; &agrave; l'autre, BLM a utilis&eacute; la vuln&eacute;rabilit&eacute; des communaut&eacute;s noires pauvres aux violences polici&egrave;res, &agrave; la pauvret&eacute; et &agrave; la marginalisation politique pour mettre en avant la souffrance des Noirs, et non pour l'att&eacute;nuer. Il n'y a pas eu d'investissement concret dans les communaut&eacute;s noires pauvres ou dans les centaines d'hommes et de gar&ccedil;ons noirs qui constituent la majorit&eacute; des ch&ocirc;meurs et des personnes les plus lourdement polic&eacute;es et incarc&eacute;r&eacute;es tout au long du mouvement (Alexander 2010).<br /><br />BLM s'est maintenant retir&eacute; de l'avant-sc&egrave;ne de la protestation sociale, laissant ces communaut&eacute;s se battre pour elles-m&ecirc;mes. Le retrait de BLM de communaut&eacute;s comme Ferguson a entra&icirc;n&eacute; des formes plus s&eacute;v&egrave;res de violence et de recours &agrave; la force contre ces communaut&eacute;s (Hansford 2019 ; Salter 2019). Black Agenda Report a r&eacute;cemment publi&eacute; un &eacute;ditorial de Tory Russell, un militant de Ferguson, qui analysait les cons&eacute;quences de la culture militante des c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s sur les Noirs pauvres qui restent marginalis&eacute;s et coup&eacute;s des r&eacute;seaux blancs lib&eacute;raux &eacute;tablis par des courtiers en activisme comme BLM, qui vendent la douleur de leur vie. Le militant de Ferguson, r&eacute;fl&eacute;chissant aux cinq derni&egrave;res ann&eacute;es depuis que Michael Brown a &eacute;t&eacute; abattu en 2014, explique :<br /><br />"Les contours r&eacute;els de la protestation, qui s'est transform&eacute;e en une v&eacute;ritable lev&eacute;e de boucliers, sont encore mal compris &agrave; ce jour. Les gens connaissent les bases. Ils connaissent le nom du policier (Darren Wilson) qui a appuy&eacute; sur la g&acirc;chette ; ils connaissent certains d'entre nous, militants et organisations. Et ils savent que Ferguson et ses habitants, imp&eacute;nitents et vertueux, ont donn&eacute; le coup d'envoi du "mouvement" tel que nous le connaissons. Mais la plupart d'entre eux ne savent pas &agrave; quel point le mouvement - sa suppression et sa marchandisation - a pes&eacute; sur nos vies, ni ce contre quoi nous nous battons encore aujourd'hui. Pour dire les choses cr&ucirc;ment, les gens ont cess&eacute; de s'en soucier &agrave; la seconde o&ugrave; le QuikTrip a cess&eacute; de br&ucirc;ler, avant m&ecirc;me que les cendres ne soient dispers&eacute;es par le vent. (Russell 2019)"<br /><br />Le retrait de la souffrance et de la violence impos&eacute;es &agrave; Ferguson a mis M. Russell et d'autres militants qui ont risqu&eacute; leur vie pour affronter la police qui patrouille sa communaut&eacute; en bien plus grand danger que les dirigeants de BLM. Il lutte contre la d&eacute;pression, l'anxi&eacute;t&eacute; et la peur des repr&eacute;sailles, mais surtout contre la d&eacute;ception d'un mouvement qui a utilis&eacute; la douleur de sa communaut&eacute; pour construire une marque. Selon cet activiste, leurs vies et, en fin de compte, leurs morts ont &eacute;t&eacute; transform&eacute;es en marchandises et vendues aux lib&eacute;raux blancs<br />comme s'il s'agissait d'un produit. Il explique :<br /><br />"Nous &eacute;tions dans les rues, tentant de construire notre r&eacute;cit, de partager nos v&eacute;rit&eacute;s, de gu&eacute;rir, de prot&eacute;ger et de construire notre Ferguson, tandis que nos soi-disant fr&egrave;res, s&oelig;urs et alli&eacute;s du mouvement construisaient leurs plateformes sur notre dos et redirigeaient les ressources vers leurs poches. Nous avons &eacute;t&eacute; forc&eacute;s de voir le mouvement se d&eacute;tourner des masses de Noirs activ&eacute;es par la mort de Mike et se concentrer principalement sur l'acceptation lucrative du courant dominant par les m&eacute;dias blancs et les bailleurs de fonds blancs. (Russell 2019)"<br /><br />Au lieu d'un monde d&eacute;sireux d'entendre les militants et les habitants de Ferguson qui ont souffert de la brutalit&eacute; draconienne de la police de Ferguson, Russell a fait l'exp&eacute;rience de la censure et de la mise &agrave; l'&eacute;cart des m&eacute;dias. "Notre capacit&eacute; &agrave; faire taire tout et n'importe quoi a fait de la grande majorit&eacute; d'entre nous un handicap dans les panels universitaires et les tables rondes t&eacute;l&eacute;vis&eacute;es. Ils ne pouvaient pas pr&eacute;voir ce que nous allions dire, selon les producteurs de t&eacute;l&eacute;vision avec lesquels je me suis entretenu en coulisses &agrave; de nombreuses reprises" (Russell 2019). Pendant que les universitaires vantaient leurs comp&eacute;tences radicales pour #BlackLivesMatter, les vies noires rendues jetables et silencieuses &eacute;taient oubli&eacute;es. La production acad&eacute;mique d'&eacute;tudes intersectionnelles radicales s'est poursuivie sans rel&acirc;che pendant des ann&eacute;es, tandis que les victimes r&eacute;elles de la trag&eacute;die de Ferguson restaient confin&eacute;es dans leur condition.<br /><br />La prise de conscience la plus tragique de M. Russell est peut-&ecirc;tre que le monde l'a r&eacute;duit au silence, lui et d'autres comme lui, parce qu'il n'appr&eacute;ciait pas sa voix, les messages qui glissaient sur ses l&egrave;vres comme des v&eacute;rit&eacute;s. On lui a dit que le monde serait autoris&eacute; &agrave; assister &agrave; sa mort et &agrave; celle de ses compagnons de lutte, mais qu'il ne devait pas parler. "Aujourd'hui encore, alors m&ecirc;me que plusieurs des militants de Ferguson ont &eacute;t&eacute; abattus et br&ucirc;l&eacute;s jusqu&rsquo;&agrave; la mort, ils sont dans leur tombe alors que certaines personnes qui pr&eacute;tendent aimer le peuple sont pass&eacute;es sur MSNBC sans m&ecirc;me mentionner leur nom. Certains d'entre nous ont d&ucirc; endurer des salles d'interrogatoire, tandis qu'ils sirotaient du th&eacute; dans des salles vertes" (Russell 2019).<br /><br />Ce n'est pas la premi&egrave;re fois que des militants locaux formulent cette critique &agrave; l'&eacute;gard du r&eacute;seau mondial de BLM. En juillet 2018, la branche de Cincinnati de BLM a quitt&eacute; l'organisation. Les militants de la branche de Cincinnati ont apport&eacute; des pr&eacute;cisions dans une lettre ouverte :<br /><br />"Nous ne pouvons plus utiliser ou nous identifier au nom Black Lives Matter - un cri de ralliement qui a encore un sens, m&ecirc;me s'il a &eacute;t&eacute; perverti par ceux qui en font une marque. La profondeur et l'ampleur de la trahison des luttes contre les brutalit&eacute;s polici&egrave;res et des familles qui se battent pour leurs proches sont trop importantes. Le glissement continu vers les politiques &eacute;lectorales et lib&eacute;rales du Parti d&eacute;mocrate et l'&eacute;loignement des id&eacute;es r&eacute;volutionnaires est trop important. Les cons&eacute;quences pour les personnes noires, brunes/color&eacute;es et pauvres sont trop importantes. (Harmon 2018)"<br /><br />L'exploitation des Noirs pauvres n'a rien de nouveau dans ce pays, mais ce qui fait de BLM un tel probl&egrave;me, c'est la complaisance de la classe universitaire noire dans l'appropriation du mouvement. Comme l'explique l'ancienne section de BLM Cincinati, aujourd'hui connue sous le nom de Mass Action for Black Liberation (Action de masse pour la lib&eacute;ration des Noirs) : "BLM n'a pas cr&eacute;&eacute; ou construit ce nouveau mouvement populaire contre les violences polici&egrave;res et les violences faites aux femmes. Ils ont capitalis&eacute; sur une vague de r&eacute;sistance sans nom qui a balay&eacute; la nation, l'ont fait leur, et ont profit&eacute; de la mort d'hommes et de femmes noirs dans tout le pays sans s'engager s&eacute;rieusement, en tant que formation nationale, &agrave; obtenir justice pour les familles qui se battent" (Harmon 2018). Parce que les Noirs pauvres ne sont pas consid&eacute;r&eacute;s comme capables de se repr&eacute;senter eux-m&ecirc;mes et de repr&eacute;senter leurs communaut&eacute;s, les intellectuels refusent d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment d'int&eacute;grer les personnes elles-m&ecirc;mes dans les structures et les syst&egrave;mes qui leur permettraient de se faire entendre et d'exprimer leur position.<br /><br />Le probl&egrave;me qui &eacute;merge du soutien des intellectuels noirs et blancs qui &eacute;crivent les r&eacute;cits l&eacute;gitimant l'activisme des c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s de BLM est celui de l'interpr&egrave;te. Zygmunt Bauman explique dans Legislators and Interpreters : On Modernity, Post-Modernity, and Intellectuals (&laquo; L&eacute;gislateurs et interpr&egrave;tes : sur la modernit&eacute;, la postmodernit&eacute; et les intellectuels &raquo;) : "la strat&eacute;gie typiquement post-moderne du travail intellectuel est celle qui se caract&eacute;rise le mieux par la m&eacute;taphore du r&ocirc;le d'"interpr&egrave;te". Elle consiste &agrave; traduire des d&eacute;clarations, faites dans le cadre d'une tradition communautaire, afin qu'elles puissent &ecirc;tre comprises dans le syst&egrave;me de connaissances fond&eacute; sur une autre tradition" (Bauman 1987 : 5). L'intellectuel en vient alors &agrave; re-pr&eacute;senter le groupe que Bauman appelle "les nouveaux pauvres" (ceux qui sont marginalis&eacute;s et soumis &agrave; la violence et &agrave; la r&eacute;pression) aux syst&egrave;mes de pouvoir et aux publics de mani&egrave;re &agrave; ce qu'ils puissent &ecirc;tre traduits comme quelque chose d'autre que les mis&eacute;rables et les jetables (1987 : 177). Les pauvres restent victimes d'une logique manag&eacute;riale et de la r&eacute;pression, de sorte que le pauvre racialis&eacute;, qui est une classe distincte de l'aspirant universitaire noir bourgeois, est expliqu&eacute; comme une cat&eacute;gorie de pr&eacute;f&eacute;rence politique - un sujet intersectionnel d'int&eacute;r&ecirc;t d&eacute;mocratique. Le lib&eacute;ral blanc peut voir l'image construite du pauvre noir. Il peut voir la femme noire queer, la femme noire h&eacute;t&eacute;rosexuelle, ces &eacute;lecteurs d&eacute;mocrates, l'homme/femme noir(e) transgenre, l'activiste noir(e), le f&eacute;ministe noir(e), parce que ce sont les entit&eacute;s politiques que les lib&eacute;raux am&eacute;ricains sont pr&ecirc;ts &agrave; reconna&icirc;tre. Ces circonscriptions ont &eacute;t&eacute; des publics de grande pr&eacute;occupation pour les candidats d&eacute;mocrates de 2020 et le parti dans son ensemble (McNamara 2019 ; Elliot 2019 ; Finnegan 2019). Il n'existe pas de tels appels politiques de la part des candidats d&eacute;mocrates pour les hommes noirs en particulier, malgr&eacute; leur surrepr&eacute;sentation en tant que ch&ocirc;meurs, d&eacute;tenus ou morts (Kinnard 2019). La classe intellectuelle noire cr&eacute;e donc ces entit&eacute;s &agrave; partir de la crudit&eacute; des corps et des chairs noirs qui sont m&eacute;connaissables dans les configurations du pouvoir &eacute;tatique et du savoir acad&eacute;mique. L'objet noir est cr&eacute;&eacute; pour que l'universitaire noir puisse le pr&eacute;senter au monde comme distant et distinct de lui-m&ecirc;me (Curry 2017 : 104-136).