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Décoloniser le Wakanda

4/26/2023

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​Les adaptations cinématographiques de la Panthère noire de Marvel par Ryan Coogler sont "pour la culture" à certains égards et nuisibles à bien d'autres. Avec tout le respect que je dois aux belles et talentueuses personnes noires impliquées dans cette franchise, c'est à partir d'un lieu d'amour que je dis des conneries. Le film original de 2018, Black Panther, et sa suite de 2022, Black Panther : Wakanda Forever s'adressent fortement aux communautés noires et indigènes, et se présentent comme des médias révolutionnaires, mais sous l'esthétique, les films puent le colonialisme. Je m'interroge sur ce que cette franchise cinématographique noire dit des Noirs. L'afrofuturisme est un vaste mouvement sociopolitique et artistique qui imagine un monde où la diaspora africaine joue un rôle central dans l'avenir. La construction philosophique du Wakanda dépeint une réalité politique préoccupante pour une superpuissance nationaliste noire.



Coogler a politisé l'histoire du Wakanda en entremêlant son récit fictif avec les politiques noires. Le geste X "Wakanda Forever", les deux bras en travers de la poitrine, représente l'intersection où toutes les personnes opprimées se rencontrent dans la solidarité. Ce symbole fictif trouve son origine dans le panafricanisme, l'idée que les peuples d'ascendance africaine ont des intérêts communs et devraient être unifiés. Il s'agit d'une proclamation de l'unité des Noirs, mais la construction philosophique du monde du Wakanda fait de la carte de visite de la Panthère noire un signal de vertu. Le Wakanda est caractérisé comme un joyau caché dans le tiers-monde, qui réduit un continent diversifié dans un système métrique occidental. Le Wakanda doit rester secret car il est dangereux pour un petit pays noir de faire savoir qu'il est en possession d'une riche ressource magique, le vibranium. Le secret est le coût de maintien d'un État noir autodéterminé, car si le monde suprématiste blanc découvre le pouvoir du Wakanda, il volera inévitablement tout ce qui rend le Wakanda supérieur à ses pairs.



Dans le premier film de Black Panther, T'Chaka (le père de T'Challa) envoie son frère N'Jobu (le père de Killmonger) comme espion pour infiltrer la révolution afro-américaine aux États-Unis. N'Jobu est dénoncé par son ami, puis assassiné, laissant derrière lui un fils à l'insu du gouvernement wakandais. Cet enfant abandonné sera radicalisé et traumatisé dans les rues d'Oakland, en Californie, siège du Black Panther Party. Killmonger s'en prend au Wakanda parce qu'il pense que si celui-ci est une nation noire autonome, il a l'obligation morale de s'occuper des autres Noirs de la diaspora. Killmonger aborde le statut d'État d'un point de vue panafricaniste. Si le Wakanda est si afrofuturiste, pourquoi ne pourrait-il pas aider son peuple?



Les politiques panafricanistes de Killmonger sont incongrûment délégitimées dans le film en raison de son obsession pour le pouvoir. La passivité est présentée comme mature et lucrative, et le fait d'être un adversaire comme violemment irrationnel. Le conflit central du premier film de Coogler opposait un suprémaciste noir du ghetto à un Africain membre d’une famille royale combattant des démons anti-noirs. Tous deux se trompent lourdement. J'appelle ce phénomène de propagande le vortex MLK vs Malcolm X. Dans les livres d'histoire des Blancs, la libération des Noirs est présentée comme un réformateur respectable en conflit avec un nationaliste violent. Ce récit persiste bien que les deux hommes aient mûri politiquement pour devenir explicitement panafricanistes et implicitement marxistes. Ils ne sont pas morts en rivaux, mais en camarades. Lorsque la franchise noire la plus rentable des médias de masse fait des allusions à l'histoire africaine, nous devons la tenir pour responsable de la perpétuation des récits suprématistes blancs.



Le premier film se termine avec T'Challa tuant Killmonger au combat, puis le gouvernement wakandais s'exprimant publiquement devant les Nations Unies et s'engageant à ouvrir des centres internationaux d’aide sociale. Le deuxième film commence avec la reine Ramonda qui déclare à l'ONU qu'il n'y aura pas de commerce international de vibranium. Peu après, le vibranium est découvert dans l'océan par le gouvernement américain, et nous sommes introduits au Talokan, une société magique méso-américaine vivant au fond de l'océan et dépendant du vibranium. Namor, le chef de cet État indigène caché et puissant, rend visite au Wakanda pour lui dire qu'ils sont tous deux en danger et qu'ils devraient s'allier avant que la structure du pouvoir blanc n'anéantisse leur progrès collectif. La solution de Namor est de tuer le scientifique qui a construit la machine de détection du vibranium plutôt que les commanditaires de la machine, le gouvernement américain.



La solution des Wakandais consiste à se rendre aux États-Unis et à kidnapper Riri, une jeune fille noire de Chicago. Ils traquent cette étudiante en demandant à leur "colonisateur préféré", un agent de la CIA, de la suivre à la trace. Après que Shuri et Riri ont été kidnappées par le peuple de Namor, l'histoire de ce dernier est racontée. Namor a été nommé "enfant sans amour" par les esclavagistes espagnols alors qu'il les tuait. Namar pose un ultimatum à Shuri : ils peuvent faire la guerre au monde occidental ou il détruira le Wakanda pour protéger son État. Pendant ce temps, les dirigeants de la CIA plaisantent sur la déstabilisation du Wakanda. Shuri et Riri s'échappent et Namar se venge du meurtre d'un des siens en attaquant le Wakanda et en tuant la reine Ramonda. Dans le plan ancestral où elle essaie de devenir la Panthère Noire, Shuri voit son cousin Killmonger. Il s'adresse à sa rage rétributive envers Namar en lui demandant : "Vas-tu être noble ou t'occuper de tes affaires?" Ce conseil contextualise sa décision de ne pas tuer Namar lors de la bataille finale. Elle lui dit : "La vengeance nous a consumés, cède". Namor cède et le film se termine avec Shuri, une reine solitaire et forte, en conflit avec le monde blanc qui ne cesse d'apparaître. J'ai quitté la salle déconcertée par la fin désinvolte de l'incroyable performance d'Angela Bassett dans le rôle de la reine mère. De plus, l'héritage de Shuri en tant que souveraine est désormais défini par le chagrin et la tragédie. Cela rappelle le stéréotype de la femme noire forte. Il est triste que la royauté de Shuri n'ait pas pu être soutenue par une famille aimante et présente. La Panthère noire de Coogler présente l'autonomisation des populations noires et indigènes comme synonyme d'incendie du monde. "Black Panther : Wakanda Forever" présente l'afrofuturisme comme un combat entre des superpuissances noires et indigènes, et ce récit est intrinsèquement anti-noir. La libération des Noirs et des indigènes ne se définit pas par les moyens violents mis en œuvre pour l'obtenir, mais par l'éthique de l'équité et de l'amour qu'elle défend.



Imani Joseph.



Article original en anglais : https://hoodcommunist.org/2023/04/20/decolonizing-wakanda/amp/

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