<br /><br />BLM a &eacute;t&eacute; r&eacute;compens&eacute; pour avoir &eacute;t&eacute; le repr&eacute;sentant des pauvres noirs, une classe<br />d'universitaires et d'activistes pour g&eacute;rer cette population marginale dont les lib&eacute;raux blancs cherchaient &agrave; se distancier. Le message corporatiste de BLM a &eacute;chapp&eacute; &agrave; la critique des universitaires et des faiseurs d'opinion noirs en partie &agrave; cause des sanctions sociales s&eacute;v&egrave;res que le d&eacute;saccord avec le mouvement entra&icirc;ne. Sous la couverture de la politique identitaire lib&eacute;rale, critiquer BLM peut conduire &agrave; l'exclusion du march&eacute; du travail, &agrave; des brimades et &agrave; des assassinats de personnalit&eacute;. M&ecirc;me les critiques de BLM pour ne pas avoir atteint ses objectifs explicitement d&eacute;clar&eacute;s peuvent d&eacute;clencher un certain nombre d'attaques sur les r&eacute;seaux sociaux et des appels &agrave; retirer des publications [d&eacute;favorables &agrave; BLM] (Szetela 2019 ; Rojas 2019 ; Zevallos 2019).<br /><br />Une autre explication de l'image de marque de BLM, qui ne met pas l'accent sur les d&eacute;c&egrave;s d'hommes noirs par rapport aux femmes noires et aux populations homosexuelles et transsexuelles noires, pourrait &eacute;galement &ecirc;tre le soutien des lib&eacute;raux blancs. Dans "Black Men, White Women, and Demands from the State : How Race and Gender Jointly Shape Protest Expectations and Legitimate State Response",&nbsp; (&laquo; Hommes noirs, femmes blanches et demandes de l&rsquo;Etat : comment<br />la race et le genre d&eacute;terminent conjointement les protestations et l&eacute;gitiment la r&eacute;ponse de l&rsquo;Etat &raquo;) Corrine McConnaughy (2017) affirme que le soutien que les lib&eacute;raux blancs sont pr&ecirc;ts &agrave; apporter aux mouvements de protestation peut &ecirc;tre d&eacute;termin&eacute; par la mani&egrave;re dont ils per&ccedil;oivent le mouvement comme violent et, dans le cas des mouvements noirs, par le soutien qu'ils apportent aux hommes noirs. S'appuyant sur son pr&eacute;c&eacute;dent article montrant que les st&eacute;r&eacute;otypes racistes &agrave; l'&eacute;gard des Noirs sont motiv&eacute;s par les st&eacute;r&eacute;otypes n&eacute;gatifs que les Blancs ont des hommes noirs, elle a constat&eacute; avec un coauteur que "ce sont les hommes noirs qui sont les plus susceptibles d'&ecirc;tre distingu&eacute;s des autres groupes de race et de sexe, et d'&ecirc;tre &eacute;valu&eacute;s de mani&egrave;re particuli&egrave;rement n&eacute;gative lorsqu'ils le sont". [Ils ont &eacute;galement constat&eacute; que ces &eacute;valuations n&eacute;gatives des hommes noirs semblent particuli&egrave;rement influencer les &eacute;valuations des Noirs en tant que groupe, ce qui sugg&egrave;re que les Blancs sont plus susceptibles d'&eacute;voquer leurs id&eacute;es sur les hommes noirs lorsqu'ils pensent aux Noirs en tant que groupe" (McConnaughy et White 2011 : 15).<br /><br />McConnaughy affirme que "le sentiment du public &agrave; l'&eacute;gard de la protestation est important non seulement parce qu'il permet d'influencer l'opinion publique sur une question politique, mais aussi, beaucoup plus fondamentalement, parce que le soutien du public &agrave; l'acte de protestation peut d&eacute;terminer la probabilit&eacute; de r&eacute;pression des militants par l'&Eacute;tat" (2017, p. 26). La perception que BLM<br />concerne les hommes noirs, et que les hommes noirs composent le mouvement,<br />associe le mouvement &agrave; plus de violence, plus d'agressivit&eacute; et moins d'intelligence dans l'esprit des Am&eacute;ricains blancs. Cela a des cons&eacute;quences sur la fa&ccedil;on dont les Am&eacute;ricains blancs sont capables de faire preuve d'empathie &agrave; l'&eacute;gard du mouvement et, plus important encore, sur le degr&eacute; de violence qu'ils acceptent de la part de l'&Eacute;tat &agrave; l'&eacute;gard des membres de BLM. Comme le conclut McConnaughy : "Le fait que Black Lives Matter concerne les hommes noirs, associ&eacute;s dans l'esprit des Am&eacute;ricains blancs &agrave; la violence, a des cons&eacute;quences : parmi les mesures de st&eacute;r&eacute;otypes, seuls les st&eacute;r&eacute;otypes sur les hommes noirs sont des pr&eacute;dicteurs significatifs de l'opposition au mouvement de protestation" (2017 : 26). En ce sens, le fait de pr&eacute;senter BLM comme un mouvement non violent, non centr&eacute; sur les hommes noirs h&eacute;t&eacute;rosexuels et dirig&eacute; par trois femmes noires lesbiennes permet d'accro&icirc;tre la sympathie et le soutien social &agrave; l'&eacute;gard du mouvement. Une &eacute;tude r&eacute;cente men&eacute;e par Ethan Zuckerman, sp&eacute;cialiste de l'&eacute;tude des m&eacute;dias, a r&eacute;v&eacute;l&eacute; que le "pic d'attention pour Black Lives Matter a eu lieu en juillet 2016, lorsque Michael Xavier Johnson a ouvert le feu sur la police de Dallas qui prot&eacute;geait les manifestants protestant contre la mort d'Alton Sterling et de Philando Castille" (Zuckerman et al. 2019). En d'autres termes, le seul incident d'un homme noir tuant des policiers &agrave; Dallas a &eacute;t&eacute; plus fortement<br />associ&eacute; &agrave; BLM que tous les meurtres de personnes noires signal&eacute;s plus souvent<br />depuis 2013 (Zuckerman et al. 2019). La relation de BLM avec les vies des hommes noirs a donc une cons&eacute;quence notable dans l'esprit des Blancs, associant BLM &agrave; la violence. Ce probl&egrave;me pourrait expliquer pourquoi Black Lives Matter Global Network ne mentionne pas que les hommes noirs sont les plus touch&eacute;s et de mani&egrave;re disproportionn&eacute;e par les brutalit&eacute;s polici&egrave;res, l'incarc&eacute;ration et la mort par rapport &agrave; d'autres groupes (Black Lives Matter Global Network 2019).<br /><br />M&ecirc;me si BLM a &eacute;t&eacute; reconnu internationalement comme une organisation<br />dirig&eacute;e par trois femmes queer, leur leadership n'a pas emp&ecirc;ch&eacute; les militants masculins noirs d'&ecirc;tre tu&eacute;s et poursuivis plus souvent que leurs homologues f&eacute;minins pour leur implication dans l'organisation. En 2017, les Am&eacute;ricains ont pris conscience de l'existence d'un programme du FBI visant les militants noirs<br />en tant que menaces terroristes nationales. Ce programme qualifiait les militants noirs luttant contre le racisme anti-noir d'"extr&eacute;mistes de l'identit&eacute; noire". En d&eacute;cembre 2017, M. Rakem Balogun est devenu la premi&egrave;re personne &agrave; &ecirc;tre arr&ecirc;t&eacute;e par le FBI pour extr&eacute;misme identitaire noir (Levin 2018 ; Speri 2019). La<br />croissance de BLM s'est accompagn&eacute;e d'une part disproportionn&eacute;e de d&eacute;c&egrave;s pour<br />les militants masculins noirs. Darren Seals, DeAndre Joshua et Darnel Johnson ont tous &eacute;t&eacute; tu&eacute;s pour leur activisme contre la violence polici&egrave;re &agrave; Ferguson (Kenney 2016). Et historiquement, les organisations dirig&eacute;es par des femmes &eacute;pargnent les hommes et les gar&ccedil;ons noirs de la violence mortelle. Selon l'historienne Robyn Spencer, m&ecirc;me lorsque les Black Panthers &eacute;taient dirig&eacute;s par des femmes, "les responsables de l'application de la loi ont adh&eacute;r&eacute; &agrave; des hypoth&egrave;ses g&eacute;n&eacute;riques sur le leadership lorsqu'ils ont d&eacute;termin&eacute; leurs cibles&hellip; Lorsque la police arr&ecirc;tait et tuait, elle avait tendance &agrave; rechercher des hommes, pensant que les hommes &eacute;taient les leaders" (2016 : 94). Mais r&eacute;cemment, une campagne m&eacute;diatique de grande ampleur a fait conna&icirc;tre le leadership de trois femmes noires au sein de BLM. Pourquoi alors les hommes noirs restent-ils les principales cibles de la violence meurtri&egrave;re de l'&Eacute;tat?<br /><br />Le d&eacute;centrage des hommes noirs au sein de BLM d&eacute;coule de ses engagements id&eacute;ologiques en faveur de l'intersectionnalit&eacute;, mais il est &eacute;galement profitable &agrave; l'organisation dans le cadre d'un complexe philanthropique blanc qui consid&egrave;re les hommes noirs comme des corps violents et irr&eacute;m&eacute;diables. Les st&eacute;r&eacute;otypes selon lesquels les hommes noirs sont des voyous et sont intrins&egrave;quement violents influencent la mani&egrave;re dont les Am&eacute;ricains blancs jugent la l&eacute;gitimit&eacute; ou l'ill&eacute;gitimit&eacute; de la violence &agrave; l'encontre des hommes et des gar&ccedil;ons noirs. Les mouvements politiques ax&eacute;s sur les hommes noirs aux &Eacute;tats-Unis offensent l'Am&eacute;rique blanche. La mort d'hommes et de gar&ccedil;ons noirs, ainsi que les mouvements politiques et leurs d&eacute;fis qui &eacute;mergent en r&eacute;ponse &agrave; la diabolisation des hommes noirs, ont conduit &agrave; la violence de l'&Eacute;tat, &agrave; la d&eacute;sinformation et aux assassinats du gouvernement, et &agrave; l'exil ou &agrave; l'emprisonnement d'hommes et de femmes noirs associ&eacute;s &agrave; ces organisations. Pour &eacute;viter ce sort, BLM s'est distanci&eacute; de la victimisation des hommes noirs en g&eacute;n&eacute;ral.<br /><br />L'activisme des c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s de BLM pouvait pr&eacute;tendument parler au nom de tous, alors que les victimes des violences polici&egrave;res n'&eacute;taient personne. BLM a proclam&eacute; qu'il apporterait l'humanit&eacute; aux mis&eacute;rables, mais n'a pas tenu ses promesses. Il a promis un acte de transsubstantiation, un acte semblable &agrave; la transformation de l'eau en vin, ou du n&egrave;gre en humain (Warren 2018). Sylvia Wynter a d&eacute;j&agrave; expliqu&eacute; comment les hommes noirs pauvres d'Am&eacute;rique sont des &ecirc;tres liminaux, jetables - aucun humain n'est impliqu&eacute;. En raison de cette d&eacute;shumanisation particuli&egrave;re, les hommes et les gar&ccedil;ons noirs pauvres ont &eacute;t&eacute; le tremplin des classes moyennes noires (Wynter 1992). Ils ont litt&eacute;ralement pay&eacute; de leur vie l'ascension sociale de l'Am&eacute;rique noire. Malheureusement, BLM a perp&eacute;tu&eacute; ce probl&egrave;me au lieu de l'arr&ecirc;ter.<br /><br />2. SayHerName et la logique de l'invisibilit&eacute; intersectionnelle<br /><br />BLM n'est pas une tabula rasa dans ses mod&egrave;les organisationnels de leadership. BLM a &eacute;t&eacute; r&eacute;solument r&eacute;actionnaire par rapport aux formes plus anciennes et plus radicales de r&eacute;sistance politique des Noirs. Les dirigeantes f&eacute;ministes de BLM ont d&eacute;clar&eacute; sans ambages que le mouvement &eacute;tait non-violent et intersectionnel, afin de le distinguer du Black Power d&eacute;cadent et des politiques d'autod&eacute;fense arm&eacute;e de la fin des ann&eacute;es 1960 et du d&eacute;but des ann&eacute;es 1970 (Garza 2014). L'appel &agrave; valoriser la vie des Noirs commence par le d&eacute;centrement paradigmatique de la pr&eacute;sence politique des hommes noirs, ou comme Garza (2014) le dit du mouvement : "Il va au-del&agrave; du nationalisme &eacute;troit qui peut pr&eacute;valoir au sein de certaines communaut&eacute;s noires, qui appellent simplement les Noirs &agrave; aimer les Noirs, &agrave; vivre en Noirs et &agrave; acheter noir, en gardant les hommes noirs cis h&eacute;t&eacute;rosexuels &agrave; l'avant du mouvement tandis que nos s&oelig;urs, les personnes queer, trans et handicap&eacute;es jouent des r&ocirc;les &agrave; l'arri&egrave;re-plan ou pas du tout." Garza d&eacute;peint la direction du mouvement comme &eacute;tant oppos&eacute;e &agrave; l'&egrave;re pr&eacute;c&eacute;dente pr&eacute;cis&eacute;ment en raison du r&ocirc;le des hommes noirs h&eacute;t&eacute;rosexuels dans les organisations politiques et l'organisation politique. Cela n'est pas si surprenant, &eacute;tant donn&eacute; la trajectoire th&eacute;orique de l'intersectionnalit&eacute; au d&eacute;but des ann&eacute;es 1990. La th&eacute;oricienne du droit Mari Matsuda &eacute;crit : "En coalition, nous sommes en mesure de d&eacute;velopper une compr&eacute;hension de ce que le professeur Kimberl&eacute; Crenshaw a appel&eacute; "l'intersectionnalit&eacute;"" (1991 : 1190-1191).<br /><br />Cependant, ces coalitions ne sont pas simplement une strat&eacute;gie objective pour le travail de lib&eacute;ration et d'anti-soumission. Le mod&egrave;le de coalition intersectionnelle est consid&eacute;r&eacute; comme oppos&eacute; et sup&eacute;rieur aux strat&eacute;gies "race first" des hommes noirs du milieu du vingti&egrave;me si&egrave;cle. Comme l'affirme Matsuda : "la raison la plus progressiste d'aller au-del&agrave; de la seule race est peut-&ecirc;tre que le racisme est mieux compris et combattu gr&acirc;ce aux connaissances acquises dans le cadre d'une lutte plus large contre la subordination. M&ecirc;me si l'on voulait vivre comme le vieux prototype de l'"homme de race", il n'est tout simplement pas possible de lutter contre le racisme seul et d'esp&eacute;rer mettre fin au racisme" (1991,p. 1191). En tant que th&eacute;orie politique, l'intersectionnalit&eacute; suppose une interpr&eacute;tation r&eacute;ductrice du militantisme noir et de l'activisme antiraciste des hommes noirs, o&ugrave; chaque leader charismatique noir se concentre uniquement sur la race et le racisme dans le but d'&eacute;tablir une virilit&eacute; patriarcale au d&eacute;triment de la lib&eacute;ration du genre ou de la classe (Crenshaw, 2016). Les hommes noirs deviennent des caricatures de la pens&eacute;e &agrave; axe unique, comme s'ils caract&eacute;risaient la race comme l'aspect d&eacute;terminant de la hi&eacute;rarchie sociale et de l'oppression des Noirs. Les consid&eacute;rations relatives &agrave; la sexualit&eacute;, &agrave; l'oppression &eacute;conomique et &agrave; l'imp&eacute;rialisme ne sont pas prises en compte, bien que ces sujets occupent une place centrale dans leurs &eacute;crits, leurs discours et leurs plateformes organisationnelles (Curry et Keheller 2015 ; Sawyer 2020).<br /><br />Soulignant l'entrisme &eacute;pist&eacute;mique de BLM, o&ugrave; l'identit&eacute; des militants et des &eacute;crivains est privil&eacute;gi&eacute;e en tant qu'expertise et autorit&eacute;, Szetela &eacute;crit : " La rh&eacute;torique et les images d&eacute;tournent l'attention r&eacute;flexive du fait que tous les probl&egrave;mes identitaires qui ont paralys&eacute; le nationalisme noir dans les ann&eacute;es 1960 - l'entrisme &eacute;pist&eacute;mologique, les proclamations de banquer [cr&eacute;er des banques noirs] et de voter noir, etc. restent pr&eacute;sents dans Black Lives Matter. Seulement, cette fois, les appels &agrave; "serrer les rangs" mettent l'accent sur les Noirs am&eacute;ricains qui ne sont pas des hommes cisgenres, h&eacute;t&eacute;rosexuels et valides" (Szetela 2019 : 19). La plus grande ironie d'un mouvement comme BLM, d&eacute;di&eacute; &agrave; la compr&eacute;hension de la violence polici&egrave;re et &eacute;tatique, est peut-&ecirc;tre que les militants, les th&eacute;oriciens et les &eacute;crivains du mouvement ne voient pas la n&eacute;cessit&eacute; d'apprendre de l'exp&eacute;rience des hommes noirs cis, qui restent la majorit&eacute; des personnes cibl&eacute;es et tu&eacute;es par la police et la violence &eacute;tatique extral&eacute;gale.<br /><br />En se fondant sur l'appel politique et les ressources acad&eacute;miques de SayHerName, BLM insiste sur le fait que les analyses et l'activisme contre la brutalit&eacute; polici&egrave;re se pr&eacute;occupent de la violence fond&eacute;e sur le genre que subissent les femmes noires, les personnes queer et les transgenres (Crenshaw et Ritchie 2015). Dans Say Her Name : Resisting Police Brutality against Black Women (&laquo; Dis son nom : r&eacute;sister &agrave; la violence polici&egrave;re contre les femmes noires &raquo;), Kimberl&eacute; Crenshaw et Andrea J. Ritchie soutiennent que "le fait de ne pas mettre en lumi&egrave;re et de ne pas exiger la reconnaissance des innombrables femmes noires tu&eacute;es par la police au cours des deux derni&egrave;res d&eacute;cennies [...] laisse les femmes noires sans nom et donc sans protection face &agrave; leur vuln&eacute;rabilit&eacute; continue &agrave; la violence polici&egrave;re racialis&eacute;e" (2015 : 1). Les f&eacute;ministes intersectionnelles ont affirm&eacute; que la reconnaissance des femmes noires tu&eacute;es n'est pas seulement honorifique, mais aussi r&eacute;paratrice. Crenshaw et Ritchie affirment que les mouvements pour la justice raciale se sont uniquement concentr&eacute;s sur les hommes noirs et, en tant que tels, ont "d&eacute;velopp&eacute; un cadre clair pour comprendre les meurtres d'hommes et de gar&ccedil;ons noirs par la police, en th&eacute;orisant les fa&ccedil;ons dont ils sont syst&eacute;matiquement criminalis&eacute;s et craints dans des contextes de classe disparates et quelles que soient les circonstances" (2015 : 1). Les femmes noires, affirment-elles, ne sont pas prises en compte dans la litt&eacute;rature et ne sont pas plac&eacute;es sous les yeux du public. "Les femmes noires qui sont profil&eacute;es, battues, agress&eacute;es sexuellement et tu&eacute;es par les forces de l'ordre sont remarquablement absentes de ce cadre, m&ecirc;me lorsque leurs exp&eacute;riences sont identiques. Alors que leurs exp&eacute;riences de la violence polici&egrave;re sont distinctes - fond&eacute;es de mani&egrave;re unique sur la race, le genre, l'identit&eacute; de genre et l'orientation sexuelle - les femmes noires restent invisibles" (2015 : 1).<br /><br />Crenshaw et Ritchie affirment que "la reconnaissance et l'analyse des liens entre la violence anti-Noirs contre les hommes, les femmes, les personnes transgenres et les personnes non conformes au genre r&eacute;v&egrave;lent des r&eacute;alit&eacute;s syst&eacute;miques qui passent inaper&ccedil;ues lorsque l'attention se limite exclusivement aux cas impliquant des hommes noirs non transgenres" (Crenshaw et Ritchie, 2015,p. 6). Toutefois, cette affirmation est trompeuse, car les hommes noirs sont confront&eacute;s aux m&ecirc;mes probl&egrave;mes qui, selon le rapport de l'AAPF (African American Policy Forum), sont v&eacute;cus uniquement par les femmes noires, les personnes noires queer et les personnes noires non binaires. En sugg&eacute;rant que le genre est invisible en raison de l'attention port&eacute;e aux hommes noirs cis et h&eacute;t&eacute;rosexuels, les f&eacute;ministes intersectionnelles maintiennent que la violence entre partenaires intimes, le viol et d'autres formes de violence sexuelle n'affectent pas les hommes noirs.<br /><br />Dans le rapport de l'AAPF, Crenshaw et Ritchie affirment que la d&eacute;centration des hommes noirs et l'inclusion de toutes les victimes noires d&eacute;montrent que la violence polici&egrave;re ne consiste pas &agrave; "r&eacute;parer les hommes noirs individuels et les mauvaises offres de la police" (2015 : 6), mais ne fournissent aucune preuve [d&eacute;montrant] que des universitaires ou des faiseurs d'opinion analysant la violence anti-Noirs et les hommes noirs avancent de tels arguments. Les sp&eacute;cialistes des sciences sociales sont tout &agrave; fait convaincus que les meurtres d'hommes noirs par des policiers sont motiv&eacute;s par une haine et une peur particuli&egrave;res des hommes noirs, consid&eacute;r&eacute;s comme des criminels et des d&eacute;linquants. Peut-&ecirc;tre que les auteurs supposent qu'ils peuvent changer les lib&eacute;raux blancs qui croient cela, mais si c'est le cas, ils n'ont apport&eacute; aucune preuve que le fait de se concentrer sur de multiples corps noirs qui ne sont pas noirs et masculins permettrait en fait de resocialiser les Blancs pour qu'ils ne craignent pas le groupe le plus disproportionnellement tu&eacute; et harcel&eacute; par la police.<br /><br />L'invisibilit&eacute; s'oppose &agrave; la reconnaissance et &agrave; la compr&eacute;hension dans la litt&eacute;rature sur SayHerName. Bien qu'il n'y ait pas de politiques ou de lois sp&eacute;cifiques propos&eacute;es pour rem&eacute;dier &agrave; la souffrance distincte des femmes noires, Crenshaw et Ritchie sugg&egrave;rent que "la solution &agrave; leur absence n'est pas complexe; les femmes noires peuvent &ecirc;tre relev&eacute;es &agrave; travers le mouvement par un engagement collectif &agrave; reconna&icirc;tre ce qui est juste en face de nous" (2015 : 5). En rendant visibles les cas de femmes noires tu&eacute;es et brutalis&eacute;es par la police, on esp&egrave;re que le cadre sera &eacute;largi. Comme l'&eacute;crivent Crenshaw et Richie, " le d&eacute;fi ici est d'&eacute;largir les cadres existants afin que cette violence soit &eacute;galement lisible pour les militants, les d&eacute;cideurs et les m&eacute;dias " (2015 : 5). L'appel &agrave; la reconnaissance dans une grande partie de cette litt&eacute;rature est quelque peu surprenant &eacute;tant donn&eacute; la d&eacute;signation sp&eacute;cifique de l'anti-noirceur et l'insistance sur une politique noire du vingt-et-uni&egrave;me si&egrave;cle (Garza 2012). Cet appel suppose qu'il y a un pouvoir dans le fait d'&ecirc;tre vu, et que le fait de saisir la souffrance de groupes raciaux sp&eacute;cifiques inspirera les d&eacute;cideurs politiques et les faiseurs d'opinion &agrave; s'attaquer aux in&eacute;galit&eacute;s soci&eacute;tales. Il s'agit d'une position empiriquement tenable, &eacute;tant donn&eacute; que les th&eacute;oriciens de l'intersectionnalit&eacute; affirment que la mort des hommes noirs retient toute l'attention et celle des femmes noires tr&egrave;s peu. Les th&eacute;oriciens intersectionnels ne fournissent aucune preuve que la plus grande attention port&eacute;e aux meurtres d'hommes noirs par la police, qui d&eacute;passent par centaines ceux des femmes noires, constitue une strat&eacute;gie viable pour sauver la vie des hommes noirs. Ils affirment que malgr&eacute; l'incapacit&eacute; de la reconnaissance &agrave; sauver les hommes et les gar&ccedil;ons noirs, la reconnaissance peut en effet sauver les femmes et les filles noires.<br /><br />Dans son ouvrage intitul&eacute; Invisible No More : Police Violence against Black Women and Women of Color (&laquo; La fin de l&rsquo;invisibilit&eacute; : la violence polici&egrave;re contre les femmes noires et les femmes de couleur &raquo;), Andrea Ritchie affirme que BLM, parall&egrave;lement aux efforts de SayHerName et du Black Woman's Blueprint, "a soulign&eacute; la n&eacute;cessit&eacute; d'int&eacute;grer les exp&eacute;riences des femmes dans les discussions sur les violences polici&egrave;res et d'&eacute;laborer des approches syst&eacute;matiques des abus sexuels commis par la police" (2017 : 219). Le rapport SayHerName s'inspire du document du Black Woman's Blueprint, &ldquo;Invisible Betrayal : Police Violence and the Rapes of Black Women in the United States&rsquo;&rsquo; (&laquo; Une trahison invisible : violence polici&egrave;re et viol des femmes noires aux Etats-Unis"), qui affirme que " pour les femmes noires aux &Eacute;tats-Unis en particulier, rendre pleinement compte de la mani&egrave;re dont leurs exp&eacute;riences d'agression sexuelle, ou de viol plus sp&eacute;cifiquement, constituent un acte de torture exige de comprendre le contexte historique et l'h&eacute;ritage institutionnel de l'esclavage, ainsi que le fardeau contemporain impos&eacute; aux victimes d'agressions sexuelles par la police " (2014). Dans tous les rapports, &eacute;ditoriaux et articles de chercheurs intersectionnels qui explorent l'invisibilit&eacute; des femmes noires et la violence de l'&Eacute;tat, le viol est consid&eacute;r&eacute; comme une forme de violence sp&eacute;cifiquement impos&eacute;e aux femmes noires. Selon la juriste Michelle S. Jacobs, "les hommes et les femmes noirs pouvaient &ecirc;tre tu&eacute;s, mutil&eacute;s selon la volont&eacute; de l'esclavagiste, sans que les personnes gravement bless&eacute;es ne b&eacute;n&eacute;ficient d'aucune r&eacute;paration ni d'aucun refuge. Certes, des hommes noirs ont &eacute;t&eacute; tu&eacute;s et mutil&eacute;s, tout comme des femmes noires, mais les femmes ont &eacute;galement &eacute;t&eacute; violemment viol&eacute;es et abus&eacute;es sexuellement par le d&eacute;tenteur d'esclaves et ses employ&eacute;s" (2017 : 44). Cette exclusion des hommes noirs des consid&eacute;rations sur la violence sexuelle et le viol montre qu'il existe un biais id&eacute;ologique qui motive les groupes consid&eacute;r&eacute;s comme des victimes et ce qui est consid&eacute;r&eacute; comme de la violence lorsqu'elle est per&ccedil;ue.<br /><br />BLM et leurs interlocuteurs intersectionnels proposent des affirmations anhistoriques sur la nature du viol et de l'agression sexuelle affectant singuli&egrave;rement les femmes noires, sans tenir compte de la vuln&eacute;rabilit&eacute; sexuelle et du viol des hommes noirs. Il est bien &eacute;tabli que les hommes noirs ont &eacute;t&eacute; victimes de viols et d'agressions sexuelles de la part d'hommes et de femmes blancs pendant l'esclavage et sous l&rsquo;&egrave;re Jim Crow (Foster 2011, 2019). Les hommes noirs ont &eacute;t&eacute; sodomis&eacute;s par voie anale, contraints de p&eacute;n&eacute;trer d'autres corps sous la menace de mort et ont subi des mutilations g&eacute;nitales dans le cadre de l'ordre racial am&eacute;ricain (Sweet 2003 ; Aidoo 2018). Contrairement &agrave; l'optique d&eacute;ploy&eacute;e par le f&eacute;minisme intersectionnel pour &eacute;valuer la violence sexuelle et le maintien de l'ordre, les hommes noirs ont &eacute;t&eacute; viol&eacute;s tout au long de l'histoire et sont r&eacute;guli&egrave;rement viol&eacute;s dans notre soci&eacute;t&eacute;, m&ecirc;me dans leurs propres communaut&eacute;s (Curry et Utley 2018). La diff&eacute;rence fondamentale entre le viol des hommes et des femmes noirs r&eacute;side dans le fait que, bien que les deux aient &eacute;t&eacute; et soient encore victimes de viol, seul l'homme noir est diabolis&eacute; en tant que violeur noir sauvage. Comme je l'ai soutenu pr&eacute;c&eacute;demment dans The Man-Not : Race, Class, Genre and the Dilemmas of Black Manhood (&laquo; L'homme qui n'est pas un : race, classe, genre et dilemmes de l&rsquo;humanit&eacute; de l&rsquo;homme noir &raquo;), l'histoire de la victimisation des hommes noirs aux mains de la police implique un &eacute;rotisme (homo) qui perdure depuis l'esclavage (Curry 2017). Alors que l'histoire du racisme am&eacute;ricain fournit de nombreux exemples d'hommes noirs viol&eacute;s et<br />agress&eacute;s sexuellement au cours des si&egrave;cles, les militants de SayHerName ont refus&eacute; de reconna&icirc;tre et d'inclure le viol et l'agression sexuelle des hommes noirs dans leurs analyses ou leur activisme. Parce que le genre exige une diff&eacute;rence entre les hommes et les femmes, BLM et SayHerName ont insist&eacute; sur le fait que la violence bas&eacute;e sur le genre comprend cette diff&eacute;rence et que, par cons&eacute;quent, elle n'affecte pas la mort des hommes noirs. Les hommes noirs ont &eacute;t&eacute; interpr&eacute;t&eacute;s principalement &agrave; travers leurs cadavres, et non &agrave; travers leur victimisation par la violence sexuelle.<br /><br />Le f&eacute;minisme intersectionnel affirme que les violences sexuelles subies par les femmes et les filles noires lors des interventions polici&egrave;res sont li&eacute;es &agrave; leur asservissement et &agrave; leur victimisation en tant que femmes. Comme le souligne le rapport SayHerName, les femmes noires sont &eacute;galement victimes d'agressions<br />sexuelles de la part de la police. Il souligne et condamne &agrave; juste titre les abus commis par des policiers &agrave; l'encontre de femmes noires, en particulier Daniel Holtzclaw et Ernest Marsalis, qui ont viol&eacute; des femmes et des filles noires sans encourir de sanctions s&eacute;v&egrave;res ni m&ecirc;me reconna&icirc;tre la nature syst&eacute;mique de ces abus (Crenshaw et Ritchie, 2015, p. 26). Mais les hommes noirs sont r&eacute;guli&egrave;rement victimes de viols commis par des policiers aux &Eacute;tats-Unis (Curry 2016). Plus r&eacute;cemment, dans le Tennessee, un homme noir a &eacute;t&eacute; sodomis&eacute; par voie anale et battu par le policier Daniel Wilkey lors d'une fouille ill&eacute;gale des cavit&eacute;s. Les blessures subies par Wilkey ont n&eacute;cessit&eacute; une intervention chirurgicale et une hospitalisation (Stack 2019). Les agressions sexuelles et les viols commis par des policiers &agrave; l'encontre d'hommes noirs sont un aspect normalis&eacute;, mais r&eacute;guli&egrave;rement ignor&eacute; du maintien de l'ordre. En f&eacute;vrier 2017, un homme noir r&eacute;pondant au nom de Theo a &eacute;t&eacute; viol&eacute; &agrave; l'aide d'une matraque extensible par des policiers fran&ccedil;ais &agrave; Aulnay-sous-Bois (Chrisafis 2017). Cet homme de vingt-deux ans a &eacute;t&eacute; maintenu au sol, battu et a subi des blessures au rectum si graves qu'elles ont n&eacute;cessit&eacute; une intervention chirurgicale d'urgence. Bien qu'elles aient eu lieu deux d&eacute;cennies plus tard, ces histoires sont tr&egrave;s similaires au viol d'Abner Louima. Le 9 ao&ucirc;t 1997, Abner Louima, un Ha&iuml;tien, a &eacute;t&eacute; agress&eacute; sexuellement par l'agent [de police] Justin Volpe dans un commissariat de police de Brooklyn. Volpe a forc&eacute; Louima &agrave; entrer dans les toilettes du commissariat, a saisi ses testicules, lui a donn&eacute; des coups de pied dans l'aine, puis l'a p&eacute;n&eacute;tr&eacute; par voie anale &agrave; l'aide d'une ventouse de salle de bains. Apr&egrave;s avoir viol&eacute; Louima, Volpe a exhib&eacute; la ventouse ensanglant&eacute;e dans le commissariat comme preuve de sa conqu&ecirc;te (Fried 1999). Les hommes noirs subissent d'&eacute;normes violences sexuelles de la part de la police, mais ils ne sont pas inclus ni m&ecirc;me mentionn&eacute;s comme victimes sexuelles par les militants BLM ou dans la litt&eacute;rature SayHerName. Comme nous l'avons d&eacute;j&agrave; mentionn&eacute;, on refuse m&ecirc;me de reconna&icirc;tre que ces agressions d'hommes noirs sont des viols.<br /><br />L'invisibilit&eacute;, en tant que concept intersectionnel, offre peu d'indications sur la mani&egrave;re de discerner ce qui doit ou ne doit pas &ecirc;tre ignor&eacute; dans la poursuite de la justice sociale. Par cons&eacute;quent, aucun crit&egrave;re propos&eacute; par la th&eacute;orie ou la politique intersectionnelle sous la nomenclature de la violence sexiste ou sexuelle n'est clair si l'on dit qu'il faut aussi tenir compte de la violence sexuelle dans les rencontres avec les policiers ou dans le cadre du racisme. Comme le montre la litt&eacute;rature susmentionn&eacute;e, ces appels &agrave; la reconnaissance ne font qu'affirmer les aspects les plus intuitifs de la violence, et pas n&eacute;cessairement les plus v&eacute;ridiques. Une grande partie de la th&eacute;orie intersectionnelle est rest&eacute;e indiff&eacute;rente aux r&eacute;sultats et aux avanc&eacute;es th&eacute;oriques des &eacute;tudes sur les masculinit&eacute;s, en particulier les travaux montrant comment les hommes noirs subissent une violence sexiste sp&eacute;cifique parce qu'ils sont des hommes (Mutua 2013 ; Curry 2017). S'appuyant sur une th&eacute;orie de la deuxi&egrave;me vague du genre de Catherine MacKinnon, qui affirme " la forme fig&eacute;e de la sexualisation de l'in&eacute;galit&eacute; entre les hommes et les femmes " (1987 : 6), l'intersectionnalit&eacute; sugg&egrave;re que la masculinit&eacute; forme une fronti&egrave;re entre certains types de violence - entre la violence genr&eacute;e et d'autres formes de violence (Crenshaw 2010). Ces id&eacute;es de genre et de patriarcat sont analytiquement fix&eacute;es sur la domination et le privil&egrave;ge des hommes par rapport aux femmes, ind&eacute;pendamment de leur position sociale &eacute;conomique, raciale ou ethnique, m&ecirc;me si peu de preuves historiques ou de sciences sociales &eacute;tablissent que tous les hommes profitent en fait davantage des divers syst&egrave;mes patriarcaux que les femmes de cette soci&eacute;t&eacute;. Les pr&eacute;somptions id&eacute;ologiques et historiques de la violence entre hommes et femmes sont essentielles pour comprendre ce qui constitue la violence fond&eacute;e sur le genre. Si les hommes sont imagin&eacute;s principalement, voire uniquement, comme des auteurs de violences sexuelles, ils ont tendance &agrave; ne pas &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme des victimes de violences sexuelles.<br /><br />Il est bien &eacute;tabli que les soci&eacute;t&eacute;s patriarcales occidentales tendent &agrave; l'&eacute;limination et &agrave; l'extermination syst&eacute;matique des groupes d'hommes racialis&eacute;s. Les travaux d'Errol Miller, d'Adam Jones, de Jim Sidanius et de Felicia Pratto ont montr&eacute; que, tout au long de l'histoire, les soci&eacute;t&eacute;s patriarcales ont impos&eacute; des sanctions plus s&eacute;v&egrave;res aux hommes racialis&eacute;s et leur ont inflig&eacute; une violence mortelle. La mise &agrave; l'&eacute;cart syst&eacute;matique des hommes noirs de la soci&eacute;t&eacute; a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; qualifi&eacute;e de d&eacute;cimation institutionnelle, le meurtre des hommes noirs, leur ch&ocirc;mage et leur incarc&eacute;ration ayant pour but de les maintenir en dehors de la soci&eacute;t&eacute; civile (Stewart et Scott, 1978). Cette critique de l'&eacute;chec de l'intersectionnalit&eacute; &agrave; consid&eacute;rer comment les taux plus &eacute;lev&eacute;s de violence polici&egrave;re, d'incarc&eacute;ration et d'homicide sont en fait des formes de violence sexiste ciblant les hommes noirs a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; formul&eacute;e auparavant; cependant, dans la th&eacute;orie intersectionnelle, ces disparit&eacute;s entre les sexes ont &eacute;t&eacute; th&eacute;oris&eacute;es comme du racisme et, par cons&eacute;quent, effacent les d&eacute;savantages sexosp&eacute;cifiques affectant les hommes et les gar&ccedil;ons noirs (Harris, 2000).<br /><br />Au lieu d'&ecirc;tre simplement une fonction des diff&eacute;rentes masculinit&eacute;s o&ugrave; certains hommes sont domin&eacute;s par d'autres hommes, Miller (1991, 1994, 2004), Jones (2000), et Sidanius et Pratto (1999) sugg&egrave;rent que le patriarcat, en tant que syst&egrave;me r&eacute;el, prosp&egrave;re en opprimant les hommes des groupes marginaux, ou les hommes racialis&eacute;s qui ne font pas partie des liens de parent&eacute; des groupes raciaux dominants. Pour ces auteurs, le patriarcat est un syst&egrave;me qui se nourrit de syst&egrave;mes de violence sexiste (brutalit&eacute; polici&egrave;re, incarc&eacute;ration de masse et violence mortelle) ou de pratiques de violence qui s&eacute;parent syst&eacute;matiquement de la soci&eacute;t&eacute; les hommes racialis&eacute;s qui ne font pas partie du groupe racial dominant.<br /><br />Alors que "les f&eacute;ministes caract&eacute;risent le patriarcat comme &eacute;tant principalement une structure misogyne anim&eacute;e par la haine et le m&eacute;pris des hommes pour les femmes ... la recherche empirique montre que le patriarcat est principalement associ&eacute; au paternalisme (c'est-&agrave;-dire &agrave; l'intersection de l'intention discriminatoire et de l'affect positif) plut&ocirc;t qu'&agrave; la misogynie" (Sidanius et Veniegas, 2000, p.48). La th&eacute;orie de la domination sociale ne sugg&egrave;re pas que les femmes ne sont pas opprim&eacute;es dans les soci&eacute;t&eacute;s patriarcales et capitalistes; elle affirme plut&ocirc;t que la "discrimination arbitraire" cible violemment les hommes du groupe ext&eacute;rieur, tandis que les femmes subissent l'oppression patriarcale principalement par la coercition et l'h&eacute;g&eacute;monie. L'id&eacute;e que les hommes subordonn&eacute;s sont la cible mortelle des hommes du groupe dominant est appel&eacute;e l&rsquo;&laquo; hypoth&egrave;se de la cible masculine subordonn&eacute;e &raquo;. Sidanius et Pratto expliquent que l'hypoth&egrave;se de la cible masculine subordonn&eacute;e "n'implique pas l'absence de discrimination &agrave; l'&eacute;gard des femmes, car une telle discrimination existe clairement et fait partie du syst&egrave;me de hi&eacute;rarchie sociale bas&eacute;e sur le groupe (c'est-&agrave;-dire le patriarcat). Ce que nous sugg&eacute;rons plut&ocirc;t, c'est que, toutes choses &eacute;gales par ailleurs, ce sont les hommes subordonn&eacute;s plut&ocirc;t que les femmes subordonn&eacute;es qui sont les principaux objets de la discrimination arbitraire" (1999 : 50). La discrimination fond&eacute;e sur un ensemble arbitraire contient les formes les plus extr&ecirc;mes de l&eacute;talit&eacute; et de g&eacute;nocide de l'histoire de l'humanit&eacute; (1999 : 34). Dans les domaines du logement, de l'incarc&eacute;ration, de l'emploi et du maintien de l'ordre, les th&eacute;oriciens de la dominance sociale ont constat&eacute; que les hommes du groupe subordonn&eacute; subissent davantage de discriminations directes et de violences mortelles que les femmes du groupe subordonn&eacute; et du groupe dominant au sein<br />d'une m&ecirc;me soci&eacute;t&eacute; (Sidanius et Veniegas 2000; McDonald et al. 2011).<br /><br />La litt&eacute;rature sur l'invisibilit&eacute; intersectionnelle, qui r&eacute;pond &agrave; la th&eacute;orie de la domination sociale, a admis que les hommes noirs ou les hommes des groupes subordonn&eacute;s sont en fait les cibles principales des formes les plus virulentes de violence dans les soci&eacute;t&eacute;s patriarcales. La visibilit&eacute; des hommes subordonn&eacute;s &eacute;pargne les femmes des groupes subordonn&eacute;s, comme les femmes noires, de l'oppression directe. Malgr&eacute; la vuln&eacute;rabilit&eacute; des hommes noirs dans ces syst&egrave;mes, certains auteurs voudraient sugg&eacute;rer que le fait que les hommes noirs soient pris pour cible dans les soci&eacute;t&eacute;s patriarcales n'est pas une preuve de leur vuln&eacute;rabilit&eacute; sous les r&eacute;gimes pr&eacute;dateurs du patriarcat, mais leur privil&egrave;ge. Valerie Purdie-Vaughns et Richard Eibach (2008) affirment que l'invisibilit&eacute; prot&egrave;ge les femmes subalternes de la violence mortelle. Mais ils affirment &eacute;galement que les hommes<br />subalternes deviennent la cible de violences mortelles parce que les soci&eacute;t&eacute;s patriarcales valorisent les hommes par rapport aux femmes. Elles expliquent qu'un mod&egrave;le intersectionnel d'invisibilit&eacute; "consid&egrave;re l'oppression des hommes des groupes subordonn&eacute;s comme le reflet de la tendance g&eacute;n&eacute;rale d'une soci&eacute;t&eacute; androcentrique &agrave; consid&eacute;rer tous les hommes - tant ceux des groupes dominants que ceux des groupes subordonn&eacute;s - comme plus importants que les femmes. C'est cette marginalisation des femmes dans une soci&eacute;t&eacute; androcentrique qui fait que les femmes subordonn&eacute;es sont relativement ignor&eacute;es en tant que cibles directes de l'oppression par rapport aux hommes subordonn&eacute;s" (2008 : 383).<br /><br />Des &eacute;tudes r&eacute;centes en sciences sociales sur l'invisibilit&eacute; intersectionnelle ont montr&eacute; que les hommes noirs sont consid&eacute;r&eacute;s comme plus dangereux et que les femmes et les filles noires sont moins touch&eacute;es par la discrimination arbitraire et le racisme que les hommes et les gar&ccedil;ons noirs. Les femmes noires sont g&eacute;n&eacute;ralement per&ccedil;ues comme moins dangereuses et moins mena&ccedil;antes que leurs homologues masculins par la soci&eacute;t&eacute; blanche et les policiers blancs (Todd et al. 2016; Thiem et al. 2019).<br /><br />Un th&egrave;me r&eacute;current chez les militants de SayHerName et les chercheurs en sciences sociales qui utilisent le langage de l'invisibilit&eacute; est celui de la reconnaissance. Pour Purdie-Vaughns et Eibach, l'invisibilit&eacute; intersectionnelle signifie en fait "l'incapacit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale &agrave; reconna&icirc;tre pleinement les personnes aux identit&eacute;s crois&eacute;es en tant que membres de leurs groupes constitutifs" (2008 : 381). Pour Crenshaw et Ritchie, en revanche, les exp&eacute;riences des femmes noires sont invisibles et inaudibles et doivent &ecirc;tre expos&eacute;es si l'on veut rem&eacute;dier &agrave; leurs exp&eacute;riences n&eacute;gatives avec la police. Ces appels lanc&eacute;s par BLM et SayHerName s'appuient sur une pr&eacute;misse commune &agrave; la litt&eacute;rature sur l'invisibilit&eacute; intersectorielle, &agrave; savoir que si les hommes subalternes souffrent de niveaux plus &eacute;lev&eacute;s de violence, de discrimination et de mort, ainsi que de violences sexuelles et de viols non reconnus, le principal combat des multiples groupes subalternes est celui de la reconnaissance, o&ugrave; les membres de ces groupes " luttent pour que leur voix soit entendue et, lorsqu'elle est entendue, comprise " (Purdie-Vaughns et Eibach 2008 : 383).<br /><br />Le pouvoir politique de ce cadre d'invisibilit&eacute; peut &ecirc;tre observ&eacute; dans la r&eacute;cente tentative de d&eacute;centrer le meurtre de George Floyd Jr. en tant que visage de la brutalit&eacute; polici&egrave;re aux &Eacute;tats-Unis. M. Floyd a &eacute;t&eacute; tu&eacute; en plein jour le 25 mai 2020 par Derek Chauvin. Chauvin s'est agenouill&eacute; sur le cou de M. Floyd pendant huit minutes et quarante-six secondes, tandis que trois autres agents de police restaient [impassibles] et laissaient M. Floyd mourir d'asphyxie. Depuis la mort de M. Floyd, plusieurs m&eacute;dias nationaux et sites sur les r&eacute;seaux sociaux ont sugg&eacute;r&eacute; que les hommes noirs recevaient encore une majorit&eacute; de la couverture m&eacute;diatique et l'indignation qui en d&eacute;coulent renfor&ccedil;ant ainsi l'invisibilit&eacute; des femmes noires face aux meurtres commis par la police (Gupta, 2020). De janvier &agrave; octobre 2020, les hommes noirs repr&eacute;sentaient environ 99 % des personnes noires abattues par la police; sur 150 personnes noires tu&eacute;es, 149 &eacute;taient des hommes noirs (Muysken et Fox, 2020). Ces chiffres n'incluent pas le meurtre de M. Floyd, car il n'a pas &eacute;t&eacute; tu&eacute; par un "tir de la police". La tendance des hommes et des gar&ccedil;ons noirs &agrave; &ecirc;tre tu&eacute;s par la police indique que la vie des hommes noirs n'a pas une grande valeur aux &Eacute;tats-Unis. Le fait d'&ecirc;tre la cible d'une violence mortelle est une cons&eacute;quence de la d&eacute;shumanisation et du statut de sous-homme. En ce sens, les d&eacute;c&egrave;s d'hommes noirs sont consid&eacute;r&eacute;s comme normaux. C'est la normalit&eacute; de ces d&eacute;c&egrave;s qui fait qu'ils sont si facilement rejet&eacute;s.<br /><br />Les th&eacute;oriciens et les d&eacute;cideurs politiques ont toujours affirm&eacute; que la pr&eacute;valence plus &eacute;lev&eacute;e de la violence &agrave; l'encontre d'un groupe sp&eacute;cifique &eacute;tait une indication de son d&eacute;savantage et de son oppression, ou un signe que ses souffrances m&eacute;ritaient une attention particuli&egrave;re et des rem&egrave;des. Reconna&icirc;tre les hommes et les gar&ccedil;ons noirs comme les premi&egrave;res victimes de la violence mortelle apr&egrave;s leur mort n'est pas un privil&egrave;ge. Le cadavre de M. Floyd repr&eacute;sente l'aversion de l'Am&eacute;rique blanche pour les hommes noirs. Il a &eacute;t&eacute; tu&eacute; publiquement aux yeux du monde entier. Son cadavre a d&eacute;montr&eacute; qu'il n'y avait aucun pouvoir dans le fait d'&ecirc;tre vu. Parce qu'il n'&eacute;tait pas un &ecirc;tre humain, sa mort - m&ecirc;me en tant que spectacle - ne pouvait &ecirc;tre arr&ecirc;t&eacute;e. C'&eacute;tait simplement le destin de son corps. Bien qu'il y ait des marches contre les meurtres d'hommes noirs, la mort de ces derniers n'est pas exceptionnelle. La vie des hommes noirs n'est pas consid&eacute;r&eacute;e comme une valeur humaine, de sorte que la mort des hommes et des gar&ccedil;ons noirs est facilement utilis&eacute;e comme monnaie d'&eacute;change politique par un grand nombre de groupes autres que les hommes noirs eux-m&ecirc;mes. L'homme noir est d&eacute;test&eacute; par le monde, de sorte que sa mort peut facilement &ecirc;tre remplac&eacute;e par la vie d'autres corps noirs. Ce sont ces autres groupes qui peuvent &ecirc;tre reconnus, puisqu'il est condamn&eacute; par sa masculinit&eacute;, confin&eacute; &agrave; la mort. Cette transsubstantiation de l'homme noir est au c&oelig;ur de la politique d'invisibilit&eacute;.<br /><br />L'invisibilit&eacute; intersectionnelle se concentre sur la question de savoir qui reconna&icirc;t la mort des hommes noirs, et non sur le fait que le fait d'&ecirc;tre un homme noir rend plus probable la mort. Le ciblage sp&eacute;cifique des hommes et des gar&ccedil;ons noirs n'a aucune cons&eacute;quence significative pour les sp&eacute;cialistes de l'intersectionnalit&eacute;. Au lieu de se concentrer sur la relation apparemment causale et les risques associ&eacute;s au fait d'&ecirc;tre noir et de sexe masculin aux &Eacute;tats-Unis, et par cons&eacute;quent d'appartenir &agrave; la population la plus expos&eacute;e aux rencontres avec la police et aux engagements n&eacute;gatifs de celle-ci, les sp&eacute;cialistes de l'invisibilit&eacute; affirment que le fait de ne pas &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme les principales victimes des homicides policiers est tout aussi grave que le fait d'appartenir au groupe le plus susceptible d'&ecirc;tre tu&eacute; par la police. Parce que le crit&egrave;re d'oppression pour l'invisibilit&eacute; intersectionnelle est la reconnaissance, et non la blessure ou l'agression mortelle, la souffrance de l'homme noir est interpr&eacute;t&eacute;e comme n'ayant rien &agrave; voir avec le fait d'&ecirc;tre reconnu. Cette norme, qui ne tient pas compte du fait que le corps de cet homme noir est plus expos&eacute; aux blessures et &agrave; la mort que celui de son homologue f&eacute;minin, usurpe en fin de compte son humanit&eacute; et ignore l'ampleur de l'oppression et de la violence qui ont caus&eacute; sa mort. Breonna Taylor et George Floyd ont tous deux &eacute;t&eacute; tu&eacute;s parce que la police s'en prenait aux hommes noirs. Mme Breonna Taylor a &eacute;t&eacute; victime de la tentative des policiers racistes d'appr&eacute;hender son ex-petit ami Jarmarcus Glover; elle n'&eacute;tait pas la cible vis&eacute;e par le raid (Joseph and Andone 2020). Cette distinction est cruciale pour &eacute;valuer l'importance analytique de la pens&eacute;e intersectionnelle.<br /><br />Les d&eacute;fenseurs de l'invisibilit&eacute; sugg&egrave;rent qu'il est n&eacute;cessaire, tant sur le plan moral que politique, de reconna&icirc;tre la mort dont souffrent les femmes noires et les corps noirs non binaires. En principe, cela ne peut &ecirc;tre contest&eacute;. Cependant, cette m&ecirc;me n&eacute;cessit&eacute; n'est pas &eacute;tendue aux hommes noirs souffrant de taux similaires de violence sexuelle, de violence entre partenaires intimes ou de marginalisation politique dans aucune des analyses ou litt&eacute;ratures &eacute;manant des activistes intersectionnels et de BLM. Comment attribuer des cons&eacute;quences &agrave; l'invisibilit&eacute;? Y a-t-il une injustice &agrave; ignorer les femmes, les homosexuels et les transsexuels noirs victimes des meurtres de la police, mais aucune pr&eacute;occupation de ce type concernant les conversations sur la violence sexuelle qui ne reconnaissent pas la victimisation sexuelle des hommes et des gar&ccedil;ons noirs et qui, par cons&eacute;quent, rendent insolubles leurs viols par la police? La pr&eacute;carit&eacute; des politiques associ&eacute;es &agrave; l'invisibilit&eacute; est inqui&eacute;tante dans un monde o&ugrave; les Noirs meurent. Qui doit &ecirc;tre vu, quelles disparit&eacute;s et quelles ressources doivent &ecirc;tre allou&eacute;es? Les r&eacute;ponses bas&eacute;es sur les preuves r&eacute;elles de la mort et du d&eacute;c&egrave;s ont jusqu'&agrave; pr&eacute;sent &eacute;t&eacute; peu nombreuses.<br /><br />3. R&eacute;flexions finales<br /><br />BLM s'est pr&eacute;sent&eacute; comme un mouvement f&eacute;ministe noir intersectionnel. Pour inclure les formes de noirceur consid&eacute;r&eacute;es comme d&eacute;viantes ou indignes de respect par les mouvements de d&eacute;fense des droits civiques des ann&eacute;es 1960 et 1970, les fondateurs de BLM ont cherch&eacute; &agrave; cr&eacute;er un mouvement politique centr&eacute; sur les femmes noires, les queers et les transgenres. Garza, par exemple, sugg&egrave;re que les femmes noires sont victimes de racisme tout comme les hommes noirs cis, mais qu'elles "subissent la violence polici&egrave;re de mani&egrave;re distinctement genr&eacute;e, comme<br />le harc&egrave;lement sexuel et l'agression sexuelle" (Garza, 2014). L'auteur conteste<br />l'affirmation selon laquelle la souffrance et la mort des hommes noirs peuvent &ecirc;tre comprises simplement dans le cadre de notre compr&eacute;hension actuelle du racisme, telle qu'elle est propos&eacute;e par la th&eacute;orie de l'intersectionnalit&eacute;. Au contraire, les hommes noirs sont affect&eacute;s par des violences sp&eacute;cifiques &agrave; la race et au sexe, y compris le viol et l'agression sexuelle. Malgr&eacute; la coordination de BLM et de l'African American Policy Forum (AAPF) sur les questions d'incarc&eacute;ration et de brutalit&eacute; polici&egrave;re, les hommes noirs sont rest&eacute;s &agrave; l'arri&egrave;re-plan, m&ecirc;me lorsque leur victimisation sexuelle refl&egrave;te celle d'autres groupes (Clark et al. 2018).<br /><br />Un probl&egrave;me similaire appara&icirc;t dans la mani&egrave;re dont BLM et l'African American Policy Forum abordent la question de la violence entre partenaires intimes chez les Noirs. Soulignant les taux disproportionn&eacute;s de victimisation des femmes noires par rapport aux blancs, BLM et l'AAPF sugg&egrave;rent que les femmes noires subissent davantage de violences de la part de leurs partenaires et risquent d'en subir d'autres si elles appellent la police pour qu'elle intervienne. Les recherches cit&eacute;es par le rapport SayHerName interpr&egrave;tent la violence domestique uniquement sous l'angle de l'auteur masculin et de la victime f&eacute;minine (Crenshaw et Ritchie 2015 : 22). L'article "Why Black Women Struggle More with Domestic Violence" (&laquo; Pourquoi les femmes noires souffrent davantage de la violence domestique &raquo;) cit&eacute; par le rapport sugg&egrave;re en fait que le seul moment o&ugrave; les hommes noirs sont victimes de violence domestique de la part de femmes noires est celui o&ugrave; les femmes essaient de se d&eacute;fendre (Jones 2014). Le probl&egrave;me dans ce discours, c'est que si l'on cherche &agrave; mieux situer la myriade de fa&ccedil;ons dont les diverses formes de violence affectent les Noirs, les hommes noirs ne sont pas consid&eacute;r&eacute;s comme des victimes d'abus domestiques et sexuels, et sont confin&eacute;s au statut d'auteurs. Par exemple, dans les m&ecirc;mes couches &eacute;conomiques qui produisent des taux &eacute;lev&eacute;s de femmes noires victimes d'abus domestiques, les chercheurs en sciences sociales observent un nombre extraordinairement &eacute;lev&eacute; de rapports de victimes masculines et d'auteurs f&eacute;minins, ainsi que des niveaux &eacute;lev&eacute;s de violence bidirectionnelle (Field et Caetano 2005 ; Hampton et Kim 2005; Caetano et al. 2005; West 2016). Contrairement &agrave; la perspective de la femme en tant que victime adopt&eacute;e par le rapport SayHerName, tous les Noirs am&eacute;ricains sont expos&eacute;s &agrave; des taux disproportionn&eacute;s de violence et d'homicide entre partenaires intimes.<br /><br />"Les facteurs de stress et les forces syst&eacute;miques oppressives qui affectent les Afro-Am&eacute;ricains de mani&egrave;re disproportionn&eacute;e les exposent davantage &agrave; la violence domestique... Malgr&eacute; la surrepr&eacute;sentation des Afro-Am&eacute;ricains victimes de violence domestique et d'homicides perp&eacute;tr&eacute;s par des femmes, la litt&eacute;rature sur les victimes masculines noires est rare. Cette omission semble refl&eacute;ter l'hypoth&egrave;se selon laquelle les hommes sont les seuls responsables de la violence intime et ne sont pas eux-m&ecirc;mes victimes d'abus. Au contraire, les donn&eacute;es montrent que pour les Afro-Am&eacute;ricains, autant chez les hommes comme chez les femmes, "l'implication dans des relations abusives est susceptible d'entra&icirc;ner la d&eacute;pression, le stress et l'abus d'alcool" - des r&eacute;sultats qui mettent en p&eacute;ril l'ensemble du syst&egrave;me familial." (Malley-Morrison et al. 2007 : 325)<br /><br />Les recherches men&eacute;es par les psychologues, les &eacute;pid&eacute;miologistes et les cliniciens montrent que la violence domestique dans la communaut&eacute; noire est bidirectionnelle. Cela signifie que la violence dans les couples noirs est perp&eacute;tr&eacute;e &agrave; la fois par les hommes et les femmes &agrave; diff&eacute;rents moments de la relation. En d'autres termes, les hommes et les femmes dans les relations homosexuelles ou h&eacute;t&eacute;rosexuelles sont &agrave; la fois les agresseurs et les victimes &agrave; diff&eacute;rents moments (West 2012, 2016). Tous les couples noirs (h&eacute;t&eacute;rosexuels ou homosexuels, gays ou lesbiennes) pr&eacute;sentent des taux de violence disproportionn&eacute;s par rapport aux Blancs. Contrairement aux th&eacute;ories utilis&eacute;es pour d&eacute;crire la violence domestique dans les populations blanches, les th&eacute;ories sur la violence des partenaires intimes noirs montrent que l'&eacute;conomie, le racisme et les cycles d'abus doivent &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme des causes plus probables de conflit domestique que le trope du patriarcat et de la masculinit&eacute; toxique. Parce que le racisme et les st&eacute;r&eacute;otypes misandriques particuliers font des hommes noirs des &ecirc;tres violents et misogynes, les universitaires et les responsables de la sant&eacute; publique utilisent les hommes noirs comme boucs &eacute;missaires pour la violence domestique et refusent aux communaut&eacute;s noires pauvres des ressources (telles que des programmes &eacute;conomiques et l'acc&egrave;s &agrave; la sant&eacute; mentale) qui permettraient en fait de r&eacute;duire la violence domestique (Al'Uqdah et al. 2016, p. 880). L'activisme et les &eacute;crits du BLM continuent d'affirmer que les sch&eacute;mas de violence intraraciale sont principalement masculins, qu'ils sont li&eacute;s &agrave; la masculinit&eacute; et que les femmes et les filles noires sont principalement victimes et non auteurs d'actes de violence similaires (Caetano et al. 2005 ; Curry et Utley 2018). Cette croyance est tout simplement fausse, mais elle dicte la compr&eacute;hension et la description populaires de la violence intra-raciale, en particulier par les auteurs f&eacute;ministes qui refusent de prendre en compte les &eacute;tudes de victimisation actuelles des CDC ou les diff&eacute;rences culturelles dans la violence entre partenaires intimes et les homicides au sein de la race noire.<br /><br />La masculinit&eacute; noire marque un emplacement social sp&eacute;cifique de la jetabilit&eacute; et de la victimisation aux &Eacute;tats-Unis qui n'a pas &eacute;t&eacute; s&eacute;rieusement reconnu et ne semble pas pouvoir l'&ecirc;tre par BLM. Lorsque des hommes noirs ont &eacute;t&eacute; victimes d'agressions sexuelles et ont port&eacute; plainte contre la police devant les tribunaux, BLM n'a ni soutenu leur cause ni soulign&eacute; leur agression. En fait, comme le souligne la sociologue Tamari Kitossa :<br /><br />"BLM a adopt&eacute; une approche de la critique des hommes noirs h&eacute;t&eacute;rosexuels qui a une connotation de comp&eacute;titivit&eacute; et de misandrie. Des lectures plus complexes de la masculinit&eacute; noire h&eacute;t&eacute;rosexuelle, telles que celles pr&eacute;sent&eacute;es par Curry et Mutua, ne sont pas pris en compte. L'appel est lanc&eacute; aux hommes noirs h&eacute;t&eacute;rosexuels pour qu'ils se "d&eacute;centrent" et cessent de "prendre de la place" - une demande curieuse, puisqu'une grande partie de la mobilisation de BLM s'articule autour de la destruction des hommes noirs par l'&Eacute;tat n&eacute;cro politique". (2019 : 97)<br /><br />C'est en effet curieux, car les hommes noirs sont victimis&eacute;s d'une mani&egrave;re qui devrait &ecirc;tre du ressort de BLM et de l'African American Policy Forum. Les d&eacute;bats sur l'incarc&eacute;ration des hommes ignorent que le fait d'&ecirc;tre noir et de sexe masculin entra&icirc;ne des vuln&eacute;rabilit&eacute;s dont les effets vont bien au-del&agrave; de la criminalisation. M&ecirc;me compar&eacute;s &agrave; leurs homologues f&eacute;minins et &agrave; d'autres groupes raciaux/sexuels aux &Eacute;tats-Unis, les hommes noirs subissent les niveaux les plus &eacute;lev&eacute;s de violence mortelle, de marginalisation sociale et de d&eacute;shumanisation et, au cours de la derni&egrave;re d&eacute;cennie, ils ont signal&eacute; les niveaux les plus &eacute;lev&eacute;s de violence sexuelle de contact et de victimisation par p&eacute;n&eacute;tration aux &Eacute;tats-Unis (Smith et al. 2017 ; Curry 2019). Comme le souligne Jennifer A. Hartfield, Derek M. Griffith et Marino A. Bruce expliquent :<br /><br />"Le fait d'&ecirc;tre noir, et plus particuli&egrave;rement d'&ecirc;tre un homme noir en Am&eacute;rique, semble augmenter consid&eacute;rablement les chances d'avoir une altercation avec la police au cours de laquelle le civil finit par mourir. Le fait d'&ecirc;tre noir et de sexe masculin est &eacute;galement un marqueur solide des personnes susceptibles de conna&icirc;tre des r&eacute;sultats d&eacute;favorables et injustes dans la justice p&eacute;nale et dans d'autres secteurs cl&eacute;s de la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine. Les hommes noirs sont le seul groupe pour lequel les interventions juridiques sont l'une des principales causes de d&eacute;c&egrave;s." (2009 : 157)<br /><br />Ces vuln&eacute;rabilit&eacute;s m&eacute;ritent certainement l'attention ou, mieux encore, une &eacute;tude<br />s&eacute;rieuse; cependant, l'exp&eacute;rience des hommes noirs montre que la reconnaissance de leurs cadavres n'inspire pas de sympathie ou d'action pour les emp&ecirc;cher de mourir.<br /><br />Aux &Eacute;tats-Unis, les hommes noirs repr&eacute;sentent environ 96 % des personnes noires tu&eacute;es par la police entre 2013 et 2019 (Muysken et Fox, 2020). Parmi tous les groupes, les hommes noirs ont le risque le plus &eacute;lev&eacute; d'&ecirc;tre tu&eacute;s par la police au cours de leur vie (Edwards et al. 2019 : 16793). Environ 96 hommes noirs sur 100 000 seront tu&eacute;s au cours de leur vie, contre 5,4 femmes noires sur 100 000<br />(2019 : 16794).<br /><br />"Entre 25 et 29 ans, les hommes noirs sont tu&eacute;s par la police &agrave; un taux compris entre 2,8 et 4,1 pour 100 000&hellip; Le risque de mortalit&eacute; des femmes noires tu&eacute;es par l'usage de la force par la police est d'environ un ordre de grandeur inf&eacute;rieur &agrave; celui des hommes &agrave; tous les &acirc;ges. Entre 25 et 29 ans, nous estimons le risque m&eacute;dian de mortalit&eacute; &agrave; 0,12 pour 100 000 pour les femmes noires" (2019 : 16795). S'il est vrai que les hommes et les femmes noirs sont tu&eacute;s de mani&egrave;re disproportionn&eacute;e par la police, il n'en demeure pas moins qu&rsquo;&ecirc;tre noir et homme font de l&rsquo;homme noir une cible de violence polici&egrave;re potentielle, voire de mort. Les femmes sont moins susceptibles d'&ecirc;tre tu&eacute;es par la police en tant que groupe que tous les groupes d'hommes. En raison du racisme, les femmes noires sont certainement moins en s&eacute;curit&eacute; que les femmes blanches, mais les hommes noirs sont extermin&eacute;s et menac&eacute;s plus que les hommes blancs, les femmes blanches et les femmes noires, parce qu'ils sont &agrave; la fois noirs et masculins. C'est une r&eacute;alit&eacute; &agrave; laquelle il faut faire face si nous sommes vraiment engag&eacute;s dans la lib&eacute;ration et la r&eacute;sistance &agrave; l'&Eacute;tat.<br /><br />(1) Traduction de l&rsquo;article : Tommy J. Curry, He Never Mattered In: The Movement for Black Lives. Edited by: Brandon Hogan, Michael Cholbi, Alex Madva, and Benjamin S. 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Les taux de mortalit&eacute; infantile dans les quartiers les plus pauvres ont doubl&eacute; par rapport aux zones les plus riches, o&ugrave; les taux de mortalit&eacute; ont baiss&eacute;.<br /><br />La mortalit&eacute; des b&eacute;b&eacute;s asiatiques et britanniques d'origine asiatique a &eacute;galement augment&eacute;, de 17 %.<br /><br />Les donn&eacute;es annuelles montrent que la mortalit&eacute; infantile globale a de nouveau augment&eacute; entre 2022 et 2023, avec des in&eacute;galit&eacute;s croissantes entre les r&eacute;gions riches et pauvres et les communaut&eacute;s blanches et noires.<br /><br />La plupart des d&eacute;c&egrave;s d'enfants de moins d'un an sont dus &agrave; des naissances pr&eacute;matur&eacute;es. Karen Luyt, responsable du programme de la base de donn&eacute;es et professeur de m&eacute;decine n&eacute;onatale &agrave; l'universit&eacute; de Bristol, a d&eacute;clar&eacute; que de nombreuses femmes noires et appartenant &agrave; des minorit&eacute;s ethniques ne d&eacute;claraient pas leur grossesse suffisamment t&ocirc;t et que le "syst&egrave;me devait mieux les atteindre".<br /><br />"Il y a un &eacute;l&eacute;ment de racisme et une barri&egrave;re linguistique", a d&eacute;clar&eacute; Mme Luyt. "Souvent, les femmes issues de minorit&eacute;s ne se sentent pas les bienvenues. Il y a une incomp&eacute;tence culturelle et nos &eacute;quipes cliniques n'ont pas les comp&eacute;tences n&eacute;cessaires pour comprendre les diff&eacute;rentes cultures".<br /><br />Les chiffres montrent que 50 b&eacute;b&eacute;s noirs de plus sont morts au cours de l'ann&eacute;e qui s'est achev&eacute;e en avril 2023 par rapport &agrave; l'ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente.<br /><br />Le parti travailliste a d&eacute;clar&eacute; que les "disparit&eacute;s raciales criantes" dans l'&eacute;volution des taux de mortalit&eacute; &eacute;taient "scandaleuses". "Le parti travailliste s'efforcera de combler cet &eacute;cart choquant et de mettre fin aux disparit&eacute;s raciales dans l'ensemble de nos services de sant&eacute;, gr&acirc;ce &agrave; une nouvelle loi sur l'&eacute;galit&eacute; raciale", a d&eacute;clar&eacute; Anneliese Dodds, secr&eacute;taire d'&Eacute;tat fictive charg&eacute;e des femmes et de l'&eacute;galit&eacute;.<br /><br />La Race Equality Foundation a qualifi&eacute; ces chiffres de "choquants, mais d&eacute;vastateurs... pas surprenants". Un porte-parole a d&eacute;clar&eacute; : "Nous savons depuis un certain temps que les soins de maternit&eacute; et les taux de mortalit&eacute; pour les femmes et les enfants noirs, asiatiques et issus de minorit&eacute;s ethniques sont bien plus &eacute;lev&eacute;s que pour le reste de la population. En l'absence de leadership dans les &eacute;tablissements de sant&eacute; et d'une r&eacute;elle volont&eacute; de changement, davantage de nourrissons mourront".<br /><br />Dans l'ensemble, le taux de d&eacute;c&egrave;s des enfants &acirc;g&eacute;s de la naissance &agrave; 17 ans a atteint son niveau le plus &eacute;lev&eacute; depuis le lancement de la base de donn&eacute;es en avril 2019. Le taux de d&eacute;c&egrave;s le plus &eacute;lev&eacute; pour les personnes &acirc;g&eacute;es de plus d'un an continue d'&ecirc;tre celui des enfants &acirc;g&eacute;s de 15 &agrave; 17 ans. Il y a &eacute;galement eu une deuxi&egrave;me augmentation cons&eacute;cutive des taux de d&eacute;c&egrave;s chez les b&eacute;b&eacute;s de moins d'un an.<br /><br />"Si la mortalit&eacute; infantile augmente, cela signifie que la sant&eacute; de nos enfants se d&eacute;t&eacute;riore", a d&eacute;clar&eacute; M. Luyt. "Ce n'est que la partie &eacute;merg&eacute;e de l'iceberg."<br /><br />Pour plus d'un quart des d&eacute;c&egrave;s examin&eacute;s l'ann&eacute;e derni&egrave;re, les groupes d'experts ont identifi&eacute; des interventions r&eacute;alisables susceptibles de r&eacute;duire le risque de d&eacute;c&egrave;s d'enfants &agrave; l'avenir. La proportion de d&eacute;c&egrave;s qui pourraient &ecirc;tre &eacute;vit&eacute;s &agrave; l'avenir en agissant diff&eacute;remment a augment&eacute;.<br /><br />Dans 29 % des d&eacute;c&egrave;s examin&eacute;s, les enfants &eacute;taient ou avaient &eacute;t&eacute; connus des services sociaux, contre 24 % en 2020.<br /><br />"Il existe des preuves que nous pouvons changer cette situation", a d&eacute;clar&eacute; M. Luyt. "Nous savons que des interventions peuvent r&eacute;duire la mortalit&eacute; infantile et nous devons maintenant mettre en &oelig;uvre des mesures dont nous savons qu'elles sont efficaces.<br /><br />Selon elle, ce n'est pas le cas actuellement car "nos syst&egrave;mes de sant&eacute; sont soumis &agrave; des contraintes extr&ecirc;mes apr&egrave;s la pand&eacute;mie, un tiers des enfants vivent dans la pauvret&eacute; et les familles se battent pour survivre".<br /><br />Un porte-parole du minist&egrave;re de la sant&eacute; et des affaires sociales a d&eacute;clar&eacute; : "Les soins de maternit&eacute; doivent &ecirc;tre de la m&ecirc;me qualit&eacute; pour tous." En mars, le NHS England a publi&eacute; son plan triennal pour les services de maternit&eacute; et de n&eacute;onatalogie, qui explique comment il rendra les soins de maternit&eacute; et de n&eacute;onatalogie plus s&ucirc;rs, plus personnalis&eacute;s et plus &eacute;quitables pour les femmes, les b&eacute;b&eacute;s et les familles.<br /><br />"NHS England a &eacute;galement publi&eacute; des conseils pour les syst&egrave;mes de maternit&eacute; locaux, soutenus par 6,8 millions de livres sterling, en mettant l'accent sur les actions visant &agrave; r&eacute;duire les disparit&eacute;s pour les femmes et les b&eacute;b&eacute;s issus de minorit&eacute;s ethniques et ceux qui vivent dans les zones les plus d&eacute;favoris&eacute;es."<br /><br />"Parall&egrave;lement, nous avons mis en place le groupe de travail sur les disparit&eacute;s en mati&egrave;re de maternit&eacute;, qui r&eacute;unit des experts du syst&egrave;me de sant&eacute;, des minist&egrave;res et du secteur b&eacute;n&eacute;vole afin d'&eacute;tudier et d'envisager des interventions fond&eacute;es sur des donn&eacute;es probantes pour lutter contre les disparit&eacute;s en mati&egrave;re de maternit&eacute;."<br><br />Source :&nbsp;&#8203;https://www.theguardian.com/global-development/2023/nov/09/black-babies-in-england-three-times-more-likely-to-die-than-white-figures-show<br /></div> <hr style="width:100%;clear:both;visibility:hidden;"></hr>]]></content:encoded></item></channel></rss>